Eddy ou le sourire dans les yeux

13 juillet 2008

Beaucoup de gens autour de nous se trouvent exceptionnels et nous le font sentir. Ils nous parlent de leur dernier voyage au « dispendieukistan », de leur dernière bébelle I-phony, de leur silhouette de purgatoire gossée au gym, ou encore de leur nombre d’amis « virtuels » dans les zéros sociaux.

Mais des gens exceptionnels et qui ne le savent pas, il y en a très peu.

Moi j’en connaissais un et il a eu la mauvaise idée de prendre sa retraite terrestre cette semaine. À 60 ans, ce gentleman espiègle nous a finalement joué son plus grand tour.

Je l’ai connu, il y a 2 ans, à la faveur d’un voyage de pêche sur le réservoir Gouin. Une semaine dans un bateau-maison pendant une « croisière » de 250 km sur cette incroyable mer intérieure. On a vécu collés-collés pendant les 16 heures de train, toute la semaine dans une petite péniche et une chaloupe de 16 pieds. Il avait tout intérêt à être un chic type parce que moi, le matin, je bougonne…

Tout de suite il m’a séduit. Derrière ces yeux rieurs se cachait un grand pêcheur, philosophe et blagueur. Il m’a aussi impressionné par sa débrouillardise et ses connaissances en tout. Électricité, plomberie, structure, moteur, rénovation… Poses ta question, Eddy va y répondre.

J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour les patenteux-bricoleurs-rafistoleurs. Il y a en avait beaucoup dans ma famille de cultivateurs/garagistes lorsque j’étais petit. Mon grand-père paternel en était un. Au grand dam de l’être aimé, j’ai d’ailleurs conservé plusieurs de ses réalisations dans mon sous-sol et garage. Mon trophée : un escabeau de peintre fait en tuyaux d’acier vissés les uns dans les autres. Un héritage bancal qui doit avoisiner la centaine de livres.

Plombier d’expérience, Eddy, en fin de carrière s’est recyclé en commis de la plomberie dans une quincaillerie à grande surface. Malgré le fait qu’il adorait le contact avec le public, il me semblait plus ou moins heureux de son sort : pas à cause de son travail, mais de soucis personnels. Il ne parlait pas beaucoup de ses tracas. On dit que c’est le propre des hommes…

J’ai gardé contact avec Eddy après ce voyage de pêche. Quand j’avais besoin de conseils, je visitais Eddy dans son allée. Je pouvais même l’appeler chez lui. J’ai connu sa belle Margaret. Lorsque nous avons acheté la maison pour nos enfants autistes l’an dernier, il s’est investi comme un missionnaire dans notre œuvre. Il a obtenu des dons de son employeur, il est venu rénover les salles de bain et amené ses amis avec lui.

Quand j’ai retapé mon vieux chalet, il m’a donné des centaines de conseil. Sa phrase fétiche : « Occupe toi pas de ça, je vais passer chez toi en fin de semaine pis on va l’installer ensemble ». Un petit détour de 250km ! Je l’ai regardé faire et il m’a enseigné tous les rudiments de la plomberie. Il a trouvé des solutions ingénieuses à mes nombreux problèmes « insolubles » de plomberie.

Je l’ai invité à de nombreuses reprises à la pêche. Mais il investissait beaucoup de son temps à des projets personnels. Il y a quelques semaines, je l’ai de nouveau invité à la pêche : il m’a dit que ça allait beaucoup mieux et qu’il pouvait enfin dormir sur ses deux oreilles. Il ne croyait pas si bien dire…

Bonne pêche en haut, mon Eddy. Il paraît que ça mord pas mal. Tu nous donneras tes meilleurs « spots » quand on ira tous te rejoindre.

Eddy a bord du train en direction du réservoir Gouin en août 2006

Etienne Denis juillet 14, 2008 à 08:21

Un très beau texte Benoit. C’est vrai tout ce que tu dis sur Eddy. Je l’ai moins côtoyé que toi, mais c’était vraiment un chic type, pas compliqué pour deux cents, le coeur sur la main, toujours de bonne humeur. Il lui aura manqué 25 ans de sa vie, dont pas mal de journées à taquiner le doré ou la truite.

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