Les aires protégées du Québec et la protection des rivières

2 mai 2009

Prologue:  mon affection pour les rivières

Au CEGEP, devant la grille des choix de cours, je cherchais un petit « 45 heures » d’éducation physique pas trop pénible.  Je n’aimais pas beaucoup l’athlétisme (surtout la course en rond), ni les sports de piscine, encore moins les sports de balles et ballons.  Il me restait très peu d’alternatives.  J’avais déjà complété la plupart des sports « relax » dont le tir à l’arc, le badmington et le curling.  Pour boucler mon 4e choix, j’opte pour le canot-camping, en compagnie de mes copains d’infortune, François et Richard.  Assis dans un canot, nous allions nous la couler douce.  Plein de filles en bikini, du soleil, la plage, la baignade, la dolce vita sur les flots bleus de la fainéantise.

Comment organiser un voyage de misère

Erreur.  Le cours nous impose des pratiques en piscine pour effectuer des récupérations en « T », du bouche à bouche avec un prof poilu, et d’interminables pratiques en rivière, devant le collège, où la couleur et l’odeur de l’eau s’apparentait plus à celui des égouts qu’à une plage de Tahiti.  En bonus:  moustiques, ampoules, bouffe brûlée, portages, vêtement mouillés à 5 degrés et sac à dos dans un sac à poubelle…Mais l’examen final allait être coooool.  Pas de livres ou d’étude.  Le test s’effectue en forêt, sur la rivière l’Assomption, section du Parc Mont-Tremblant (à l’époque « Parc Joliette »).

Malgré la pluie, l’équipement déficient, le froid et les canots chavirés, cette fin de semaine a été déterminante pour moi.  En ce printemps de 1975, du haut de mes 18 ans, le canot-camping fut une véritable révélation. J’étais quand même génétiquement prédisposé : mon père, mes oncles et mon grand-père étaient des fanatiques de pêche et de chasse. Au grand dam de ma mère, père, oncles et grand-père passaient plusieurs semaines par année dans les bois.  Ils étaient membres de plusieurs clubs de pêche (truite et saumon) et de chasse (outarde, oie blanche, chevreuil et orignal, à Godbout, entre autre).  Mes oncles possédaient un chalet isolé en Haute-Mauricie sur un gigantesque lac vierge, où nous nous rendions plusieurs fois par été.

Quatre années déterminantes

L’année suivante, en 1976, François et moi réussissons à convaincre 4 autres courageux poissons d’effectuer une autre descente. Sans connaître réellement le niveau de difficulté du cours d’eau, nous décidons de descendre la même rivière l’Assomption mais la section plus au sud de St-Côme, jusqu’au Domaine des Rentiers.  Sans encadrement et formation, notre expédition était fort risquée. En effet, elle se révéla être un fiasco de désallages et d’erreurs de débutants.   L’autre section plus au sud a aussi été tenté, l’année suivante en 1977, et le résultat fut tout aussi catastrophique dû à notre inexpérience. Canots défoncés, équipement noyés ou perdus, participants qui quittent en plein milieu de la rivière ou en pleine nuit…

La quatrième année, en 1978, nous décidons de donner le grand coup.  On s’attaque à la rivière Ouareau, au sud de Rawdon, sans vraiment consulter la carte puisque nous avions « marché » les rapides.  Une section gigantesque avec des rapides de niveau 3 (experts). Dans les 100 premiers mètres de la rivière, au pied des chutes Dorwin, les 3 canots loués se sont fracassés sur les rochers.  Nous avons perdu plusieurs bagages et quitté la rivière en milieu de journée, à la hauteur de  St-Liguori, n’ayant plus aucune nourriture et plusieurs éclopés….  L’entreprise de location nous a obligé à racheter de nouveaux canots.  Nous n’avions d’autres choix que de faire réparer les canots endommagés, et d’essayer de les revendre.  Une petite journée très dispendieuse….  Mais le mal était fait.  J’avais la piqure…

Le club « Les portageurs » et la découverte des grandes rivières

Déménagé pour mes études à Montréal, j’ai par la suite suivi des cours de perfectionnement avec le club de canots Les Portageurs.  Groupe social de haut-calibre, j’ai, avec eux, parcouru les plus belles rivières du Québec.  Plusieurs dizaines des plus beaux cours d’eau au Québec, autour du Lac St-Jean, en Mauricie, en Abitibi, en Gaspésie, en Outaouais et dans le Grand Nord du Québec.  Depuis 30 ans, à raison de 2-3 rivières par année, j’estime avoir parcouru plus d’une soixantaine de plus intéressantes rivières du Québec.   J’ai aussi tenté quelques infidelités en Ontario et au Nouveau-Brunswick, qui sont fort avancés en conservation de rivières.

Le pillage de nos rivières

Mais plusieurs de ces joyaux ont disparus ou sur le point de l’être. En se réfugiant derrière le faux discours de « l’Énergie Verte », le gouvernement harnache à qui mieux mieux les dernières rivières vierges du Québec. Comme le disait Louis Gilles Francoeur dans son article du Devoir du  13 mars 2009 :  « Rivières vierges: une espèce menacée« .

Pour nos voisins du sud, c’est là que réside le problème que nous occultons au Québec: les rivières vierges sont de moins en moins nombreuses, au point de devenir assimilables à une espèce menacée. Voilà pourquoi plusieurs États entendent préserver au moins le tiers des cours d’eau, quitte à en restaurer.

La valeur que les États-Uniens attribuent à ce patrimoine témoigne d’une prise de conscience que notre indécrottable sentiment d’abondance mythique nous empêche de faire à notre tour. On en voit les résultats avec la morue, avec la forêt et bientôt avec nos dernières grandes rivières sauvages. C’est pourquoi le gouvernement fédéral des États-Unis et la plupart des États voient dans la construction des grands barrages et de leurs indispensables réservoirs un enjeu majeur de conservation.

Ils en tirent des conclusions concrètes. Ainsi, ils accordent aux barrages des autorisations limitées dans le temps — de 25 à 50 ans en général — afin de ne pas lier les mains aux générations futures. Ici, les permis sont éternels. À l’échéance des permis, nos voisins débattent de la pertinence de maintenir ces ouvrages, ce qui explique qu’ils vont en démolir 27 en 2009, dont plusieurs importants…. […]

Il établit que le nombre de rivières bétonnées par des barrages et des centrales hydroélectriques est en croissance fulgurante. En 1996, il existait 106 centrales sur 30 rivières. Quatre ans plus tard, leur nombre était passé à 145, et le nombre de rivières touchées, de 30 à 50. L’an dernier, 162 centrales artificialisaient 115 rivières. Avec les projets en préparation, on aura bientôt 174 centrales installées sur 121 rivières! En clair, en 15 ans, le nombre de centrales aura augmenté de 64 % et celui des rivières harnachées, de 400 %.

Disparition des rivières et simulacre de protection

Le gouvernement Charest avait pourtant promis de protéger 12% du territoire en 2012.  Avec les dernières annonces de mars 2009, on atteint à peine 8%, objectif que nous devions atteindre en 2005.  Le gouvernement a surtout protégé des territoires non-menacés, principalement situés dans le Grand Nord. Quelques rivières seront protégées (comme le nord de la rivière Rouge en Outaouais) mais les efforts sont trop faibles, trop tard…  L’annonce du 29 mars dernier protège pour toujours des troncons de rivières de qualité, mais en territoire inoccupée comme la rivière Delay, la rivière George, la rivière Vachon…

Voyez la carte mise-à-jour des aires protégées et la politique des aires protégées du gouvernement du Québec

Scott MacKay, le député « vert » du Bloc Québécois de Repentigny, faisait remarquer dans un récent article intitulé « Aires protégées : pas de quoi pavoiser » dans l’Hebdo Rive-Nord

Quand on sait que la Californie protège 16 % de son territoire alors qu’elle dispose d’une superficie qui ne fait même pas 40 % de celle du Québec et que sa densité de population est d’environ 20 fois supérieure, j’ai envie de dire que  « quand on se regarde, on se console, mais quand on se compare, on se désole! »

Je vous invite aussi à lire l’article de Martin Croteau de La Presse : Québec met 8% du territoire à l’abri de l’exploitation

Marcel mai 4, 2009 à 16:42

Nous dormons au gaz en matière de protection du territoire. Même l’Alaska, avec la pression des compagnies pétrolières et minières, a eu le courage de protéger 35% de son territoire. On devrait donner l’exemple au monde entier et au moins protéger les territoires des populations de caribous, d’ours polaires, de bœufs musqués et phoques d’eau douce du nord du Québec.

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