Être responsable de la disparition d’une espèce animale

1 juin 2009

On cite très souvent les prophètes de malheur qui nous annonce la disparition de l’homme à court terme.  De Nostradamus, en passant par Stephen Hawking jusqu’à Hubert Reeves,  on utilise comme épée de Damoclès annonciatrice, la disparition prévue de centaines d’espèces de mammifères, de reptiles, de plantes et de poissons.  Ma génération, mue par son désir « bulldozeresque » de développer à tout prix, à fait disparaître des milliers de km2 de forêt, de rives, de rivières, de tourbière et de marécages, en feignant ignorer les conséquences.  On peut citer l’épandage de DDT dans les années 50 et 60, qui a fait des dommages tels qu’aujourd’hui nous en retrouvons encore les traces dans le lait maternel des femmes Inuits, malgré son interdiction depuis près de 50 ans.  Ou encore le réchauffement climatique qui perturbe les écosystèmes en accélérant la fonte des glaciers et la multiplication des perturbations atmosphériques comme les ouragans et les typhons.

Les espèces menacées au Québec

Je ne vous dresserais pas la liste des espèces menacés ou vulnérables au Québec.  Vous en avez entendu parlé maintes fois dans les médias qui pleuraient devant la disparition imminente de l’ours blanc, du carcajou, du caribou des bois de la Gaspésie, du chevalier cuivré ou de la tortue des bois.  Plutôt que de s’apitoyer sur le triste sort de ces espèces, notre bon gouvernement devrait prendre ses responsabilités et sécuriser de plus grandes aires protégées, pour assurer la survie de ces derniers spécimens, dans une immense arche de Noé environnementale.  Mais le gouvernement Charest se traîne les pieds en valse hésitation, guidé par les pressions de ses sous-fifres d’Hydro-Québec, d’inonder encore plus de territoire, et de ses amis des papetières, de bûcher tout ce qui reste de la forêt boréale.

Les rongeurs de mangeoires

Maintenant que ma montée de lait est terminée, passons aux choses sérieuses.  Amateur d’ornithologie depuis plusieurs années, je tente d’éloigner avec peu de succès les rongeurs de mes mangeoires.  L’achat de coupoles de protection, de poteaux sophistiqués, de nichoirs de l’ère spatiale n’ont pu contrer ce fléau, cauchemar du contemplateur de la gente ailée.  J’ai aussi examiné la possibilité d’utiliser le canon à eau, la clôture électrique et la bombe à fragmentation, mais la convension de Genève me l’interdisait.

Généralement il est assez facile de faire fuir ces grignoteurs à poil, en cognant dans la fenêtre ou en les apostrophant de vive voix.  Si l’animal ignore mes avances ou semble agressif, je m’approche et tente de le faire fuir par la méthode forte.  Moi un disciple de la conservation, j’avoue avoir déjà précipité dans la mort ce sympathique (!) rongeur en l’expédiant avec force de mes mangeoires.  Mais que celui qui n’a jamais exterminé un rongeur me lance la première pierre…

Le bourreau de la solution finale

Une nuit l’an dernier, j’entends brasser à l’extérieur.  J’allume le lampadaire pour apercevoir un écureuil, tête en bas, qui bouffe à qui mieux mieux ma précieuse réserve de tournesol.  J’essaie de le dissuader mais il ignore mes récriminations.  Je décide donc de pratiquer ma technique éprouvé de la catapulte.  Le lendemain matin, en descendant l’escalier, j’aperçois ce bizarre spécimen d’écureuil gisant plusieurs dizaines de mètres plus bas.  Yeux protubérants, peau flasque, ventre blanc, oreilles pointues, griffes impressionnantes…  Après consultation auprès d’un ami biologiste, on me confirme que je viens d’assassiner une espèce rare et menacée, le polatouche, connu sous le nom familier d’écureuil volant ou par son nom scientifique « Glaucomys Volans », les « grand yeux » qui volent…

Écureuil volant - Glaucomys Volans - Polatouche

Écureuil volant - Glaucomys Volans - Polatouche

Cette espèce est menacée par la déforestation puisqu’elle vit principalement dans les cavités des grands arbres.  Elle se déplace en planant d’arbre en arbre, et vit exclusivement la nuit, en se guidant en vol par écholocation (par ultrason, comme les chauve souris).

Mon ami Spip

Annonçant cette triste nouvelle à mes enfants, ils me confirment que cet animal est le meilleur compagnon de Spirou,  SPIP.  Les remords me rongent;  je me promets de ne plus jamais exterminer de rongeurs, souris, mulots ou rats de ce monde, pour éviter que je ne passe à l’histoire comme responsable de la disparition d’un spécimen rare de la surface du globe.

Le fantôme est de retour

Samedi soir vers 23 heures.  Je me détends sur mon PC quand j’aperçois une bête étrange « atterrir » en douceur sur la rampe, à proximité des mangeoires.  Je savais que c’était le retour de cet étrange animal qui revenait me hanter.  Après avoir beaucoup lu sur ce spécimen, je me déplace à l’extérieur pour prendre plusieurs photos dont une que je partage aujourd’hui avec vous (en haute résolution).

Polatouche

Le polatouche ou "écureuil volant"

Après m’être senti coupable de crime contre l’humanité, je rends maintenant service à la communauté scientifique en publiant une rare photo de cette étrange créature en péril. Finalement je n’avais pas exterminé le dernier polatouche de la planète…  Pour me déculpabiliser, ce sera dorénavant « bar ouvert » dans le tournesol, sur mon bras, à tous les polatouches des environs.

Nat février 26, 2011 à 02:12

Non, tu n’as pas tué le dernier… je viens d’en voir un – et photographié !!! – pour la toute premières fois dans ma mangeoire pleine de graines de tournesol ! J’habite en Mauricie. Je me suis bien demandé ce que c’était et… je viens de trouver ! Vivement que je dissuade mon conjoint de… construire la catapulte de ses rêves !!!!!!!!!!

Rémi Bastien mars 25, 2015 à 13:44

Très facile à capturer à l’aide d’une cage à écureuil et pas farouche pour deux sous. Quand j’ai confirmé la nature de l’animal et sa fragilité à mon ami qui fait la chasse ouverte aux écureuils, il a aussitôt relâché le spécimen, ayant bien vu qu’il ne s’agissait pas d’un banal écureuil.

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