Les réserves fauniques du Québec, un modèle à repenser

10 juin 2009

En décembre dernier, mon ami Richard a décidé de participer au tirage au sort organisé par la SÉPAQ pour « gagner » l’accès à un lac très convoité, ouvert seulement une semaine par année, dans la réserve faunique Mastigouche.  La fin de semaine dernière, notre chanceux allait profiter de son prix, accompagné de François et de votre humble serviteur.  Et j’avais tout intérêt à y être.  Debout à 3h30 du matin, après quelques centaines de km de routes pavés, de terre, de route de bois et de sentier de VTT (Quad), nous étions sur « notre » lac à 8h00 pile.

Cet immense territoire de 300 lacs, serti entre St-Zénon, St-Michel-des-Saints, Mandeville et St-Alexis-des-Monts est un paradis sur terre pour qui aiment la pêche et la chasse.  Mais la route d’accès, entre autre celle du Lac Bouteille, est dans un état pitoyable.  Sur le site de la SEPAQ, on nous avise que cette route est déconseillée au commun des mortels, désirant conserver l’intégrité de leur véhicule automobile.

Détérioration inadmissible

Par le passé, j’avais déjà remarqué un laisser-allez notable dans le maintien de l’infrastructure routier et l’entretien du mobilier extérieur dans quelques autres réserves fauniques.  J’avais déjà écrit au directeur de la SEPAQ concernant la détérioration du site de la chute Chaudière de la réserve faunique Ashuapmushuan (toilettes sèches qui débordent, tables de pique nique pourries, poubelles pleines et éventrées par les animaux…) lors d’une descente en canot de la rivière du même nom. J’avais aussi fait ce triste constat dans la réserve faunique de Portneuf lors de la descente de la rivière Batiscan et de La Vérendrye, lors de la descente de la Rivière Capitachouane (pdf 1,4 ko).

Une réserve « sans réserve »

La mission des réserves fauniques est étrange.  Malgré son nom, il ne s’agit malheureusement pas de territoires protégés puisqu’on y permet l’exploitation de mines et les coupes forestières, dans un cadre présumément contrôlé.  Les 21 réserves fauniques du Québec couvrent 67 000 km2  vs  49 000 km2 pour les Zecs, 14,000 km2 pour les 23 parcs nationaux du Québec et 25,000 km2 pour les réserves de parcs nationaux (territoires protégés au Nunavik mais avec peu ou pas d’infrastructures)..

En fait une réserve faunique s’apparente à une ZEC (zone d’exploitation contrôlée), mais sans chalets privés. Au lieu d’être administré et autogéré (sans subvention) par les chasseurs et pêcheurs comme une Zec,  les réserves et parcs sont gérés grâce aux taxes des contribuables. Nous bénéficions de tarifs très abordables de location de chaloupes, de campings, d’accès et de chasse et pêche, très semblables aux tarifs offerts par les ZECs.  En fait beaucoup de ces réserves fauniques sont nées des premières vagues de « déclubage » dans les années 60 et 70, issues des clubs privés appartenant en grande majorité à des américains et grandes compagnies papetières. On y retrouve la réserve faunique Saint-Mauricie (1963), Portneuf (1968), Papineau-Labelle (1971), ou Mastigouche (1971).  Les autres plus importantes, existaient depuis plus d’un siècle comme la réserve faunique des Laurentides (1895), La Vérendrye (1935), Rouge-Mattawin (1935) ou Ashuapmuchuan (1946)…

Bas tarifs = Bas de gamme

En fait, la tarification dérisoire pratiquée par le gouvernement est-elle la bonne façon de gérer les parcs et réserves ? Par exemple : notre  journée de pêche, avec la location d’une grande embarcation, nous a coûté la somme extravagante de 31,50$ par personne (taxes incluses).  Est-ce normal ? Les routes défoncées ne sont praticables que par VUS ou pick-up.  Les sentiers donnant accès au lac sont tellement détériorés que l’accès n’est possible que par Quad (VTT).

sentier reserve faunique Mastigouche

sentier reserve faunique Mastigouche

sentier 2 reserve faunique Mastigouche

sentier 2 reserve faunique Mastigouche

Le pauvre pêcheur qui ne possède aucun de ces jouets ne peut pas penser accéder à ces joyaux.  En fait, techniquement, ce ne sont que les riches qui peuvent accéder à ces territoires. Ne vaudrait-il pas mieux  d’imposer des prix comparables à ceux que les pourvoiries imposent (entre 50$ et 65$ par jour), tout en améliorant l’accès à ce territoire, afin de permettre à toute la population d’en profiter ?

Un pêcheur effrayé

Pendant notre route difficile en moto quad vers notre lac, nous avons croisé au petit matin un pêcheur seul, en vélo de montagne, armé d’un fusil de chasse chargé, transportant lignes, puise et gréments (sans moteur).  Il était heureux de rencontrer ses semblables.  Ne possédant pas de moto et abandonné à la dernière minute par son compagnon de pêche, il avait pris la décision d’y aller seul.  Il avait perdu le sentier d’accès et cherchait son lac.  Il avait abandonné son vélo devant un gigantesque trou de boue. Son sentier était sans indication et les affiches des lacs en mauvais état.  Il était terrorisé d’être seul en forêt, égaré et sans ressources.  Son regard était rempli de frayeur.  Il a répété le mot « ours » à 6 ou 7 reprises, pendant notre courte conversation.  Nous lui avons indiqué la route.  Il deviendra surement notre nouvel ami sur facebook.

Au retour, nous avons aperçu en bordure du sentier de nombreux pots de plants de marijuana, montrant que ce territoire, comme partout au Québec, est utilisé par les cultivateurs de pot.  Il est symptomatique de constater qu’un territoire, prétendument contrôlé et patrouillé par les représentants de la SEPAQ, sert de terreau aux producteurs de dope.  Il est évident que ce n’est pas seulement l’infrastructure de ces réserves fauniques qui est sous-financé, mais aussi la surveillance de ces territoires par les patrouilleurs. .

Le pêcheur égaré devrait peut-être craindre plus des planteurs de cannabis que les ours…

Garamond juin 12, 2009 à 07:56

J’ai utilisé les chemins de la réserve Mastigouche récemment…
Une heure et demie pour faire 14 km !D’une entrée à une autre…
J’avais peur de briser ma suspension !
L’état des routes est vraiment inacceptable et je suis d’accord de payer un peu plus pour avoir des routes carrossables.
Dommage car cette réserve est magnifique. Mon neveu arrive de trois jours là-bas et il a pris son quota de truites tous les jours. À onze heures et quart du matin, il devait cesser de pêcher !
À qui se plaidre ? Au ministère ? à mon député ?

Jean-Paul juin 12, 2009 à 17:36

Il y a une légende urbaine véhiculée par les utilisateurs des lacs de pêche giboyeux: « il est préférable de conserver un accès difficile aux lacs pour ne pas qu’ils soient vidés ».

La réalité est tout autre: un lac bien géré, avec des frayères en bon état, peut générer plusieurs centaines de livres de poissons chaque année. L’accès au lac n’a aucune incidence. C’est la gestion de celui-ci qui garantira la pérennité de la ressource.

L’entretien des chemins, une bonne gestion faunique et un accueil de qualité feront de notre parc faunique du Québec un des meilleurs au monde…

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