Les sacs de plastique et l’hypocrisie de l’industrie du commerce de détail

28 juin 2009

Récemment je me suis offert plusieurs produits spécialisés au magasin La Cordée, haut-lieu du plein-air autopropulsé, comme la randonnée, le canot, l’escalade, le vélo ou le ski de fond.  À l’heure du lunch, je me suis payé une longue virée afin de compléter mes emplettes, avant les vacances.  Je me suis procuré des articles assez imposant que j’ai dû transporter jusqu’au bureau.  Un investissement d’une centaine de beaux dollars.  Je dépense, bon an mal an, une petite fortune à ce magasin québécois qui, depuis le début des années 50, est propriété des scouts du Québec.  De plus, ce magasin privilégie plusieurs gammes de produits fabriqués au Québec.

Hors donc, je paye mes nombreux items que le caissier laisse en plan sur le comptoir.  Je lui demande si ma transaction est terminée.  Il acquiesce.  Pourrais-je avoir un sac?  Je n’en ai pas.  Pourquoi ? C’est pour l’environnement.  L’environnement ? Quel environnement ?  Celui de votre magasin ou celui de vos clients ?  Votre environnement financier ?  Ne croyez vous pas que vous devriez compléter ma transaction en m’offrant un contenant quelconque pour transporter tous mes achats ?  J’ai 3 kilomètres à marcher avec ce matériel!!!

Il me suggère d’acheter un sac « vert » (!) à quelques dollars.  Je lui rétorque que je ne vais pas en plus m’encombrer de 3 sacs supplémentaires prétendument « vert » pour vous encourager dans votre quête de profit…  Sacs que je vais laisser traîner dans un tiroir au bureau,  et finiront « à usage unique ».

Le pauvre caissier est malheureusement devenu le bouc émissaire de ma frustration. Je lui ai montré l’emballage de plastique autour de ma nouvelle boussole, plastique qui se retrouvera dans un site d’enfouissement.  Je lui pointai aussi l’immense sac de plastique (!) qui emballe le sac imperméable pour le canot, qui lui aussi ira au rebut ; aussi le contenant de carton autour de la petite valise Pélican, le « blister pack » autour de ma chandelle Hi-Tech etc.  Plus du 2/3 de ce que je viens d’acheter ira au dépotoir.  Vous me dites que la seule raison pour laquelle vous refusez de me donnez un sac (et rendre ma vie de consommateur impossible) est pour l’environnement ?  C’est un fieffé mensonge.

En anglais, il existe l’expression « Walk the Talk » ou « Mettez en pratique ce que vous prêchez ».  Si « La Cordée » veut vraiment aider l’environnement, pourquoi ne pas réduire au minimum l’emballage de leurs produits et d’imposer cette politique à tous leurs fournisseurs?

Les alternatives

Pourquoi ne pas offrir des sacs biodégradables, ou des sacs de papier, à leurs bienheureux clients qui ne peuvent traîner leur gigantesque sac « vert » dans leur poche de chemise.  Ou qui les ont simplement oubliés.  Un comportement ne se change pas en quelques mois.

La réutilisation

Pourquoi ne pas faire comme MEC qui offre à ses clients égarés des sacs réutilisés ou des sacs de retours.  À ce que je sache Costco n’offre aucun sac de plastique et réutilise ses boîtes d’emballage, en gardant ses clients heureux et dépensiers.  Et nos amis de chez MEC offriront prochainement des sacs biodégradables à tous ses clients. MEC a compris que ce n’est pas en frustrant leurs clients qu’ils aideront qui ou quoi que ce soit.

La filière bio-dégradable

Wikipédia nous explique en menus détails les 3 alternatives actuellement utilisées par l’industrie pour produire des sacs biodégradables:  Les polyéthylénes oxo-biodégradables, le Néosac et l’amidon de maïs.

Mais notre gourou de l’environnement du Devoir, Louis-Gilles Francoeur, dans son article  Et si les bons vieux sacs de plastique étaient les plus écologiques? nous avise que les sacs recyclables ne sont pas la solution ultime parce qu’ils polluent les sacs de plastiques recyclables et autres plastiques, en ajoutant des molécules instables qui pourraient dégrader les plastiques recyclés.

Le gros BS se questionne aussi

D’ailleurs un blogueur,  S. Martel, mieux connu sous le pseudonyme du « Gros Bon Sens », se pose la question  pourquoi on distribue encore des tonnes de sacs de plastique pour acheter nos légumes mais pas pour rapporter nos achats à l’auto ?  Probablement parce que les épiceries savent très bien que s’ils n’offraient pas de sacs au comptoir des fruits et légumes, leur ventes baisseraient de façon importante et que l’impact de ne pas les offrir après que la transaction est complétée, est somme toute mineur sur les ventes.  En lisant les réponses sur son blogue, même les épiciers questionnés se perdent en conjecture…

Ce même blogueur avait « chroniqué » récemment aussi sur le cas des sacs de plastique :

Peut-être que si les commerces n’avaient pas opté, il y a plusieurs années, pour une seule taille de tout petits sacs en plastique d’une qualité douteuse, on en aurait consommé moins, n’ayant pas à répartir notre épicerie dans 15 sacs doublés. J’utilise mes sacs réutilisables le plus souvent possible, mais s.v.p. qu’on cesse de m’embêter avec une morale à deux sous en prétendant la bonne conscience environnementale alors que la réalité c’est qu’on a simplement décidé de surfer sur une vague permettant de faire un peu plus de profit en réduisant les coûts, prétextant ainsi s’attaquer à un problème qui est assurément inexistant en y opposant une solution futile et inefficace.

Sacs de poubelles

J’ai toujours recyclé mes sacs de plastique en les utilisant pour y mettre mes trop rares déchets domestiques.  Avec la disparition chronique des sacs de plastique, pour la première fois de ma vie, j’achète des sacs de plastique pour y mettre mes détritus.  À moins que bientôt on nous interdise aussi les sacs de plastique pour les vidanges, pour nous forcer à mettre nos déchets en tas, à la rue.

Les sacs de papier

Quand j’étais petit les sacs de plastique n’existaient pas.  Tous les achats étaient placés dans des sacs de papier brun recyclé, de la viande chez le boucher, aux clous à la ferronnerie ou la commande chez « Dominion ».  Même les grands magasins comme Eaton, Simpsons ou Morgan, offraient de grand sacs en papier, à poignées, qui pouvaient facilement transporter une charge d’une vingtaine de livres.  Les sacs de plastique sont apparus au milieu des années 60 et sont rapidement devenu une véritable plaie, à la grandeur de la planète.  Pas qu’ils étaient meilleurs que les sacs de papier mais beaucoup moins coûteux.

Lors d’un voyage au Maroc en 20007, sur la route du désert entre Casablanca et Marrakech, partout on apercevait des sacs de plastique accrochés aux frêles bosquets ou roulant dans le désert.  Partout.

Laver plus vert en baissant les coûts

Aujourd’hui nous sommes passés d’un extrême à un autre.  Les entreprises de ventes aux détails ont flairé le filon en retirant les sacs et en épargnant des millions chaque année. D’ailleurs la vague de retrait des sacs n’est étrangement pas venu des consommateurs ou du gouvernement, mais des marchands eux mêmes.  Et curieusement au même moment où le coût du plastique a explosé l’an dernier.  En plus ils nous vendent des sacs de plastiques plus épais, qui encombrent les coffres arrière des automobiles et sont devenus, en très peu de temps, une autre véritable nuisance… Ma tendre moitié en possède plusieurs douzaines qu’elle dissémine aux 4 vents, au fil des véhicules, du garage ou des garde-robes de notre nid d’amour.

Le respect de sa clientèle

Le magasin de plein-air « Sail-Le Baron« , qui a encore à cœur sa clientèle, offre toujours des sacs de qualité que la grande majorité des gens réutiliseront.  D’ailleurs vous vous souvenez des légendaires sacs indestructibles de la SAQ que tous réutilisaient pendant des années parce qu’ils étaient solides et de belle grandeur.

Tout dernièrement RONA a aussi retiré tous ses sacs.  Une quincaillerie sans sac!.  Essayé de transporter vos ampoules, clous, vis, outils ou pinceaux, si vous avez oublié vos sacs.  Une politique à bien courte vue, quand on sait qu’ils jettent au recyclage des centaines de boîtes de carton chaque jour.

Les entreprises prennent souvent des décisions en ne pensant qu’à leur portefeuille et en omettant l’impact sur leurs clients.  De grâce, revenez aux sacs réutilisés, recyclés ou biodégradables.  Notre industrie du papier recyclé pourrait en bénéficier, elle qui ne sait que faire des tonnes de papier recyclé qui s’empilent.  Et surtout pensez à vos clients…

Christina juin 28, 2009 à 13:58

Quand j’étais au Québec pour la première fois (en 2001), les caissières m´ont regardé comme si j´étais une extraterrestre parce que je ne voulais pas avoir des sacs de plastique. En 2007, quand j’étais au Québec encore une fois, je me suis aperçue que les choses avaient changées un peu. Ici au Chili, c´est comme au Québec en 2001. Même si tu traînes un sac a dos presque vide avec toi et achètes seulement une seule chose, tu reçois un sac de plastique avec ton achat. Pour moi, éviter l’usage des sacs de plastique est une chose très simple que tous le monde peut faire pour l’environnement – sans se priver de qqch et sans avoir des coûts. En Allemagne, depuis les années 80, il faut payer pour obtenir des sacs de plastique dans un magasin. C´est complètement normal d’utiliser des sacs de lin. Et ceux-ci ne finissent pas « à usage unique »…ma mère utilise les mêmes sacs depuis 30 ans.
L’usage des sacs biodégradables n’est pas une solution parce que la production des sacs biodégradables demande beaucoup d’énergie. C’est la même chose avec les sacs de papier recyclé.
La raison pour laquelle les magasins ne veulent plus donner des sacs de plastique m’est complètement égale…l’effet sur l’environnement est le même.

Benoit Laporte juin 29, 2009 à 00:38

@Christina: Je n’ai aucun problème à payer pour les sacs, je suis pour l’utilisateur-payeur. Mais un marchand de doit pas obliger un client à payer 3 sacs pour 10$ parce qu’il a oublié ses propres sacs, ce n’est pas de la sensibilisation que de profiter du consommateur. Quand j’achète des sacs à poubelle ou des sacs pour y mettre des feuilles, je paye quelques sous par sac, pas 3$ le sac. La prochaine fois que j’irai faire le marché et que j’ai oublié mes sacs, je vais m’acheter des sacs à poubelles en même temps 😉

Garamond juin 29, 2009 à 12:20

J’ai entendu dire que la pollution causée par les sacs de plastique ne représente que un dizième de un pour cent de la pollution dite «domestique»… un millième de la pollution, seulement !
Cette semaine, on nous avertissait que ces fameux sacs verts à poignées vendus 3$ sont dangereux ! : pollution des aliments entre eux, pollution des comptoirs où on les dépose à la maison, etc.
Ben là ! on fait quoi ?
À la SAQ, je ris quand je vois du monde sortir du magasin avec 4 bouteilles sous le bras, sans aucun sac, malgré le grand risque d’échapper une ou deux bouteilles, etc.
Solution : Qu’on nous charge 5¢ du sac et qu’on n’en parle plus !

Marc juillet 15, 2009 à 18:43

Bonjour Benoit,

Puis-je me permettre d’indiquer quelques points.

D’abord, il n’y a rien de plus simple que prendre l’habitude de trainer un sac avec soit. Puisque je suis un cycliste de tout les jours, j’ai toujours un sac sur le dos et quand je prévois faire des achats j’apporte toujours le sac approprié à l’épreuve. Ce n’est pas plus compliquer que lorsque tu t’assure d’avoir toujours avec toi ton permis de conduire. Et lorsque je fais des achats compulsifs (cela arrive à tout le monde), j’ai un sac au travail.

Ne devrait-on pas faire des recherches avant de publié quoi que ce soit? Voici un début pour tes recherches:

http://www.lacordee.com/fr/renseignements/retoursources/
http://www.mec.ca/Main/content_text.jsp?FOLDER%3C%3Efolder_id=2534374302883392&CONTENT%3C%3Ecnt_id=10134198674072490

Enfin, tu peux m’envoyer une copie, une fois corrigé.

En ce qui concerne le commentaire de Garamond: si tu laves tes sacs, il n’y a pas de danger de contamination.

Stéphane août 24, 2009 à 10:18

J’ai passé un weekend avec ma famille en camping au parc de la Sépaq à Oka. Même si notre emplacement était à plus d’un kilomètre de l’unique dépanneur qui appartient et est géré par la Sépaq, nous y sommes allés à pied pour acheter quelques petits articles et du bois pour le feu de camp. Après tout, quoi de plus agréable qu’une petite promenade à pied à travers le terrain de camping.

Une fois sur place, après avoir payé nos articles et nos deux sacs de bois, ma conjointe demande un sac pour les articles (impossible de toute transporter à pied sur plus d’un kilomètre) mais la caissière nous dit qu’il n’y en pas à cause de l’environnement. Alors, elle nous offre de petits sacs réutilisables pour $4.99 chacun (plus petits que les sacs offerts à 99 cents dans les épiceries). Alors, pourquoi les deux petits ballots de bois que je tiens dans les mains sont-ils emballés dans un gros sac de plastique épais (ça doit représenter au mois 20 sacs d’épiceries chacun)?

Je ne vois que deux réponses possibles: Les fonctionnaires de la Sépaq sont imbéciles ou les fonctionnaires de la Sépaq nous prennent pour des imbéciles et en profitent pour nous exploiter.

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