Le syndrome du porc épic

2 juillet 2009

Pendant près de 10 ans, j’ai animé des groupes de pionniers scouts de mon coin de pays, âgés entre 15 et 18 ans.  J’ai rencontré beaucoup de courageux adolescents, solides, déterminés, avec un goût pour l’aventure et l’envie de faire autre chose que de « chatter » sur le web ou de « vêger » devant VRAK TV.  J’ai par contre croisé d’autres jeunes avec l’âme en lambeau et l’estime de soi en mille morceaux, déchirés par les dissensions familiales .

Une vendredi soir, lors d’une levée de fonds dans un grand magasin,  des parents m’ont abordés cherchant de l’information sur le mouvement scout, pour leurs 2 jeunes garçons.  Le plus jeune de 13 ans et l’ainé de 16 ans.  Ils me demandaient si les scouts s’occupaient d’enfants difficiles.  Sans broncher, je leur indiquai que ce mouvement n’était pas parfait et que, par émulation, le groupe de jeunes faisaient tout le travail, pas les animateurs.  Il fallait seulement que le jeune désire s’impliquer.  Un vrai pasteur rassembleur, ce petit Benoit.

Les parents ne payaient pas de mine.  Lui, couvert de tatouages, baraqué comme un frigidaire « 2 portes », parlait comme un curé.  J’appris plus tard qu’il avait été membre d’une bande de motards criminalisés et qu’il avait quitté le milieu, après qu’un de ses frères ait été sévèrement battu par une bande rivale.  Depuis il était prédicateur dans une secte, et finissait toujours ses conversations par « Que Dieu vous bénisse ». La mère (en fait la belle mère) était petite, ravagée par les abus et le temps;  elle me demande si les scouts pouvaient réchappés celui de 16 ans, qui glissait subrepticement sur la pente glissante de la délinquance.  Je lui proposai de nous l’envoyer à la prochaine réunion.

Relativement docile, il s’est rapidement plié aux consignes et a vite assimilé la dynamique de groupe.  Assez vif et souriant, on pouvait facilement percevoir son mal de vivre.  Ses intérêts tournaient autour du « Heavy Metal », la drogue, l’alcool et la petite délinquance (graffiti, vandalisme, recel…).  Il demeura dans le groupe jusqu’au camp d’été et porta sans rechigner l’antique mais traditionnelle uniforme scoute.  Il avait hâte au camp d’été, une descente en canot-camping de 8 jours, sur la sauvage rivière Bazin, en Haute Mauricie.  Une rivière assez difficile, pour une bande d’adolescent urbain.

J’avais la difficile mission de passer ces 8 jours en compagnie de ma pomme poquée.  Je me devais de discuter toute la journée de nature, pêche, météo, faune, flore et de rivière avec un ado qui ne connaissait que les ruelles, la toxicomanie, la violence et la criminalité. Pendant que dans les autres canots on chantait des chansons scouts, lui me chantait du Metallica, Megadeth, Voïvod et autre succès sombres de « Speed-Trash Metal » …  Il me revélait que sa BIO (mère biologique), qui résidait dans une petite ferme délabrée du nord de Lanaudière, fabriquait le meilleur PCP et Ecstasy de la région.  Il me racontait ses frasques, la première fois où il a sniffé de la colle, pris de l’acide ou les délits célèbres de son père et de son oncle… Après 4 jours, je demandai à un autre animateur, Gérald,  de faire un échange de partenaire, histoire de me ventiler un peu l’esprit.

Aujourd’hui, 6 ans plus tard, en marchant sur Ste-Catherine, coin Berri, j’ai rencontré mon ancien scout.  Il se tenait devant moi, avec son petit sourire gêné, en guenille et studs « punk », devant la sortie de métro.  Il quêtait, intoxiqué, tatoué et maigre.   Il me disait qu’il vivait dans la rue depuis 4 ans. Il m’affirma qu’il était heureux, que c’était une vie qu’il aimait.  Je lui ai demandé comment il survivait.  Il me révéla, penaud, qu’en fait il ne mendiait pas mais vendait de la dope.  La tête basse, comme s’il était toujours mon pionnier.

Il mène sa vie tel un porc-épic, se croyant indestructible, persuadé d’être équipé d’un système de défense à tout épreuve.  Jusqu’au moment où surgira une automobile, au détour d’une petite route de campagne, qui sans crier gare, emportera notre invincible hérisson…

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Vacances au froid


À partir de lundi le 6 juillet, vous pourrez me lire presque quotidiennement sur http://www.pagayerpourlautisme.com pendant notre long périple de 4 semaines sur une des rivières mythiques du Québec, la rivière aux feuilles.

Avec 5 autres mordus, nous allons pagayer 350 km de la Baie d’Hudson jusqu’à la Baie d’Ungava, histoire de faire connaître les services des Répits de Gaby et d’amasser des fonds pour aider les familles confrontées au syndrome de l’autisme. Accompagnez nous dans notre quête et venez vous abonner par courriel, par RSS ou par Twitter à notre site web.  Nous vous réservons des surprises comme des vidéos des milliers de caribous que nous croiserons sur la rivière, et si la chance nous accompagne, des phoques d’eau douce et des bœufs musqués…

Merci de nous appuyer…

Benoit Laporte

Garamond juillet 3, 2009 à 13:55

Avoir 40 ans de moins, j’aurais aimé faire partie de votre folle aventure. Vous semblez bien équipés et très confiants…
Je ne peux que vous souhaiter bon voyage et surtout : soyez prudents !
Pour le pistolet, moi, j’opterais plutôt pour une carabine légère ou un «shotgun» de calibre 16, le plus léger possible.

Garamond juillet 4, 2009 à 06:26

Pour commenter sur votre scout manqué: il y en a des irrécupérables dans la vie; c’est triste mais c’est comme ça…

Benoit Laporte juillet 5, 2009 à 11:39

@Garamond: Il n’y a pas d’âge pour relever des défis. Il y a des gens de 80 ans qui sautent en parachute ou qui découvrent l’amazone en pirogue. Pour l’arme à feu, effectivement on nous a refusé le droit de transporter notre arme de poing mais autorisé un petit fusil (1 coup) de calibre 12, compact et démontable en 3 parties. C’est mieux que rien. Mais ce n’est qu’une police d’assurance pour notre protection, il est hors de question de chasser. Je vous invite à lire le carnet de bord du 20 août 2007 de cette aventure avec la visite d’un ours au campement sur la rivière aux feuilles (en anglais) http://www.geocities.com/lester_kovac/leaf2007.htm

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