Montréal, ville française. Really?


Nous connaissons tous les luttes fratricides des dernières décennies pour l’instauration de l’affichage français à Montréal.  Le point culminant a sans doute été les manifestations de 1955 pour faire modifier le nom du futur hôtel “The Queen Elizabeth” pour une appellation française.  Le nom demeure encore inchangé aujourd’hui.

Queen Elizabeth Hotel

The Queen Elizabeth Hotel

Récemment le débat a repris concernant l’anglicisation de l’affichage à Montréal.  Depuis les changements apportés à la loi 101 il y a une quinzaine d’années, permettant l’affichage commercial bilingue, les médias ont remarqué un certain relâchement dans l’application de cette loi d’accommodement.  Pour en avoir le cœur net, au fil de quelques déplacements au centre-ville de Montréal, j’ai voulu vérifier si effectivement la loi 101 s’édentait et si le visage français de la deuxième plus grande ville francophone de la planète s’anglicisait inexorablement.

Pour m’assurer de la productivité de mon exercice, je me suis familiarisé avec la loi en visitant le site du Conseil supérieur de la langue française.  La voici:

L’affichage public et commercial

L’affichage public et commercial vise tout message affiché dans un lieu public, qu’il s’agisse d’une enseigne, d’un écriteau, d’une affiche ou d’un texte temporaire sur un panneau ou dans une vitrine. Tous ces messages doivent être en français.

Il est permis d’ajouter une ou plusieurs autres langues, mais la loi exige que le français soit nettement prédominant, c’est-à-dire qu’il ait un impact visuel beaucoup plus important.

Des exceptions

  • L’affichage public et commercial dans le métro, les autobus, les abribus et sur les grands panneaux-réclames doit être uniquement en français.
  • L’affichage public relatif à la santé et à la sécurité doit être en français, mais une autre langue peut aussi être utilisée de façon équivalente au français.
  • Les messages religieux, politiques, humanitaires, etc. qui s’adressent à un public parlant une autre langue que le français peuvent être rédigés exclusivement dans cette autre langue.
  • L’affichage public d’un musée, d’un jardin botanique ou zoologique ou d’une exposition culturelle ou scientifique peut être fait à la fois en français et dans une autre langue, pourvu que le français y figure de façon au moins aussi évidente.
  • L’affichage public et commercial relatif à un événement destiné à un public international, ou à un événement dont les participants viennent en majorité de l’extérieur du Québec, peut se faire à la fois en français et dans une autre langue, pourvu que le français y figure de façon au moins aussi évidente.

Maintenant la réalité

La prédominance du français

Effectivement la prédominance du français fait défaut dans beaucoup de cas. Le plus souvent l’anglais et le français sont entremêlés, avec la même police et grandeur de caractère.  En voici quelques exemples:

Buffet Daily

Restaurant Tous les jours BUFFET DAILY

China Art - Aucune prédominance pour le français, plus qu'approximatif

China Art - Aucune prédominance pour le français, plus qu'approximatif

L'exemple d'une publicité de Halls avec l'anglais prioritaire

L'exemple d'une publicité de Halls avec l'anglais prioritaire. Prise au coin de Jeanne-Mance et Ste-Catherine.

L’unilinguisme anglais

Aussi surprenant que cela puisse paraître, j’ai trouvé beaucoup d’affichages unilingues anglophones.  Et je n’y inclus pas les marques de commerce anglophones comme PAYLESS SHOES, URBAN OUTFITTER, SCREAMING EAGLE ou NEW LOOK qui agresse l’œil mais qui sont exclus de la législation. Même les Foufounes électriques imprime une grande affiche à 90% en anglais.

Une affiche du bar Les Foufounes électriques où le français est presqu'absent.

Une affiche du bar "Les Foufounes électriques" où le français est presqu'absent.

Hamburger House - Avec un peu d'imagination, on pourrait faire mieux

Buns Hamburger House - Avec un peu d'imagination, on pourrait faire mieux.

Sunglasse Hut - Déjà que la marque de commerce n'attirait pas, la vitrine en fait tout autant

Sunglasse Hut - Déjà que la marque de commerce n'attirait pas, la vitrine en fait tout autant

Andrew's Ties - En anglais et en italien ?

Andrew's Ties - En anglais et en italien la cravate?

Appartement pour anglophones

Appartement pour anglophones seulement?

Les trucs du marchand

J’ai remarqué quelques marchands qui à défaut de se conformer, utilisent des dénominations bilingues qui ne trompent personne. Les mots “SPORTS-BAR-COCKTAIL-SOUVENIR-T-SHIRT-MAGAZINE” sont utilisés à outrance pour contourner la difficulté d’afficher en français.  Un marchand de vêtements à l’est de la rue St-Laurent, près de l’UQAM, affiche dans son immense vitrine une bonne centaine de phrases à imprimer sur des chandails, mais aucune en français. J’imagine qu’il ignore que son principal marché,  les milliers d’étudiants de l’UQAM, sont tous francophones.

En face de l'UQAM, un choix d'imprimés pour une clientèle de qualité

Près de l'UQAM, un choix d'imprimés pour une clientèle de qualité

En général j’estime que 75% des commerçants n’affichent qu’en français et que la grande majorité des autres commerces, affichant dans une autre langue, respectent la loi de l’affichage.  Mais un petit groupe résiste encore, pour une raison que j’ignore.  Pourtant il est tout naturel pour une entreprise qui désire augmenter ses ventes que de s’afficher dans la langue de la majorité de ses clients. Et ici on ne parle du respect d’une loi.  Because Money Talks…