Un petit mercredi soir avec le FLQ

27 septembre 2009

Je connaissais Pierre Falardeau comme tout le monde.  Par ses films, documentaires, par Elvis et ses entrevues enflammées dans les médias.  Selon moi ses propos incendiaires de gauche avaient autant de pertinence que les propos d’extrême droite des polémistes médias comme Gilles Proulx, André Arthur, Benoit Filion ou Stéphane Gendron.  Ce n’est pas en blasphémant ou en injuriant les élus en place et les mieux nantis que l’on arrive à faire avancer une cause…

Falardeau, je l’ai rencontré une seule fois. En fait pendant toute une soirée. C’était un mercredi soir, presque 15 ans jour pour jour, plus exactement le 28 septembre 1994. Anne et moi se rendions au cinéma « Le Parisien » sur Sainte-Catherine pour y voir notre hebdomadaire film à la mode, en couple, loin de l’effervescence familiale.  Nous montions le grand escalier mobile pour accéder à notre écran au 3e étage.  Avant d’entrer dans la salle sombre, j’entrevois un petit attroupement dans un coin, devant une autre petite salle. Intrigué, je m’approche. J’aperçois alors dans le groupe un visage familier, poilu, étriqué et vieillissant.  C’est Paul Rose, le felquiste de la cellule Chénier. Je connaissais bien le FLQ pour avoir suivi assidûment leurs frasques des années 60-70 et ensuite lu à peu près tout ce qui existait sur leurs motivations, leurs buts et leurs façons d’y arriver.  Au Cégep, lors d’un cours en sciences politiques, j’avais effectué un travail de moine sur ce sujet.

Je m’approche de Paul Rose pour le saluer, quand j’entrevois Pierre Vallières, écrivain felquiste dont j’ai lu quelques livres, dont le classique Nègres blancs d’Amérique.  Je remarque les 3 autres membres de la cellule Chénier, Jacques Rose, Francis Simard et Bernard Lortie entourés des autres têtes fortes de l’époque comme les Lanctôt et Cossette-Trudel. Là dans un nuage de fumée, je distingue Falardeau.  Je comprends qu’il s’agit de « l’avant » avant-première du film Octobre, sans tambour ni trompette. Pas de télévision ou de journalistes, qui seront invités le lendemain soir.  C’est un avant-première en famille.  Surtout que Falardeau n’est pas l’enfant chéri des médias mais plutôt un « loose canon » toujours prêt à vous vomir une vacherie devant les caméras.

Je convainc mon amour de laisser tomber notre film « de fille », choisi préalablement, pour nous engouffrer dans la caverne avec « Ali Baba et ses 40 voleurs ».  Impressionné le petit gars.  Je suis assis tout juste à côté de Robert Lemieux, le moustachu avocat qui défendit plusieurs felquistes incarcérés dans les années 60 et 70;  qui est d’ailleurs décédé l’an dernier à Sept-Îles, à 65 ans.

Le film raconte la crise d’octobre 70, plus spécifiquement l’enlèvement du ministre Pierre Laporte, de la planification, au déroulement et l’éxécution, étalé sur 7 jours, du 10 au 17 octobre 1970.  Le scénario a été tiré du livre de Francis Simard Pour en finir avec octobre, un des 4 kidnappeurs du ministre Laporte.  Ce film fut d’ailleurs le premier grand rôle de Luc Picard au cinéma.

La soirée était parsemée de plusieurs discours de Falardeau et d’autres anciens felquistes impliqués dans la réalisation du film. On peut ne pas être d’accord avec la philosophie et la façon de fonctionner de ce groupe, mais son influence a été déterminante sur le réveil collectif et la prise en main des québécois.  Un petit mercredi, gravé dans ma mémoire.

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