Le nouveau remède pour soulager la gueule de bois de l’industrie forestière

7 octobre 2009

On assiste depuis quelques années à l’effondrement de l’industrie de la coupe de bois, qui sert de matière première aux usines de pâtes et papier et de bois d’œuvre.  Principalement dû à la baisse de la demande pour les médias imprimés, vers l’internet, nous vivons la lente agonie des publicités imprimées, des journaux, des magazines, entraînant dans sa chute l’industrie du papier.  L’augmentation et souvent l’obligation d’utiliser de la pâte de papier recyclée a sonné le glas de cette industrie qui avait déjà un genou à terre.

coupe de boisLa crise des papiers commerciaux adossés à des actifs non-bancaires PCAA a fait chuter le marché de l’immobilier aux États-Unis et au Canada, stoppant les chantiers de construction domiciliaire et commercial partout à travers la planète. Suite à la longue crise du bois d’œuvre (lire bois de construction) avec les USA, la demande en bois d’œuvre  a continué à péricliter pour finalement entraîner la fermeture de la majorité des « moulins à scie » au Québec et au Canada.

Pour enfoncer le dernier clou dans le cercueil de bois de ce secteur moribond, l’interdiction dans plusieurs municipalités de l’utilisation du foyer a fait perdre des millions en revenus aux producteurs de bois de chauffage.

Adieu veau, vache, cochon, papier, construction et bois de chauffage

Pour survivre: ne construire qu’en bois

Les compagnies forestières avec l’aide de plusieurs étoiles du monde du spectacle et des affaires ont décidé de se prendre en main et de lancer une campagne publicitaire pour augmenter la demande pour le bois.  Sous le thème Toucher du bois, la coalition Bois Québec a comme mandat d’accroître l’utilisation du bois au Québec.

Vous avez sans doute vu les publicités pleine page dans les grands quotidiens. Pour ma part je n’avais pas trop porté attention ni essayé de comprendre l’essence du message.  Le soir du 22 septembre dernier, en rediffusion, j’ai écouté attentivement une entrevue à l’émission de Dominique Poirier avec François Tanguay, le porte parole de cette coalition où il tentait tant bien que mal d’expliquer les objectifs et les motivations derrière ce battage médiatique.

Je n’en croyais pas mes oreilles. Cet apôtre de la scie mécanique nous enjoint de continuer à raser nos forêts pour diminuer l’effet de serre.  Selon ce Spin Doctor, un arbre même mort continue d’emmagasiner du CO2,  argument justifiant la valse des Timberjack dans ce qui reste de forêt au Québec.  Son entrevue ne dit pas si des « 2 x 4 » enfermés entre 2 panneaux de gypse (placo-plâtre) continuent longtemps à aspirer la méchante pollution.  Est-ce que des planchers en bois franc couvert de 3 couches de Varathane fait le même travail de nettoyage que des arbres qui poussent dans la forêt ? Le violon du chef d’orchestre, ou le bâton du joueur de baseball peuvent-il vraiment sauver la couche d’ozone ? Ne devrions nous pas plutôt reboiser et stopper la déforestation?  L’argument me semble bien mince pour justifier tout cette dépense d’énergie.  Selon le communiqué de presse il semblerait que le béton, la pierre, le ciment et la brique détruisent nos écosystèmes et que la survie de notre espèce repose sur encore plus de «pitounes», de brans de scie et le blanchiment de la pâte de papier.

Païens, rangez vos articles de jardinage en plastique, fibre de verre ou graphite et revenez aux bons vieux manches de pelles en bois.  Sportifs, ressortez vos bâtons de hockey en bois, vos vrais « bois » de golf ou la raquette de tennis de grand-papa.

D’abord une industrie mésadaptée

De toute façon l’industrie a depuis longtemps cessé de fabriquer des produits en bois.  Les tables sont en panneaux de particules, les portes sont moulées avec du bran de scie et les moulures sont faites en MDF.  L’industrie a « créé » ces produits pour récupérer leurs déchets, tout en diminuant le coût d’achat des matériaux et ultimement le coût de construction des maisons.

Quand avez-vous vu la dernière fois la construction d’un édifice commercial avec un plancher, des murs ou des plafonds en bois ?  Les églises, musées et restaurants haut de gamme sont les derniers dinosaures où l’ont peut encore toucher du vrai bois.  Même les résidences qui ont pendant longtemps utilisé de la « marqueterie » bas de gamme comme plancher, n’a plus le choix aujourd’hui que d’utiliser du « plancher flottant » fabriqué avec des résidus de sciage de  bois.  Si votre plancher a le malheur d’entrer en contact avec de l’eau, vous constaterez que l’expression « plancher flottant » est erroné et que l’on devrait plutôt parler de « plancher gonflant ».

La solution ?

J’ai rénové ma maison et j’ai remplacé mon linoléum par du plancher en érable, acheté chez un marchand local.  Le bois était originaire de Colombie-Britannique, scié et emballé en Chine et transporté de nouveau par bateau jusqu’au Québec! Quand j’ai voulu installer un recouvrement en cèdre sur ma maison, personne n’offrait ce produit. J’ai fait affaire avec un artisan qui m’a tout scié sur un banc de scie artisanal.  Je n’ai pu trouver de marchand ou scierie qui pouvait m’alimenter.  J’ai construit une immense galerie en cèdre, plutôt qu’en PVC ou fibre de verre.  J’ai attendu 2 mois pour la livraison de mon cèdre qui provenait du Nouveau-Brunswick et qui m’a coûté les 2 bras et les 2 jambes parce que j’aime le cèdre, son odeur, son touché, sa durabilité….

La solution: miser sur la qualité.  Du bois de qualité dans les meubles, les boiseries, les armoires, les planchers…  Il faut se remettre à fabriquer des meubles en frêne, en érable, en chêne.  Mais le problème c’est que depuis 25 ans l’industrie n’a replanté que de l’épinette, sciant à la racine tout ce qui ne ressemblait pas à un arbre de « 2 x 4 ».  Plus aucun feuillus, plus de bois franc.

Le bois bas de gamme

Il y a quelques années je me suis rendu dans une communauté autochtone du nord de la Mauricie où l’on enseignait à la polyvalente locale des métiers traditionnels amérindiens pour motiver les jeunes à demeurer en classe.  Raquettes, canots d’écorce, traîneaux à chien, toboggans… mais le problème majeur était l’approvisionnement en bois.  Toute la région n’était replantée qu’en épinette et il fallait importer le cèdre, le bouleau ou le merisier par train de Montréal !…

Le problème réside plus dans l’infrastructure industrielle de ce secteur que dans la demande.  Si une offre de qualité y est, le consommateur suivra.

Noble cause

Au premier abord, la cause est noble.  Permettre aux dizaines d’usines fermées depuis plusieurs mois de réouvrir pour redonner des emplois, et de la fierté, à tous ces petits villages sans autres ressources.  Mais l’argumentaire est erroné.  Hugo Joncas de Lesaffaires.com, réfute plusieurs des arguments de la coalition, experts à l’appui.  Je vous invite à lire l’article.

Une solution serait de convaincre Barack Obama de réinstaller les panneaux de bois sur les « pick-ups » ou les « Station-Wagon » des deux nouvelles compagnies automobiles qu’il vient d’acquérir…  Autrement je ne pense pas que cette industrie « ressorte du bois », eux qui ont été les artisans de leur propre malheur.

Garamond octobre 8, 2009 à 06:49

L’industrie forestière au Québec me fait penser à l’industrie des courses de chevaux….

Laurence octobre 9, 2009 à 10:51

Tu as raison. Certaines industries ne doivent pas être remises sur pieds. En fait, je ne me désole pas trop de voir cette industrie mourir puisqu’elle a détruit notre province. Les coupes à blanc pour l’industrie du bois, ou des coupes simplement pour l’étalement urbain tentaculaires. La solution n’est pas d’investir dans la propagande médiatisée, et de dire des conneries pseudo-scientifiques sur le bois traité couvert de produit chimiques, qui continue à absorber le Co2.

La solution est de laisser tomber l’industrie du bois, replanter, et investir dans de nouvelles industries (technologies vertes, multimédia, éducation, etc.) Et si les feuilles reviennent, on pourra en utiliser quelques uns pour la menuiserie et les boiseries.

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