Comment éteindre sournoisement le « ruisseau de feu »

13 octobre 2009

Il était une fois un petit cours d’eau, bien anodin, qui représentait le site de reproduction le plus important du fleuve St-Laurent pour deux espèces de poissons vulnérables du fleuve St-Laurent, la perchaude et le grand brochet.  Ce ruisseau zigzaguait nonchalamment à l’intérieur de grandes municipalités de plus de 100 000 habitants. Le bon gouvernement avait depuis longtemps identifié ce lieu comme fragile.  Jusqu’au jour où de grands développeurs américains ont mis la main sur les terrains environnants, les ont asséchés, dans le but d’y construire d’immenses stationnements, des grandes surfaces, des routes et des bungalows.  Une histoire triste, assurément d’autant plus que ça se passe chez nous, plus exactement à Lachenaie (maintenant Terrebonne), Charlemagne et Repentigny.

Vous ignoriez l’existence de ce cours d’eau ?  Pourtant il coule à vos pieds pendant votre épicerie chez Costco, en entrant au cinéma, en sortant de chez Wal-Mart ou en roulant sur les autoroutes 640 et 40 pour accéder à l’île de Montréal, en venant de Lanaudière.

Vous n’avez probablement jamais entendu parlé du « ruisseau de feu » (quel nom noble) qui coulait libre de toute contrainte, il y a deçà une dizaine années. Il ne fait que 3 km de long, à partir de la jonction de l’autoroute 640 et de la 40, et serpente entre les magasins et l’autoroute jusqu’à la pointe sud de Charlemagne.  Pourtant vers la fin des années 90 le ministère des ressources naturelles et Faune (MRNF) avait signalé dans une étude sa fragilité et son désir de protéger ses berges, ses affluents et sa source.  La pression des entrepreneurs et des développeurs ont tôt fait de le dénaturer et la population qui le longe chaque jour est persuadée qu’il s’agit d’un vulgaire fossé, héritage d’une mauvaise planification urbaine.

Les cartes

Pour mieux comprendre, voyons 4 cartes.  La première carte situe le ruisseau de feu sur son territoire environnant, soit entre le pont Charles-de-Gaule, le pont LeGardeur, la pointe sud de Lachenaie et de Repentigny, au confluent du fleuve St-Laurent, de la rivière des prairies et de la rivière L’assomption.  Sur cette carte, il s’agit du cercle irrégulier violet identifié comme milieu humide potentiel en 2005.

carte territoire - Ruisseau de feu

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Examinons maintenant la deuxième carte, qui est fait un zoom de la première carte.  On voit clairement le tracé du ruisseau de feu en bleu et ses nombreux petits affluents en pointillé. On peut aussi voir la branche principale qui longe la 640, traverse l’échangeur, pour se connecter à sa source, l’immense marécage de 217 hectares située au nord de la même 640 (187,7 ha au nord et 27,9 ha au sud).  On peut aussi apercevoir un petit lac à l’ouest du marécage. Ce petit lac longe les nombreux sites d’enfouissement du dépotoir de BFI, en vert hachuré.

carte zoom territoire Ruisseau de feu

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La troisième carte est en fait la carte de Google en photo aérienne photographiée quelque part en 2008.  On peut voir que de nombreux petits affluents ont simplement été remblayés sous le gravier du stationnement. Il ne reste que quelques arbres qui  ont disparu au moment ou j’écris ces lignes.  Les dommages sont encore plus impressionnants aujourd’hui.

carte google - ruisseau de fer

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La quatrième carte est un zoom de la 3e carte (en bas à droite), du terrain asséché et récemment acquis par le concept gargantuesque Wal-Mart SuperCenter.zoom in Carte Google

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L’envie des vautours

La source du ruisseau fait l’envie du dépotoir de BFI, situé tout juste à côté.  Cette multinationale du déchet aimerait bien mettre la patte sur ces marécages pour y enfouir encore plus de déchets.  « Il n’y pas de danger de polluer la nappe phréatique, c’est de la glaise en dessous ».  C’est la raison pourquoi le marécage, cœur de la frayère, existe toujours et qu’il alimente ce petit ruisseau essentiel pour la survie de ces espèces.

Pourtant tous les intervenants sont d’accord pour sa protection.  La ville de Terrebonne, de Charlemagne et la MRC émettent depuis plusieurs années des communiqués de presse pour rassurer la population. Pourtant Wal-mart vient d’y ériger un gigantesque centre commercial et a coupé les arbres sur ses rives.  La haute valeur des terrains le long de l’autoroute 40 prédomine sur la volonté de protéger ce joyaux. Le ruisseau qui coule au nord de l’autoroute sur une longueur d’environ 500 mètres est enfermé entre des clôtures de 6 pieds.  Les hautes herbes poussent librement le long du peu de berges protégés. D’ailleurs l’on peut voir avec Google Street View, à quoi ressemble ce ruisseau au printemps 2009, à partir du chemin St-Charles et de l’autoroute 40, vers le sud.

Agrandir le plan


Agrandir le plan

L’an dernier le ministère des transports a fait construire sur l’autoroute 640 un immense viaduc en plein milieu des terres protégées « pour faciliter l’accès aux ambulances vers le nouvel hôpital ».  Vous pouvez d’ailleurs constater l’ampleur de la structure sur la photo de Google plus haut.  Bien faible argument quand on pense que ce viaduc aurait très bien pu être construit ailleurs sur la 40, mais à un coût plus élevé du fait de la grande valeur des terrains commerciaux maintenant propriétés de Wal-Mart.

Le dernier clou de cercueil

La semaine dernière je roulais le long du fleuve, croyant que les terrains restants au sud du ruisseau seraient protégés. Que d’illusions.  Les arbres abattus, les rues déjà tracées et les lots en friche jouxtes les centaines de piquets.  Et le petit ruisseau qui coule entre les piquets, se demandant quand un contracteur, par inadvertance, remplira ce fossé pour y faire passer une rue.  Il écopera d’une amende de quelques milliers de dollars et s’en sera fait de ce ruisseau embêtant.

Dans un article de Louis-Gilles Francoeur, Guy Garant du CRE Laval disait en mai 2008:  « Terrebonne…rêve de remblayer au moins 17 ha de milieux humides dans le territoire fédéral de la Défense nationale, un ministère qui semble prêt à étudier la proposition même s’il lui est interdit d’aliéner ce type d’habitat à des fins de développement en vertu de la politique actuelle. Et c’est sans compter les empiétements au ruisseau de Feu, où les compensations n’enrayent pas les pertes nettes. »

J’ai un ami biologiste qui siège sur le comité de sauvegarde de ce ruisseau.  Il se bat corps et âme pour la préservation de ce cours d’eau mais son comité ne lutte pas à arme égale. Les pelles mécaniques contre une bande de « Tree Huggers« .  Devinez la suite ?

Photo ruisseau de feu Canard illimitéUne dernière photo ?

Voici une photo, gracieuseté de Canards Illimités Canada, montrant le territoire autrefois inondé du ruisseau de feu.  Ce territoire a été asséché grâce au contrôle des débordements directement dans le marécage.  Devinez où va la crue des eaux nécessaire à la fraye ?  Tout droit dans les égouts de la ville de Lachenaie -Terrebonne.

Laurence octobre 14, 2009 à 01:12

Si les Québécois ne voulaient pas tous leur grand terrain et leur bungalow… dans un banlieue sans train par-dessus tout, l’étalement urbain ralentirait…Il semble bien que nos gouvernements n’ont qu’à faire de notre précieux environment. Les conséquences, ce sera pour moi et mes enfants. Je suis folle ou il y a un wal-Mart à quelque kilomètres de celui qu’on vient d’ériger?

… Pendant ce temps, pas de centre-ville ou de train à Repentigny, et la jeunesse banlieusarde ira trainer dans les parcs.

Genviève Lanthier octobre 14, 2009 à 05:58

une fois de plus tu as fait les nouvelles!! eh oui ta photo et un texte ont apparu hier sur notre fil de nouvelles de VIAnet,  »Quoi de neuf ». on rapportait ta mention comme  »Top 40 Canadian Online marketers of 2009 » le tout accompagné d’une photo!

encore une fois bravo!

Geneviève

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