Réponse d’un biologiste concernant le « Ruisseau de feu »

5 décembre 2009

Voici une réponse fort révélatrice d’un biologiste qui travaille depuis une douzaine d’années à la restauration du ruisseau de feu, situé à la limite des municipalités de Lachenaie, Charlemagne et Repentigny.  Suite à la parution du texte publié le 13 octobre 2009 Comment éteindre sournoisement le « ruisseau de feu », M Réjean Dumas a remis les pendules à l’heure.  Je vous invite à lire sa réponse, qui montre l’autre côté de la médaille, le côté que l’humble citoyen ne voit pas toujours.  En plus, il a fourni 5 nouvelles photos.

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BonjourRuisseau de de Feu - 1998

J’ai bien lu l’article … publié sur votre site. On pourrait en dire beaucoup sur les pertes de cours d’eau dans la plaine du St-Laurent en milieu agricole et urbain. Cependant, le ruisseau de Feu est plutôt l’exemple du contraire.

Quand on a commencé en 1998 (voir photos), on est parti d’un véritable fossé en milieu agricole (champs de grandes cultures). L’attention que l’on a porté au ruisseau de Feu porte d’avantage sur son potentiel de restauration que sa valeur faunique. Il ne faut pas perdre de vue que le ruisseau de Feu, tout comme le lac des Sœurs, a été creusé par l’homme. À l’origine, ça devait être comme le ruisseau du Marais Noir: un immense marécage drainé pour l’agriculture. D’ailleurs, le vrai nom du ruisseau de Feu est le Fossé de Feu.

champs ruisseau de Feu - 1998

Depuis, les partenaires du projet ont:

En bas de l’autoroute 40:

– reçu 130 ha valant (9 millions de $) en dons de terrains pour la restauration;

– planté 25 000 des 40 000 arbres prévus pour rétablir une forêt de 30 hectares;
– créé un marais de 45 ha;
– construit une des 4 passes migratoires;
– pour un total de 1,5 M$ en restauration d’ici la fin des travaux en 2012.

En haut de l’autoroute 40:

le ruisseau de Feu a été détourné et reconstruit en beaucoup mieux: on est passé d’un fossé rectiligne aux pentes abruptes sans bandes riveraines  (je me souviens de nos pêches sur le bord de l’autoroute – photo ci-dessous) à un cours d’eau de 35 mètres et plus de largeur (donné par les promoteurs à la ville) sur presque 2 km avec une station de pompage pour ramener l’eau pluviale dans le cours d’eau.

Photo du ruisseau de Feu en amont de l’autoroute 40, avant le détournement (le centre d’achat est maintenant construit sur cette section)

r de Feu - amont ponceau aut 40

Photo du ruisseau de Feu en amont de l’autoroute 40, après le détournement, dans son nouveau tracé (prise du même endroit que la précédente)

ruisseau de feu - nouveau nord 40

Vue ‘Google Map’ d’une section ‘détournée’ du ruisseau de Feu en amont de l’autoroute 40: à cet endroit, le cours d’eau et ses bandes riveraines ont plus ou moins 100 mètres de largeur.

r de Feu - amont 40 - google map

Vue ‘au sol’ de la même section que la photo précédente : l’emprise riveraine du cours d’eau est de  100 mètres dans la partie la plus large

Google Map - section détourné autoroute 40

Certainement que si nous étions assez nombreux et en moyen pour faire partout, ce qu’on a fait au ruisseau de Feu, la faune se porterait mieux dans la plaine du St-Laurent. En tous cas, nous sommes tous très fiers de ce qu’on fait là. Bien sûr que si on avait eu 1 milliards de dollar pour acheter les terrains et trouver un autre endroit pour construire l’hôpital et tout le développement autour, on aurait pu tout restaurer le bassin versant mais avoir eu 1 milliard de dollars, on l’aurait sûrement plutôt investi pour acheter des milieux naturels intacts au lieu de restaurer des champs agricoles.

Aussi l’article parle d’un ami biologiste sur le Comité du ruisseau de Feu: or, il y a cinq organismes qui siègent sur le Comité dont trois sont représentés par des biologistes: je doute qu’il s’agisse d’un de nous 3.

Le plus gros de projet de restauration d’habitats aquatiques au Québec

Bref, le ruisseau de Feu est probablement le plus gros de projet de restauration d’habitats aquatiques au Québec.  Si on veut critiquer le développement, ce n’est pas vraiment un bon exemple. Regardons plutôt ce qui se passe avec le ruisseau Pinière et le développement résidentiel, la rivière aux Chiens ou les barrages dans la rivière St-Jean, les enrochements de rives qui continuent dans le Richelieu et le St-Laurent, la plupart des cours d’eau agricole qui sont des soupes de phosphores…

Bref, on a du pain sur la planche et très peu de moyens pour y arriver. Nous allons investir 30 milliards de dollars pour les infrastructures routières au Québec, pour les améliorer bien sûr mais aussi pour contribuer à l’économie. Si nous avions, ne serait-ce que 1% de ce montant réinvesti dans la restauration des milieux naturels, nous ferions travailler des gens, souvent les mêmes entrepreneurs que ceux sur les routes, pour la faune et pour que les citoyens profitent de ces milieux naturels.

À bientôt

Réjean Dumas

PS. Si ça vous intéresse de lire notre approche sur les écosystèmes, j’ai publié un article dans la revue Urbanité du mois septembre (voir pages 24-26) attention fichier assez lourd PDF – 56 pages – 13 Mb.  Vous pouvez lire l’extrait de 3 pages, plus bas, intitulé Le maintien des écosystèmes dans le Québec habité – Un héritage pour les générations futures de Réjean Dumas

Le maintien des écosystèmes - page1

Le maintien des écosystèmes - page2

Le maintien des écosystèmes - page3

Garamond décembre 7, 2009 à 07:24

Il est très, très rare que nous, citoyens, disposions de TOUTE l’information requise pour se faire une idée juste d’une situation donnée. On doit donc faire avec ce qu’on peut trouver et de ce qu’on veut bien nous laisser savoir !

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