Quand vous serez mort, où passerez-vous l’éternité ?

22 octobre 2008

Lors de mon dernier compte-rendu, nous rissolions sur une plage de Virginie au pays de l’essence à $0.60 le litre et du slogan religieux percutant sur les panneaux d’autoroute. Ma pub religieuse préférée à vie, en lettres de 10 pieds : « When you’ll be dead, where will you spend Eternity ?» « Euh, dans mon cercueil, monsieur ? ». J’ai retrouvé le site web de cette église funeste. À vous glacer les sangs et vous décourager de pratiquer vos péchés capitaux favoris.

Mon fils Antoine était bien au rendez-vous à l’aéroport de Norfolk. Après un arrêt obligé à la plage pour s’humecter de l’air salin, il décidait de faire saucette malgré le mauvais temps et les vagues capables de vous édenter un morse.

Court trajet de 2 heures dans les marais de la Caroline pour rejoindre une mince bande de sable de 160 km appelé « Outer Banks » littéralement « les bancs de sable extérieurs ». Beaucoup moins connu que les archi-commerciales plages de la côte est américaine, les incontournables de ces îles restent Cape Hatteras, Rhodante, Kitty Hawk et Nags Head. Cet endroit est réputé pour ses dunes protégées, ses nombreux parcs, ses maisons sur pilotis et l’incontournable musée des flyés frères Wright.

Malheureusement notre court séjour sera copieusement arrosé et balayé par le vent glacial de l’Atlantique. Mais n’écoutant que notre courage nous avons quand même pris le temps de s’imprégner de l’atmosphère unique des dunes et du caractère relativement sauvage de ce coin de paradis. Notre camping « The Refuge » sur l’île de Roanoke, entouré de hautes herbes qui deviennent les quartiers d’hivers de nos outardes.

Notre retour de 4 heures vers la résidence de Laurence, où Antoine passera la semaine, se déroule sous la pluie battante. Les vents balayent les nombreux ponts qui rattachent les îles à la terre ferme. Aucun excès de vitesse au programme.

Cette randonnée de 10 jours, de 4,500km, s’est relativement bien déroulé malgré que le voyage fut épicé au retour de problème de fouille impromptu à la douane et de pannes de pneumatiques (un pneu a rendu l’âme, suivi quelques heures plus tard d’une autre crevaison causée par un clou).

« Y’en aura pas de facile » m’a rappelé le philosophe Jacques Demers.

En fin de récit, j’ai conservé le point tournant de notre voyage; la visite de la ferme pour autistes représente pour nous le coup de cœur de ce voyage. Connu sous le vocable « Carolina Learning and Living Center », cette immense propriété de 79 acres héberge en permanence une quinzaine d’adultes autistes de 22 à 50 ans. Associée à l’université de la Caroline du Nord, ce centre permet à ces adultes handicapés de se réaliser dans différents travaux extérieurs et intérieurs. Ils s’adonnent à des passe-temps stimulants comme la confection artisanale de savons, de pots-pourris ou d’arrangements de fleurs séchées, tout ça avec des plantes et fleurs cultivées dans leur jardin. Ils font pousser leurs propres légumes dans un potager adapté, muni de caissons surélevés pour pallier à leur manque de motricité.

Ces autistes possèdent leur propre chambre, décorée selon leurs intérêts. Toute leur vie ils y vivent, mangent et travaillent en communauté avec les intervenants. Les différents bâtiments sont en fait de grandes maisons et n’ont rien en commun avec un centre hospitalier. Le ratio handicapés/intervenant est de 2 pour 1, le jour et de 4 pour 1, la nuit. Plusieurs résidents sortent la fin de semaine ou pendant les vacances pour visiter leur famille.

Ils disposent de bâtiments de ferme, de machinerie, d’une immense cuisine, ateliers, salles de séjour er d’un lac pour la pêche, tout ça financé par l’UNC qui y effectue des recherches sur des nouvelles approches béhaviorales. Le fonctionnement quotidien est financé par le gouvernement, grâce aux allocations normalement allouées aux handicapés.

Dans quelques années, Anne et moi aimerions mettre sur pied un centre d’hébergement semblable à celui-ci afin d’assurer à notre fille un avenir heureux, avec des activités stimulantes dans un milieu gratifiant. Lorsque nous aurons quitté ce monde, nous espérons que cet organisme pourra s’occuper de notre fille, et des autres autistes adultes que nous encadrons depuis 10 ans, et ce pour l’éternité…

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