Terre-plein de la bêtise


Vous roulez tranquillement sur une route de campagne. Vous traversez des villages pittoresques. Vos êtres chers naviguent avec vous et exceptionnellement vous respectez les limites de vitesse. Vous trouvez même amusante cette vieille barque qui s’éternise devant vous, conduite par un chapeau. Pas de conducteur en vue, seulement un chapeau de feutre brun.

Pour ralentir les « étranges » pressés, ces petits maires de villages font preuve d’acrobaties et d’ingéniosité pour contenter leurs contribuables: dos d’âne, ventres de bœuf, immense affiche électronique avec radar vous rappelant votre vitesse et même voiture de police inoccupée stationnée pendant des heures à l’entrée du village. Mais la municipalité de Sainte-Marcelline de Kildare, qui étrangement s’appelait Ste-Marcelline de Radstock il y a quelques années, se mérite la palme de la plus mauvaise cochonnerie pour ralentir la circulation. Tout juste après une courbe à 90km, bien avant l’entrée du village, l’érection d’un terre plein mal éclairé de 10 pieds de large, qui vous oblige à bifurquer de façon dangereuse à la dernière minute. Voyez le synopsis complet.

L’hiver dernier mon fils revient de ski avec sa copine et un ami. À la brunante, fatigué et distrait, il ne remarque pas cet improbable terre-plein de ciment à l’entrée du village et il le chevauche. Aucun dommage à la voiture. Le poteau de la balise de signalisation est à peine plié. Il ne peut dégager sa voiture qui est soulevé par la neige. Pendant qu’il appelle le CAA pour obtenir de l’aide, un représentant de la force constabulaire se présente sur les lieux. Ce dernier, après une dure journée à lutter contre les bandes criminalisées du village, recherche un autre truand à coffrer. Après avoir douté des facultés de mon fils, il se met à douter de ses talents de conducteur. Je vous épargne les insipidités d’usage que nous avons tous eu à subir, à un moment donné de notre vie, de la part d’un blasé représentant de l’ordre. Les jeunes réussissent finalement à dégager leur voiture, sans l’aide du policier, et mon fils quitte sans autre cérémonie.

La suite, 6 mois plus tard : il reçoit une facture de la voirie du village, de plus de 200$, pour le remplacement du poteau. Probablement qu’avec la hausse du prix de l’acier, ces poteaux sont maintenant hors de prix, et impossible à déplier. Il paye sans broncher puisqu’il reconnaît qu’il est responsable du dommage causé à cet innocent poteau.

10 mois plus tard, cette semaine : Surprise. Une autre lettre enregistrée. Une contravention de $250 pour avoir « probablement » traversé une ligne double. C’est le libellé exact du billet. Comment peut-on recevoir une contravention 10 mois après un événement quand le policier ne nous en a jamais remis pendant l’événement? Comment peut-il avoir traversé une ligne double en glissant sur un terre-plein tout neuf et sans éclairage, installé en plein milieu d’une route de campagne. Est-ce que l’automobiliste qui quitte la route pour s’échouer dans un fossé reçoit une contravention pour avoir traversé une ligne continue ? J’imagine le même policier en train d’invectiver le conducteur mal en point au lieu de lui porter secours. Où est-il le policier qui a le devoir de nous protéger et de servir ?