Ensemencement de truites mouchetées pour la pêche à la ZEC Lavigne

8 juin 2010

J’aime la pêche.  Un héritage légué par mon père, mon grand-père et mon grand oncle Jules.  Un trio de passionnés de ce sport.  Je me rappelle qu’enfant au chalet, je me levais vers 8 heures pour apercevoir mon grand père qui sommeillait sur le divan, encore revêtu de ses vêtements de pêche.  Il se levait à l’aube pour la pêche du matin.  Il mouchait pendant quelques heures pour finir sa nuit sur le sofa. Passionné vous dites ?

Un passion, jusqu’au trépas


L’été de mes 13 ans, j’ai eu la chance d’accompagner mes trois aînés à un voyage de pêche, en Haute Mauricie. À la brunante, après une douzaine d’heures de route de terre, nous avions finalement atteint notre immense lac.  En transbordant notre lourde chaloupe en aluminium de sa remorque, mon grand-père a été saisi d’une violente douleur à la poitrine. Mon père plaça aussitôt mon grand-père au fond de la chaloupe, pour se rendre à notre destination finale, un chalet situé sur l’autre rive, une dizaine de km plus loin.

La compagnie locale d’hydravion de brousse de l’époque, Cargair, rejointe par ondes courtes, nous a envoyé un appareil de toute urgence.  Ma partie de pêche a été de courte durée. Mon père reparti pour ramener la camionnette à la maison. Moi j’étais assis dans l’avion, à côté de mon grand-père étendu sur une civière.  Atteint de paralysie partielle, grand-papa n’a plus jamais pêché et décéda quelques mois plus tard.

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L’ensemencement pour compenser la pression de pêche


Pour la première fois, j’ai assisté à l’ensemencement d’un lac de pêche dans la ZEC Lavigne, au nord de Lanaudière.  En moins de 30 minutes, les employés de la ZEC ont transféré plus de 500 ombles de fontaine (truites mouchetées) au milieu de ce lac de pêche.

Le préposé du camion citerne de la pisciculture de la Jacques-Cartier réussissait, tant bien que mal, à compter le nombre de truites à ensemencer, en les laissant tomber patiemment de sa puise.  Ces poissons qui mesurent en moyenne de 10 à 11 pouces, ont été rapidement placés dans de grands réservoirs de plastique, placés au fond d’une embarcation.  De l’eau du lac a été lentement transvidée dans les bacs pour que les nouveaux pensionnaires s’acclimatent lentement à la température de l’eau de leur nouvel environnement.  Les truites mouchetés ont été ensemencées au milieu du lac, au dessus d’une fosse d’une cinquantaine de pieds.

Ces truites valent environ 2$ pièce. Elles sont élevées en lac plutôt qu’en bassin artificiel.  Dans les premières semaines de l’ensemencement ces truites ont une chair blanchâtre parce que leur nourriture est principalement constituée de moulée de crevette.  Plusieurs pêcheurs n’aiment pas le goût des truites nouvellement ensemencées.  Après quelques semaines, la chair prend une teinte orangé, comme celle du saumon,  du fait qu’elle se nourrit alors d’insectes, de larves, de ménées et de sangsues.

Plusieurs heures après l’ensemencement, nous apercevions les truites sauter en surface, sur les insectes flottants.  Un spectacle franchement captivant.

Pourquoi nos lacs sont-ils rarement en santé?


Avant la venue des ZECs, la planification des ensemencements se faisait par les villégiateurs ou les responsables des clubs privés, sans beaucoup de consultation avec les biologistes.  Si un lac ne « mordait » plus, on allait chercher de grands tubes de truites chez une entreprise d’ensemencement et on ne disposait que de quelques heures pour déposer les alevins dans le lac.  Ce lac fraîchement ensemencé était souvent fermé pendant un certain temps afin de permettre au poisson de grandir.

Aujourd’hui le principal problème de beaucoup de lacs ensemencés est que ces truites ne se reproduisent pas. Les frayères (lieu de reproduction) sont souvent endommagées ou détruites.  Les villégiateurs installent leur chalet, débarcadère, quai et lieu de baignades dans des endroits où les truites vont se reproduire. En circulant à ces endroits, les dommages aux aires de reproduction sont considérables.  De plus, l’ensablement des sites de fraie, souvent provoqué par le déboisement et les chemins mal aménagés, cause des  torts considérables à sa reproduction.

L’apport en nitrates des engrais et les fosses septiques déficientes entraînent l’eutrophisation (la dégradation) des lacs.  Le déboisement des rives entraine le réchauffement de la température des lacs  et provoque l’apparition des cyanobactéries (les fameuse algues bleues). Les truites mouchetées meurent parce qu’elles ne peuvent vivre dans un lac dont la température excède 20 degrés C.

Des alevins indigènes

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Mais l’ensemencement n’est pas une panacée.  Il a aussi ses effets négatifs.  Il entraîne souvent une dégénérescence des poissons indigènes, i.e.  ceux qui ont toujours vécu dans ce plan d’eau.  Dans un lac qui ne présente plus aucune trace de poissons, on essaie aujourd’hui d’ensemencer avec des alevins indigènes, capturés dans un lac voisin pour conserver une certaine intégrité du stock génétique.

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