La mort violente de l’oncle Victor, dans l’Extrême Nord canadien

5 juillet 2010

Samedi dernier, un fête familiale se déroulait en présence des aînés du clan de ma conjointe. L’oncle Yvon, âgé de 85 ans, secondé de mon beau-père, 87 ans, nous ont raconté une histoire captivante sur le décès de leur oncle Victor Maisonneuve dans l’Extrême Nord canadien en 1926.  Intrigué,  j’ai effectué une recherche sur la toile.  Fasciné moi-même par le Grand Nord, suite à deux séjours ces dernières années, j’ai voulu en savoir un peu plus sur cette étrange affaire.

Selon la source des informations, les détails de cette sombre affaire demeurent relativement contradictoires.

Un peu d’histoire


Selon la version officielle, l’oncle Victor Maisonneuve, de son vrai nom Victorien, s’est enrôlé dans la Gendarmerie Royale du Canada (Royal Canadian Mounted Police de l’époque) et expédié sur  l’île de Devon en 1925.  Cette île de 55 000 km² était la plus grande île inhabitée au monde. Dans la démarche canadienne pour affirmer sa souveraineté sur les îles du nord de l’Arctique, un poste de la GRC a été ouvert à Dundas Harbour en 1924 jusqu’en 1933.  En 1933, la Baie d’Hudson occupa ce poste mais le ferma l’année suivante.  Le gouvernement canadien y installa alors 53 familles originaires de la terre de Baffin, afin de confirmer sa souveraineté sur l’île.  Mais ces familles ont quitté en 1946, prétextant le froid extrême de cette île et le manque de nourriture.  On tenta de nouveau de peupler l’île après la deuxième guerre mondiale, pour fermer de nouveau le peuplement en 1951. Depuis, il ne reste que les frêles cabanes que le gouvernement canadien s’entête à conserver, pour démontrer leur droit de propriété sur cet immense territoire.

Un séjour qui a mal tourné


Célibataire de 26 ans, l’assignation de l’oncle Victor dans ce coin perdu devait s’étendre sur quelques années.  Il était accompagné d’un autre policier de la RCMP, le constable William Robert Stephens, 23 ans.  Leur petit établissement de Dundas Harbour comptait quatre bâtiments, dont une petite maison commune et trois entrepôts. L’auteur Ken McGoogan, dans son livre Race to the Polar Sea raconte le récit suivant concernant les deux policiers, dans un résumé tiré du site Web SavvyReader :

The best-known stories about Dundas Harbour, which had no radio communications with the outside world, concern the two constables buried in the cemetery: William Robert Stephens (1902-1927) and Victor Maisonneuve (1899-1926). Apparently the two could not get along. They came to hate each other, and divided the house down the middle. They drew a line; then they built a wall.

But here the stories diverge and multiply. One of the two constables died in a hunting accident in nearby Croker Bay, or else he committed suicide. The other man was killed in a freak accident when he tripped and got shot by his own gun; or else he became intimate with an Inuit woman, the wife of another man, and got himself murdered.

L’autre version serait que quelques jours avant l’arrivée du bateau qui le ramènerait chez lui, le constable Stephens aurait alors à expliquer la mort mystérieuse de son collègue.  Il aurait alors opté pour la fuite dans le suicide.

Mais la version officielle de la GRC est différente


Dans les années 60, mon beau-père, voulu connaître les faits exacts reliés à la mort violente de son oncle. Mais la version de la GRC est somme toute assez différent.  Selon le rapport du décès, le constable Maisonneuve se serait suicidé le 16 juin 1926, tandis que son collègue le constable Stephens serait mort accidentellement 14 mois plus tard, le 26 août 1927, en chassant le morse sur la banquise.  Selon le rapport,  le décès accidentel de ce dernier se serait produit seulement quelques jours avant l’arrivée du bateau ravitailleur. Personne n’aurait été témoin de la scène.

D’ailleurs la version officielle se trouve sur le site de Jean Cournoyer, Mémoire du Québec, traitant de l’historique de la GRC :

1926 (16 juin):  L’agent Victor Maisonneuve se suicide par arme à feu au poste de Dundas Harbour (sur la côte sud-est de l’île de Devon, Passage du Nord-Ouest).

1927 (26 août) : L’agent William Stephens est victime d’un accident de chasse aux morses à Dundas Harbour (sur la côte sud-est de l’île de Devon, Passage du Nord-Ouest).

Une patrouille militaire du souvenir


En août 2006, un flotte de l’armée canadienne a patrouillé dans les eaux canadiennes de l’Arctique pour, entre autres, restaurer les pierres tombales et les monuments des deux policiers afin que leur mort ne tombe pas dans l’oubli. Mais la restauration des tombes et des sites sert aussi les intérêts politiques et territoriaux du gouvernement canadien Il y aurait dans l’Extrême Nord plus de 25 tombes de policiers esseulés qui se seraient enlevés la vie.  Je vous laisse lire le texte tiré du site MilitaryPhotos.net traitant de Navy to visit Northwest Passage, tend RCMP graves.

The Aug.12-24 operation will employ the frigate HMCS Montreal as well as two smaller coastal defence vessels. Six aircraft – Twin Otters, Griffin helicopters and maritime patrol airplanes – will fly overhead.

A platoon of 35 soldiers from the Quebec-based Royal 22nd Regiment, the Van Doos, will be deployed along with Ranger patrols from several Nunavut communities.

This patrol will visit Dundas Harbour on the southeast coast of Devon Island, where the RCMP maintained a small detachment in 1924-33 and 1945-51 – an expression of Canadian Arctic sovereignty from an earlier time.

Two tumbledown houses, a stone path and an outhouse are all that is left, as well as the remains of two constables whose postings to this remote place ended in tragedy.

Const. William Stephens was shot Aug. 26, 1927, in a walrus-hunting accident. Const. Victor Maisonneuve died June 16, 1926, of a self-inflicted gunshot wound.

« He was serving alone at the time, » said Hayward. « There were no witnesses. »

There are 25 such lonely RCMP graves throughout Nunavut, tended by the nearest detachment. At Dundas Harbour, a 2002 visit from Grise-Fjord-based members noted that Stephens and Maisonneuve needed some care.

« We’ll be bringing in a new white fence, » said Connelly. « We’ll be repairing and beautifying the graves and holding a modest ceremony. »

Deux autres récits instructifs


Le blogueur Clare Kanes est passé par Dundas Harbour en 2005.  Il a pris des photos du cimetière avant la restauration, que l’on peut voir plus haut.

Quant à Karin Cope, elle est passée en 2009 au même endroit et a commenté dans son carnet de voyage Visible Poetry l’inscription gravée sur l’ancienne pierre tombale fixée à la clôture, que les deux policiers « Went a bit mad« .  Mais un représentant de la GRC a écrit à Mme Cope pour lui donner la  version officielle.  La Police Montée veille au grain, même 85 ans plus tard.  Je vous laisse lire l’extrait de son site Web:

Graves of RCMP officers from the 1920s overlook Dundas Harbour. Apparently, the officers went a bit mad. It seems that one shot the other then committed suicide,* though of course, since they are both dead, no one else knows exactly what happened. (* In fact, this is incorrect–see end of article for correction.)…

*Correction*
According to RCMP records, it is not really true, as the caption for the Dundas Harbour RCMP gravesite above states, that the officers buried in the graves at Dundas Harbour « had gone a bit mad » and were involved in a murder-suicide.

The true facts are as follows:  The RCMP maintained an active post in Dundas Harbour from 1924-1933 and then 1945-1951.  The post at Dundas Harbour was part of an effort by the federal government to assert Canadian sovereignty in its northern archipelago.  While there are some signs of ancient encampments on Devon Island, prior to the establishment of Dundas Harbour detachment, there were no modern inhabitants on the island.  Life there was certainly lonely and very difficult.  In 1925, Inuit special constables and their families were assigned to the unit to help southern officers with the survival skills necessary to live in such a remote region of the north.

In June 1926, Constable Victor Maisonneuve committed suicide.  He was alone at a seal hunting camp at Croker Bay at the time. Then, a little more than a year later, in August 1927, Constable William Robert Stephens accidentally shot himself while hunting walrus.  Although the RCMP no longer maintains an active detachment in Dundas Harbour, the Arctic Bay detachment is responsible for making an annual grave inspection there.  As you can see from the photo, they maintain the graves very well.  Permanent granite headstones were put in place by the RCMP in August 1973.

I thank the Rev. LCDR (ret.) MacLean for bringing suggesting something was amiss with the story and requesting a correction to the record. I alone am responsible for the error; Marike played no part in my late and fanciful edit of the details at Dundas Harbour.                           Karin Cope

Laurence juillet 6, 2010 à 07:01

Super intéressant ce post. bravo!

Clare septembre 7, 2010 à 16:03

Merci pour le link a mon blogue. The version of the story related by McCoogan is clearly wrong. Stephenson and Maisonneuve did not serve together, Stephenson arrived after Victor Maisonneuve’s death. It would have been a simple matter for McCoogan, a writer of some note, to have researched.

Peter Gorrie février 28, 2012 à 15:29

I have been to Dundas Harbour and, like you, am captivated by it, and its history. The records show that Maisonneuve and Stephens didn’t serve there at the same time. Maisonneuve arrived with two others in 1924 and committed suicide in June 1926. Stephens arrived on the August 1926 relief ship. I assume these records, contained in the RCMP Commissioner’s annual report, are correct. If there’s some doubt about them, I’d appreciate knowing.
However, I have also heard that Maisonneuve committed suicide at least in part because he was cruelly ostracized by the other two members (Anstead and Makinson) who were at the post with him. Has this ever come up in your discussions about him?

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