Que la montagne est belle

27 août 2010

La musique meuble ma vie, depuis aussi longtemps que je me souvienne. En fait, il m’a toujours été difficile de vivre avec un moment de silence, me réfugiant aussitôt dans la musique. Je me rappelle qu’au décès accidentel de ma sœur ainée en janvier 1962, qui n’était alors âgée que de sept ans, pendant plusieurs mois j’ai demeuré chez une sœur de ma mère à Montréal. En fait tous mes frères et sœur ont été accueillis par des membres de notre grande famille, le temps des funérailles et de la convalescence de ma mère. D’autant plus que mon plus jeune frère venait de naître deux semaines à peine avant le décès de Suzanne.

J’avais alors 4 ans et jamais je n’étais parti de chez moi. Ma tante Isabelle savait qu’en me procurant de la musique, elle pouvait espérer un moment de calme. J’ai souvenir qu’à mon cinquième anniversaire, quelques semaines plus tard, en février 62, elle m’avait acheté le disque des Jérolas « Toujours plus vite », contenant entre autres les succès Méo penché, Jones s’est montré, Charlie Brown et Toujours plus vite.

Obsessif, je jouais ce disque sans arrêt, mémorisant chaque note et chaque mot. Comme pour chasser mon ennui, loin des mes parents et de mes 6 frères et sœurs. D’autant plus que ma tante et mon oncle, plutôt anglophone, parlaient le plus souvent anglais entre eux, langue qui m’était étrangère.  Leur seul enfant était un grand adolescent un peu nerd, qui me nourrissait de bandes dessinées Marvel anglophones (Fantastic Four, Spiderman…). Il est aujourd’hui pasteur et avocat.

Nostalgie sylvestre


Après avoir dévoré du rock toute ma jeunesse, aujourd’hui je passe mes moments de travail ou de repos à consommer des tonnes de blues, jazz, succès des années 40 et 50 et chansonniers français. J’ai découvert entre autres une chanson de Jean Ferrat que je ne connaissais pas, interpellé par les paroles de Que la montagne est belle.  J’imagine que je m’attendris avec les années.

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver ?

Avec leurs mains dessus leurs têtes
Ils avaient monté des murettes
Jusqu’au sommet de la colline
Qu’importent les jours les années
Ils avaient tous l’âme bien née
Noueuse comme un pied de vigne
Les vignes elles courent dans la forêt…

Construire ou la liste de mes rêves



Lors de mon 50e anniversaire de naissance, j’avais dressé une courte liste des choses que j’aimerais accomplir, avant de passer l’arme à gauche.  Je rêvais entre autres de construire une maison de mes mains.  J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour les menuisiers, charpentiers et autres métiers de la construction. Quelques grands-oncles et amis de mon père en étaient.

L’été est fabuleux alors allons-y.  Après avoir déniché d’excellents conseillers, j’ai commencé les travaux fin juillet.  Dans mon coin reculé de la Matawinie, j’ai entrepris de construire une maison d’invités d’approximativement 300 pieds carrés (12 x 24),  en y aménageant deux chambres, une salle de bain, cuisinette et rangement.  Elle servira pour accueillir les amis et ma grande famille, lorsque les trois chambres du bâtiment principal seront toutes occupées.

Mon échéancier est serré. Une semaine pour creuser à la petite pelle la plateforme (200 voyages de brouette), construction des formes et de l’armature la deuxième semaine, la plomberie et le ciment, tout brasser de main d’homme, la troisième semaine et monter les murs et poser l’isolant, la semaine dernière.

Cette semaine je monte les chevrons de pignon, pose la fourrure (forenze) et la toile protectrice (Tyvek), pour terminer le toit la semaine prochaine. Il me restera la pose de la porte, des cinq fenêtres et de la dernière couche d’isolant (laine).

Je pourrais alors fermer le bâtiment pour commencer les murs intérieurs, l’électricité, la plomberie et tutti quanti.

L’automne au chaud


J’estime pouvoir terminer les travaux vers le début octobre, prêt pour les premières neiges qui nous surprennent dans ce coin de pays, aussi hâtivement qu’à la fin octobre.

Je suis assez fier de la progression des travaux, bien que mon intense passion pour ce projet entraîne une certaine négligence de ma famille et amis.  Je me garde toujours plusieurs heures par jour pour mes contrats en Web et répondre aux courriels.

Mais je vous avoue que les discussions avec une cloueuse, une scie à onglet, ou une pile de 2 x 4 sont assez sommaires.  Mais il m’arrive parfois d’avoir la visite impromptue d’un voisin, s’inquiétant de ne plus m’entendre blasphémer après un coup de marteau.

J’ai la chance unique d’être entouré d’amis et de voisins qui sont nés dans un coffre à outils. Je les consulte fréquemment pour éviter d’avoir à défaire ce que je viens de bâtir. Il va sans dire que j’ai dû acheter plusieurs nouveaux outils, ceux que je possédais déjà faisaient le propos de sarcasmes dans la communauté.

Les constats de ma nouvelle vie


En fait construire une maison ressemble beaucoup à ce que je faisais dans mon ancienne vie.  La planification, construction et mise en ligne d’un site web transactionnel nécessite beaucoup de réflexion et de collaboration d’experts, pour éviter à avoir à recommencer, en plein milieu des travaux.  Si ta base est d’équerre, le reste suivra.

Pendant mes longs moments de réflexion, j’ai dressé une liste des avantages et désavantages de mes six premiers mois de rentier (j’aime bien ce mot).

Ce qui me manque

  • Mes collègues de travail
  • La rue Ste-Catherine, à l’heure du lunch
  • Les boutiques de livres et de disques
  • Les longues discussions et débats d’opinions
  • Les 5 à 7

Ce qui ne me manque pas

  • Le stress malsain
  • La circulation automobile
  • Me lever à 6h00
  • Les migraines
  • La désorganisation bureaucratique
  • Mes sautes d’humeur
  • Le transport en commun

Ce que j’aime

  • Respirer
  • Réfléchir
  • Sourire
  • La forêt
  • Jouer avec Gabrielle
  • Marcher dans les bois avec Gabrielle
  • Être mon propre patron
  • Écrire
  • Vivre

Pat août 28, 2010 à 06:55

Faudrait faire un stop motion de la construction de ta maison. Quelques photos à intervalles réguliers, ça ferait une bonne vidéo dans youtube!

Benoit Laporte août 28, 2010 à 09:54

Oui effectivement un stop-motion aurait été une merveilleuse idée (une photo toutes les heures pendant 2 mois pour générer 1 minute de vidéo) Mais le projet actuel est trop avancé. Si je me construis un prochain gratte-ciel, je te promets de produire ce documentaire…

Geneviève août 29, 2010 à 09:19

bien contente de relire ta charmante prose!
c’est un fabuleux projet, cette maison d’invités.
j’envie ta vie de rentier, juste assez occupée!
j’espère encore voire ta binette à mon comptoir de la billetterie, ou au 5e, lors d’un prochain projet.
à bientôt!

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