Chasser le naturel… dans les Chic-Chocs en Gaspésie

24/10/2011

Dans ma liste de projets à réaliser après 50 ans se dressait le projet presqu’inatteignable de chasse à l’orignal.

Pas facile à accomplir. En fait de moins en moins de Québécois pratiquent ce sport. Mon père, mes oncles et plusieurs cousins étaient chasseurs, mais ils ont tranquillement rangé leur carabine, pour des raisons d’ordre matériel, factuel ou moral.

Voici une liste des 10 prétextes les plus fréquemment utilisés pour justifier leur désaffectation à cette tradition  :

Raisons matérielles

 

  • Le coût important de tous les cours imposés par le gouvernement doublé de la difficulté d’obtenir tous les permis (cours de maniement d’armes, certificat de possession et acquisition d’arme, permis de chasse, tirage pour chasse à la femelle…)
  • Les tarifs élevés pour l’obtention d’un territoire, généralement autour de 350 $ par personne, pour une semaine dans les Zecs, souvent le double dans une réserve faunique (SEPAQ) et le triple en pourvoirie.
  • Le coût élevé de l’équipement et des frais afférents (arme à feu, hébergement, transport, cartouches, accessoires, VTT…).  Attendez-vous à débourser autour de 1000 $ pour une arme à feu de qualité, et des frais d’environ 500 $ pour les coûts additionnels pour une semaine (surtout le transport, la nourriture et l’hébergement). Pour 1000 $, vous pouvez aussi vous faire chauffer sur une plage du sud, pendant une semaine…

Raisons factuelles

 

  • La baisse marquée du cheptel d’orignal dans le sud du Québec.  Depuis 6 ou 7 ans, malgré la stabilité du nombre de chasseurs, le MRNF note une diminution marquée de la récolte d’orignaux dans le sud du Québec. Les biologistes expliquent cette baisse par l’expansion du chevreuil (l’orignal ne le côtoie pas), le nombre de plus en plus élevé de loups, de coyotes et d’ours qui s’attaquent surtout aux veaux.
  • La rareté des territoires libres : il est aujourd’hui presqu’impossible de trouver un territoire disponible, même en payant le gros prix. Dès qu’un lot se libère, les chasseurs à proximité réservent aussitôt les territoires libérés. C’est en fait le retour déguisé des clubs privés.
  • La difficulté de trouver des compagnons de chasse : les groupes disponibles sont relativement rares. Il faut bien les connaître puisque vous avez à les côtoyer intimement dans un chalet exigu, pendant 9 jours.
  • Plusieurs personnes n’aiment pas le goût de la venaison, trop accentué.  Beaucoup trouvent la viande d’orignal âcre et d’une couleur rougeâtre, même cuite.

Raisons morales

 

  • Contre le meurtre de pauvres bêtes, sans défense.
  • La chasse est considérée comme un sport (!) primitif de mononcles, portés sur la bouteille.
  • Pendant 10 heures dans sa cache, il fait froid, il pleut et on se sent bien inutile à surveiller un bloc de sel.

Disparition de la coutume

 

Un peu comme la pêche, la tradition de chasser était souvent transmise de père en fils. Aujourd’hui, les petites familles, souvent éclatées, ont fait disparaître ces rites de passage de l’enfance à l’âge adulte.

Les plus jeunes préfèrent les sports de plein air leur permettant de rester en forme. Pourtant une chasse active te fera facilement parcourir chaque jour plusieurs kilomètres de sentier, à l’affût de tous mouvements ou bruits.

Deux types de chasse

 

Il existe fondamentalement deux types de chasse à l’orignal. La chasse passive et la chasse active.

La chasse en cache (ou passive) se prépare plusieurs mois d’avance.  Dès le printemps, vous placez un bloc de sel dans une clairière ou un endroit dégagé. En installant plusieurs blocs de sel sur un territoire exclusif, vous pourrez voir de près les pistes et l’usure du bloc, et choisir l’endroit le plus populaire. Vous installerez une cache camouflée à proximité de votre bloc de sel afin de pouvoir apercevoir l’animal lorsqu’il se rendra à son point de ravitaillement. Pour augmenter vos chances d’attirer le mâle tant prisé, l’épandage d’urine de femelle en chaleur est une tradition bien ancrée, mais contestée par plusieurs. Vous pourrez aussi installer une caméra vigile, pour visionner les photos et vidéos de la bête convoitée.

La chasse fine (ou active) est différente. Vous vous déplacez sur votre territoire en traquant la bête. Ce type de chasse est plus excitante et intense en émotion. Par contre, lorsque vous vous déplacez sur le territoire à pied ou en véhicule, vous contaminez votre territoire par des odeurs humaines. Bien que les originaux n’ont pas peur des humains, après quelques jours de contamination odoriférante,  l’orignal se déplacera vers un autre territoire plus tranquille.
Pour la chasse fine, vous devez posséder un grand circuit de sentiers et de chemins. Généralement dans un territoire public ou contrôlé (réserve faunique, pourvoirie et Zec) le grandeur du terrain alloué par chasseur est d’environ 1 km², ce qui n’est pas très grand pour une chasse fine efficace. On effectuera la chasse fine seulement les derniers jours.

Seul avec ta conscience

 

Ce que j’apprécie particulièrement d’une semaine de chasse ? Pour une des rares fois de votre vie, vous êtes seul avec vous même. Rien, ni personne pour vous déranger. Ni connexion internet, téléphone, courriel ou rendez-vous.

Souvent pendant 4 à 5 heures, vous n’entendez que le bruit du vent, des oiseaux et des arbres qui craquent. Un coup de feu perdu au loin devient un événement.

Dans un prochain texte, je tenterai de vous faire vivre en détail, un peu de ma chasse à l’orignal, dans les Chic-Chocs en Gaspésie. J’avais quand même conservé sur moi mon crayon et un carnet de note.

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