Au fil de la plume et 200 chroniques plus tard

3 novembre 2011

J’adore écrire. Je n’ai jamais eu de journal personnel, mais j’ai toujours écrit. Comme un acte de contrition, l’écriture permet de ventiler mon subconscient, comme une peintre sur sa toile. Pour souligner la publication de mon 200e texte, je tente de diagnostiquer cette passion pour la prose.

École primaire

Je me rappelle qu’à ma petite école de quartier, nous devions nous placer en équipe pour écrire une nouvelle. Seulement quelques chapitres d’une brève histoire que nous devions rédiger en groupe. Il fallait suivre un canevas précis pour établir et faire approuver notre plan. Ensuite venait la rédaction de l’intrigue (mise en situation, développement de l’histoire, point de chute et conclusion).

Pendant la fin de semaine suivante, mon imaginaire s’emballa. Des espions russes rencontraient des contrebandiers arabes, des diamants cachés dans des chocolats suisses serviront à financer la construction de bateaux de pêcheurs dont les cheminées cachaient des missiles balistiques longue portée. Pas facile de rentrer tout ça dans quelques pages. Et convaincre mes confrères de l’intérêt de mon histoire. Mais le professeur adora mon manuscrit. Il utilisa mon scénario comme exemple devant la classe. John le Carré n’avait qu’à bien se tenir.

Au secondaire

Au fil des années, j’ai beaucoup écrit dans le journal de l’école secondaire. Rien de bien éloquent. Surtout des critiques sur la société, un peu de politique et d’humour. J’aidai aux textes du spectacle de fin d’année en imitant des profs et des prêtres, responsables de la vie étudiante.

Nous avions un important groupe d’amis filles et garçons, prétexte pour s’échanger des flirts. Tissé très serré, notre « gang » comme nous l’appelions, se voyait presque tout le temps, dans notre propre local au collège. Nous avions même créé un regroupement bidon pour quémander un lieu de rassemblement privé à la direction. L’AME (Amélioration du Milieu Étudiant) était née. En fait nous échangions beaucoup plus de frenchs que d’opinions. Nos décisions portaient le plus souvent sur l’endroit où nous allions organiser notre prochain party du samedi soir.

Coup de théâtre

Or donc, pour financer nos activités philanthropiques, nous avions eu l’idée d’écrire une pièce de théâtre. En la jouant nous-mêmes, nous pourrions faire beaucoup de $. Elle allait être jouée à plusieurs reprises et les gens paieraient pour venir voir ce chef d’œuvre d’écriture. Facile.

Le titre ? « Joyeux hic Noël ». Une pièce à un seul acte, où la veille de Noël dans un dépanneur, la propriétaire « Alberta Saskatchewan » accueillait un a un ses clients colorés et un peu éméchés. Digne des classiques de Marcel Gamache, cette pièce inspirée du vaudeville connut un grand, mais court succès. Joué un seul soir, il avait été impossible de trouver un local assez grand pour accueillir tous nos invités. Nous avions dû nous contraindre à jouer notre création dans l’immense garage du père d’un des membres du groupe. Et les maigres profits ont justement été réinvestis au dépanneur du coin, en consommations délétères.

Quatre petits films naïfs

L’expérience du théâtre nous donna la piqûre. Quelques mois plus tard, à l’automne 1971, nous tournions notre premier court métrage trash en 8mm intitulé Jungle Beast.  L’histoire d’un yéti sorti de la forêt qui s’attaquait aux passants. Pas très original.

Notre deuxième production Momicalement vôtres était plus léchée. L’histoire niaise d’un archéologue qui rapporte d’Égypte, un tombeau dont la momie revient à la vie dans un musée. Ce petit film de 30 minutes avait été tourné en une journée, avec une caméra à ressort, dans l’ancien musée des Clercs St-Viateur à Joliette, à l’hiver 1971. Nous avions entre 14 et 15 ans.

Durant les vacances de Pâques 1972, nous organisons un troisième tournage extérieur de 3 jours sur la ferme d’une membre de notre bande, Richard Ducharme. Un film d’action avec un titre ronfleur Knock Out. Un fermier véreux décide d’éliminer des hippies qui squattent une parcelle de sa terre, près d’un ruisseau. Beaucoup de sang, de meurtres et de scènes de poursuite. Fini l’humour bon enfant du yéti ou de la momie fait de papier de toilette. Nous étions maintenant équipés d’une caméra super 8 mm à batterie. Nous avons même une bande sonore avec dialogue. Les revenus des projections serviront à financer notre prochaine réalisation.

Le 4e tournage eut lieu à l’été 72, avec encore plus de moyens. Notre prochain film, Point de mire allait se retrouver dans les festivals de films de court métrage. Pas moins de 60 minutes. Une autre histoire improbable d’espionnage international d’un citoyen au dessous de tout soupçon. Après quelques jours de tournage, nous perdions notre acteur principal qui attendait une opération majeure à l’épaule. Après plusieurs mois de convalescence, l’école reprit et le tournage tomba à plat, et ne se continua jamais, faute de moyen.  J’ai toujours les bandes dans un coffre, jamais montées.

La FLEEP

Arrivés en secondaire 4, stimulés par les changements sociaux qui s’opéraient, nous avions abandonné le 7e art pour créer un groupe secret et séditieux. Ce groupe provocateur ordonnait à la direction de notre collège privé, l’abolition du port du veston et de la cravate et le droit aux cheveux longs. La FLEEP (Front de Libération des Étudiants Écœurés des Professeurs) publia son premier journal pamphlétaire. Il colla aussi des centaines d’autocollants sur le mobilier de l’école, exigeant du changement. Un autre groupe d’agitateurs moins discrets a été appelé à notre place, dans le bureau du directeur de la discipline.  Après quelques suspensions, nous avons décidé de démanteler notre organisation, sans taches au dossier.

En secondaire 5, les pères Archambault et surtout René Pageau, toujours vivant, qui a publié plus d’une cinquantaine de livres, confirmèrent mon désir d’écrire.  Ils ont su m’encadrer, tout en nourrissant ma passion pour l’écriture.

Et depuis?

J’ai eu une période où j’écrivais beaucoup, mais je ne gardais rien. Comme une thérapie, écrire ne permettait de voir plus clair. Aujourd’hui, j’utilise mon goût pour l’écriture sur le web, pour mes clients et mes sites personnels. Avant de mourir, j’écrirai un livre. Il est déjà tout prêt dans ma tête. Mais c’est une dure besogne qui rapporte peu au Québec.

Je viens de finir ce texte et je me sens bien. C’est la raison qui m’incite à continuer.

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