Les autocrates assoiffés du flot de vos rivières

30 novembre 2008

Cette semaine, j’entendais Pauline Marois épiloguer sur la position de son parti concernant l’harnachement de la rivière Romaine, une des dernières grandes rivières intactes au Québec.

Visiblement mal à l’aise, elle a passé un bon moment à osciller entre la conservation et le développement. Ignorant encore où elle se dirigeait avec ses raquettes aux pieds, sa réponse est digne des grandes tergiversations des gouvernements qui se sont succédés depuis la fin des années 50. Elle nous a servit son grand laïus d’occasion pour justifier la disparition de cette grande rivière: outil de développement régional, autonomie énergétique, source de revenue, énergie propre et renouvelable, absence de gaz à effet de serre, technologie québécoise de pointe, accord avec le milieu…

La vérité c’est que les rivières du Québec sont une implacable machine à imprimer de l’argent, comme l’étaient les océans ou les forêts avant la disparition des poissons et la raréfaction du bois. La disparition d’une centaine de majestueuses rivières au cours des 40 dernières années n’attriste personne d’autre que quelques romantiques amants du bruit des chutes et du clapotis des vagues.

La carte du Québec d’avant

En voyage, j’aime bien visiter les boutiques de cartes topographiques. J’apprécie particulièrement les vieilles cartes du Québec, du Canada et de l’Amérique du début de la colonie. Un jour à Toronto, j’aperçu une immense carte du Québec des années 20, du temps où la couronne britannique venait de lui attribuer les territoires du Nord du Québec. Pour la première fois je voyais mon pays avant le saccage : aucun réservoir au sud, surtout construit pour la drave et les papetières tel le Basketong, Cabonga, Dozois, Gouin ou Taureau; aucun détournement de rivière, comme la Rupert, la Caniapiscau ou la Pékan; aucune inondation de territoire vécue sur La Grande ou Manic 5. Le Québec tel qu’il était avant sa gigantesque chirurgie plastique du dernier siècle et ses 200 centrales hydroélectriques.

Hydro-Québec est un gouvernement à l’intérieur du gouvernement qui n’a, en fait, qu’un seul objectif : faire travailler ses nombreux ingénieurs syndiqués pour construire de plus en plus de barrages, pour vendre encore plus aux Ontariens et Américains, peu importe la demande intérieur ou les économies d’énergies potentiellement réalisables. La preuve: le gouvernement a enlevé à Hydro-Québec le mandat de faire promotion de l’économie d’énergie en créant une agence gouvernementale distincte. Hydro Québec n’était pas très bien placée pour dire aux Québécois de moins consommer d’électricité. Un peu comme si Shell ou Esso avaient pour mandat de nous faire acheter moins d’essence.

Le projet archipel

Les gens de ma génération se souviennent du fameux « projet Archipel » qui projetait la construction d’un gigantesque barrage au pied du pont Champlain, pour inonder les rapides de Lachine pour, nous disaient-on, éviter les inondations au printemps… Nous sommes presque tombé dans le panneau. À la suite d’une levée de boucliers des verts de l’époque, les rapides de Lachine ont été préservés. En plus, depuis 20 ans, en brisant les glaces avant la fonte des neiges, il n’y a plus aucune inondation autour de l’île de Montréal. On ne peut aujourd’hui imaginer Montréal sans ses majestueux rapides.

Il existe des dizaines d’histoires heureuses où les « locaux » se sont battus afin d’éviter que le malin voleur de rivières s’accapare de leur patrimoine. On peut penser aux rivières sauvées in extrémis comme la Batiscan, Malbaie, Jacques Cartier ou Ashuapmouchouane (4 rivières maintenant protégées et enclavées dans des parcs). Hydro ne se repose pas et plusieurs rivières sont encore dans les cartons de l’ogre de la turbine comme la rivière aux Feuilles, probablement une des plus belles rivières au Canada.

M. Charest a signalé que les aires protégées n’empêcheront pas des entreprises de réaliser des projets ailleurs dans le Grand Nord. Hydro-Québec n’abandonne pas pour autant son projet d’ériger des barrages sur la rivière aux Feuilles, a-t-il répondu.

Centre hydrique, BAP et Environnement durable

Pour endormir la population, notre gouvernement des rivières a créé des instances pour contrôler, régir et écouter les doléances des chialeurs, rétrogrades et empêcheurs du progrès. Ces organismes n’ont pas beaucoup de pouvoir, étant menotté par ceux qui les ont créés. Des instances sans recours, pour se donner bonne conscience devant la contestation. Le détournement de la Pékan dans la Moisie, la dérivation de la Rupert et finalement la Romaine en sont de belles exemples.

Les parcs de rivières en Ontario

L’Ontario a protégé la majorité de ses grandes rivières en parcs linéaires, empêchant la construction de barrages, de quais ou la vente de terrains le long des rives. En plus 50% de son territoire nordique est protégé de l’exploitation minière ou forestière. Mais il y a un prix à cette protection. L’Ontario produit son énergie principalement grâce à des centrales thermiques (au charbon) et nucléaires C’est leur choix de société.

Carte des parcs de l'Ontario

Parcs de l'Ontario

Les barrages comme outil de développement des régions

À la fin des années 90, j’ai fait la descente de la rivière Portneuf au nord de Forestville. Dix ans auparavant, j’avais découvert ce bijou bordé de plages, blotti au coeur de montagnes magnifiques. Mais depuis, avec l’aide d’une entreprise privée, Hydro y a construit plusieurs mini-centrales au dessus des 3 plus beaux rapides de la rivière. Vous devez maintenant portager ces rapides le long d’un étroit trottoir de béton, en plein milieu de la forêt boréale. Pas de gardien, pas d’employé. Simplement une rivière qui entre dans un immense ponceau de 15 pieds de haut et qui ressort 500 mètres plus loin, accompagnée du grésillement de transformateurs et de câbles de 750kw. Ces centrales sont vraiment de grands moteurs de développement régional.

La rivière St-Maurice, que j’ai dévalé à plusieurs reprises, est agrémentée de 13 barrages soit le nombre le plus élevé de barrages sur une seule rivière. Assez paradoxalement, la communauté Atikamekw de Weymontachie, avec une population de 1 500 âmes enclavée entre 2 barrages, n’a même pas accès à l’électricité d’Hydro ! Elle produit son courant grâce à des génératrices et de l’essence… On repassera pour le développement des communautés locales.

Projets d’envergure

Afin de calmer notre castor nationale, je suggère 2 projets qui devraient occuper nos fourmis étatiques pour les 10 prochaines années. Je propose de construire un immense barrage en face de la ville de Québec et un autre à Tadoussac, à l’embouchure du Saguenay. De plus ces 2 barrages pourraient servir à remplacer les 2 traversiers de Québec-Lévis et Tadoussac-Charlevoix, générateurs de tonnes de gaz à effet de serre. Nous pourrons alors constater de visu les avantages des constructions hydroélectriques comme le développement des régions, l’énergie propre et renouvelable et l’expertise technologique unique de leurs ingénieurs et ce, à deux pas de nos élus…

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