Ministère de la Santé et des Services à la clientèle

6 décembre 2008

Nos services de santé ont mauvaise presse depuis leur nationalisation il y a 35 ans. Hôpitaux engorgés, liste d’attente interminable, infirmières débordées, médecins rares et plafonnés, chambres qui tuent, CHUM qui s’éternise…

J’ai le privilège d’avoir dans ma famille quelques disciples d’Esculape, en plus d’une assurance santé privée qui me permet d’avoir accès à la 2e vitesse de la médecine. Alors je n’ai jamais vraiment vécu l’expérience du québécois moyen qui utilise les services de santé, offert par notre bon gouvernement.

Lors de ma plus récente mise-au-point annuelle, offert par ma clinique « de riche », le médecin me recommande, principalement à cause de mon âge vénérable et l’historique de ma famille, d’aller passer une colonoscopie. Colonoscopie ? Comme dans « Colon et télescope ? ». J’ai alors senti mes entrailles se serrer. Était-ce causé par la peur de l’examen ou par le fait que j’aurai à affronter le labyrinthe des services publics de santé?

Une colonoscopie (ou coloscopie) se compare à l’envoi de la sonde « Voyager » dans 6 pieds de ta tuyauterie intime, tunnel exigu et sinistre. Comme l’aurait dit le capitaine Kirk : « La mission: Explorer de nouveaux mondes étranges, découvrir de nouvelles vies, d’autres civilisations, et au mépris du danger, reculer l’impossible »

En fait cette sonde, qui ressemble à un long tuyau flexible de lumières de Noël, se ballade à partir de ta sortie des artistes jusqu’à l’intestin grêle. Départ vers le sud, ensuite virage plein nord, en zigzaguant de gauche à droite dans tes viscères. Pour faciliter la traversée, on lubrifie l’orifice du client tout en lui gonflant la chambre à air, procédure qui engendrera des désagréments dont je vous reparlerai.

Pour diminuer l’inconfort du client, et surement du médecin, cet examen se fait sous anesthésie légère, l’équivalent d’une sieste, plutôt qu’un gros somme. La veille, pour vous motiver à vidanger vos canalisations, on vous oblige à ingurgiter, pendant 4 heures, l’équivalent d’un gallon d’eau de javel d’un produit infecte. Le mal de cœur accompagne vos allers-retours sur le trône. La nuit qui précède ce voyage intérieur, votre sommeil s’accompagne de rots, ballonnements et dans mon cas d’une migraine carabinée.

Habitué au tapis feutré de la médecine privée, aux sourires artificiels des infirmières boostées, au buffet continental, expresso et journaux du matin, j’appréhendais ma visite à St-Luc avec une certaine anxiété. Je me voyais me cogner à une réceptionniste à moustache, trop occupée par son magazine «Bonne semaine» qui me lancerait, sans me regarder « prenez un numéro » même si je suis le seul en ligne.

Mais en fait les gens ont été d’une gentillesse exemplaire. La réceptionniste a été accueillante et souriante. Les infirmiers ont tout fait pour nous mettre à l’aise, malgré le fait que d’être flambant nu, avec ses bas, drapé d’une jaquette bleu poudre, assis côte à côte avec une dizaine de tes semblables dans une petite salle d’attente, n’est pas l’expérience la plus valorisante de ma vie. Un peu espiègle, il passait devant nous en nous demandant si le chauffage était à notre goût. Le préposé responsable de l’installation de la quincaillerie pour l’anesthésie, a été tout aussi attentif, en me rassurant sur l’examen et en faisant des blagues sur une infirmière à nos côtés qui était de toute évidence à la recherche de l’âme sœur. Il lui dit « Tu n’auras pas de chance avec lui, sa femme vient le chercher après l’examen ».

La petite infirmière hispanique qui m’installa sur la civière, et me conduisit au gibet, a été elle aussi une petite perle. Voyant que j’avais un mal de tête olympique, elle diminua l’éclairage et me chuchota que l’anesthésie m’enlèverait ma migraine. La douce et petite gastro-entérologue, Dr Carole Richard, une acadienne avec l’accent du large, a été tout aussi agréable et respectueuse de ma position foetale, l’arrière-train à l’air.

Deux heures après mon arrivée, je sortais de ma torpeur en salle de réveil, en klaxonnant une symphonie digne de l’« Au clair de la lune » de Joseph Pujol, le célèbre pétomane du Moulin-Rouge.

À ma gauche et à ma droite gisaient 2 corps inertes et verdâtres, qui m’ont motivé à ne pas trop trainer en ces lieux sinistres. Évaporé comme lors d’activités carnavalesques au Cegep, j’étais vite sur pied, rhabillé et sorti de ce centre, somme toute, hospitalier. Je sautai dans le premier métro pour rapidement sauter dans les bras de Morphée. Réveillé en fin de journée, toujours gonflé et le cœur sur le bord des lèvres, j’étais quand même heureux que l’examen n’ait révélé aucune anomalie. « Une plomberie de bébé » concluait ma toubib cajun.

Je ne crains absolument pas de vieillir. J’ai encore mon âme d’adolescent et la « drive » de mes 20 ans. Ma plus grande crainte, comme pour une maison, c’est que l’on me déniche un vice caché, qui m’obligerait à laisser ma famille sans ressources. En attendant je profite de mes vices connus et assumés…

Anne décembre 6, 2008 à 19:11

En feu, c’est le moins qu’on puisse dire! Beaucoup de similitudes avec Pujold 🙂

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