L’autisme ou l’origine de la raison

27 décembre 2008

Dans quelques semaines, mes 4 enfants seront «légalement» adultes. Le 11 janvier 2009, ma fille cadette aura 18 ans. Elle est belle, souriante et autiste. J’écris «et autiste» plutôt que «mais autiste» parce qu’au fil des années Anne et moi avons accepté son état, accepté ce qu’elle est et ce qu’elle ne sera jamais, sans compromis. Après les étapes de questionnement, de diagnostic, de déni, de remise en question et de combat, nous avons finalement rejoint la phase la plus difficile à atteindre, l’acceptation. Après cette paix de l’âme retrouvée, il fait bon vivre avec ce rayon de soleil constamment posé sur nous. Tout comme cet astre céleste, elle nous éblouie souvent beaucoup trop, brûle notre énergie, nous épuise mais réchauffe notre cœur sans ménagement.

Je ne suis pas psychologue, ni intervenant en autisme et je n’aspire pas à le devenir. Je ne suis qu’un simple parent. Un parent en contact avec plusieurs enfants autistes, grâce à l’organisme que nous avons mis sur pied il y a 10 ans et qui offre du répit aux familles d’enfants autistes dans Lanaudière. « Les Répits de Gaby » nous a permis de mieux connaître les comportements atypiques de ces enfants, que l’ont retrouvent souvent à des degrés moindres chez les gens dits «normaux». Mon commentaire d’aujourd’hui tentera de faire le parallèle entre le comportement de ces enfants et celui du reste de la société. Vous verrez que nous avons tous, à différents degrés, des comportements autistiques.

L’autisme est fascinant à plusieurs égards. En examinant leurs agissements, j’ai dénoté plusieurs traits autistiques chez mes amis, connaissances, collègues, membres de ma famille et bien sur, chez ma propre personne.

Le DSM IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) dresse une liste de critères diagnostiques pour aider les professionnels de la santé à étiqueter ces enfants bizarres. Ce livre a été déterminant pour nous dans la découverte du syndrome de notre fille. Peu importe la compétence du médecin, les parents sont les seuls à pouvoir valider ou invalider cette liste auprès de leur enfant.

Voici cette liste de 12 éléments, en langage simple, regroupés en 3 blocs. Je vous donne quelques agissements d’autistes et d’autres exemples de comportements semblables (de mon cru) qui existent chez les « non-autistes ».

1. Altération qualitative des interactions sociales

A. Difficulté à décoder le langage non-verbal (mimiques faciales, contact oculaire, gestes ou postures corporel)

  • Autiste : Impossibilité de décoder les émotions chez les gens comme la tristesse ou la douleur. Incompréhension des conventions sociales comme donner une poignée de main ou saluer.
  • Non-autiste : Refus de regarder les gens dans les yeux, qui est une forme de communication. Absence d’empathie face aux émotions ou à la souffrance des autres

B. Difficulté d’interagir avec les autres

  • Autiste : les individus sont des meubles. Ils n’ont de l’intérêt qu’à cause de leurs bijoux, vêtements ou gadgets électroniques
  • Non-autiste : les gens interagissent souvent avec d’autres par convention, en parlant de la météo mais sans vraiment vouloir entrer en relation.

C. Difficulté à partager ses intérêts avec les autres ou même à désigner du doigt ce qu’il l’intéresse

  • Autiste : Refus de parler de leur journée ou de ce qui les tracassent.
  • Non-autiste : ce trait se retrouve chez beaucoup d’hommes qui refusent de partager ce qu’ils ressentent.

D. Refus de participer à des jeux en groupe

  • Autiste : le simple fait d’être en groupe créée une très grande anxiété parce qu’il n’arrive pas à décoder les autres.
  • Non-autiste : Nos symptômes fréquents d’agoraphobie dans une foule, à un spectacle ou dans un centre commercial.

2. Altération qualificative de la communication

A. Retard ou absence du langage

  • Autiste : on pense souvent à tort qu’ils sont sourds ou muets. Pour éviter l’anxiété de communiquer, même le langage gestuel est sous utilisé.
  • Non-autiste : le mutisme dans lequel se réfugient beaucoup de personnes dépressives ou épuisées.

B. Pour ceux possédant le langage, incapacité d’entretenir un dialogue

  • Autiste : Un long monologue, souvent déjanté, sans égard au fait que vous êtes ou non intéressé par ce dont il parle.
  • Non-autiste : les gens qui parlent sans arrêt, sans écouter les autres. Si jamais vous réussissez à placer un mot, il continue comme si vous n’existiez pas.

C. Utilisation déficiente du langage (répétition, écholalie, sons ou bruits)

  • Autiste : langage obsessif sur un sujet, une expression ou une idée fixe.
  • Non-autiste : la personne qui a peu de sujet de conversation et répète sans arrêt ce même sujet ou expressions (par ex. les sports).

D. Absence de jeu « de faire semblant »

  • Autiste : l’impossibilité de saisir ce qui est abstrait ou ce que l’on ne voit pas. La difficulté de comprendre que les gens qui quittent une pièce ne les abandonnent pas
  • Non-autiste : Ceux qui ont de la difficulté avec le théâtre, le cinéma ou même la religion qui nécessitent un assez haut degré d’abstraction.

3. Caractère restreint, répétitif et stéréotypé des comportements, intérêts et activités

A. Centres d’intérêts limités, anormaux dans son intensité et leur orientation

  • Autiste : la fascination des autistes pour les modes de transport (avion, train, automobile, camion).
  • Non-autiste : Tous les collectionneurs d’objets sans buts d’investissement (cartons d’allumettes, assiettes, bouchons de bière…).

B. Attaché à une routine répétitive et dysfonctionnelle

  • Autiste : Doit constamment manger la même chose, à la même heure avec un horaire planifié d’avance.
  • Non-autiste : Ceux qui s’adaptent mal à un changement d’horaire soudain ou des situations nouvelles non-planifiées.

C. Maniérismes répétitifs et associables

  • Autiste : l’autostimulation avec des objets hétéroclites comme des feuilles mortes, des billes de couleurs ou le son des clefs.
  • Non-autiste : les ongles que l’on ronge, le tremblement de jambe et tous les comportements associables dans les lieux de travail, sans égard aux autres…

D. Préoccupations persistantes pour des parties d’objets

  • Autiste : fixation pour les roues des véhicules, les murs de briques, l’eau qui coule.
  • Non-autiste : les obsessions pour les cellulaires, les bibelots, les souliers, sa haie de cèdre, ses vidanges 🙂

À force de lire sur l’autisme et d’analyser le comportement de ces enfants (même adultes, ils demeurent des enfants) je me suis rendu compte que ces enfants ressemblent probablement à ce qu’était le genre humain à ses débuts, avant son évolution, avant l’apparition de la raison. La raison qui dicte maintenant les comportements sociaux, l’interaction entre les individus dans une société, les membres d’un groupe ou d’une famille. Cette raison semble inexistante chez un autiste. Elle y est surement mais atrophiée, par je ne sais quel problème. Comme les animaux, ils agissent beaucoup plus par instinct que par raisonnement.

Lisez les autres chroniques sur ce propos: RÊVEZ-VOUS D’ÊTRE BÉNÉFICIAIRE DE L’AIDE SOCIALE

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