Le mirage

25 juillet 2005

25 juillet 2005
Le mirage

 

Benoît : Dans ce coin de pays la météo est imprévisible. Le matin vous vous réveillez sous un soleil radieux, à 20 degrés, et quelques heures plus tard une chute de température radicale vous glace les chairs. C’est exactement ce que nous avons expérimenté depuis notre arrivée. Les premiers jours étaient fabuleux, avec des pointes de chaleur comparable à ce que nous connaissons plus au sud. Mais depuis, la réalité nous a rattrapés. Les deux dernières nuits ont été particulièrement éprouvantes avec des températures frôlant le point de congélation. Nous sommes tous équipés de très bons sacs de couchage qui, selon les manufacturiers, peuvent affronter des températures autour de -8 à -10 °C. La plupart des membres de l’expédition sont des férus de camping d’hiver et plusieurs sont mêmes instructeurs. Malgré notre expérience, il est assez exotique de voir de la vapeur d’eau condensée sortir de notre bouche, en cette fin de juillet.

Raymond et Étienne sortent de la poissonnerie avec 7 livres de truites mouchetées

Le matin est assez agréable puisque avant notre lever, le soleil est déjà debout depuis plusieurs heures. La tente est chaude et le réveil est doux. Mais le soir dépose son humidité et sa froideur comme en automne. Depuis le début de la section de rapides, nous pagayons en combinaison isothermique complète (wet suit) comprenant pantalon, veste, gants, bas et bottes en néoprène. Et nous avons quand même froid. Une couche supplémentaire est indispensable. Même qu’Étienne a poussé le luxe de s’équiper d’un dry suit qui lui permet de soutenir des froids encore plus intenses que le reste de l’équipe. Et aujourd’hui, il en avait besoin. Il faisait un énorme 8 degrés. Pendant le lunch nous nous sommes rappelé que sur les terrasses de la rue Saint-Denis, en ce 25 juillet, les filles étaient probablement courtement vêtues et que nous, nous nous les gelions au Nunavik. Nous sommes au 11e jour de l’expédition, soit à la mi-parcours de nos 22 jours de rivière.

Afin d’atteindre la pourvoirie de Wedge Hills nous avions décidé de pagayer 38 km. Nous savions que le dernier rapide de 2 km était coté R3, de niveau expert. Et sur la George l’expert n’a qu’à bien se tenir. Levés tôt et partis tôt, nous avons pour la 3e journée consécutive le vent du nord en plein pare-brise. Arrêtés en bas du dernier rapide pour pêcher notre souper, Étienne et Raymond ont sorti en 10 minutes, 4 truites mouchetées totalisant près de 7 livres (cette pêche est dédiée à notre ami Alain). J’ai eu à peine le temps d’attacher ma cuillère que la pêche était terminée. Au pied du rapide, un superbe lac, sur le bord duquel nous avons trouvé la pourvoirie de Wedge Hills : un immense lodge comptant une douzaine de bâtiments avec électricité et eau chaude. Nous y avons été accueillis comme des enfants prodigues par Diane, Claude et Christian. Comme cadeau d’arrivée, ils nous ont offerts une douche chaude. La première en 2 semaines pour moi. Je tape ce texte sur une vraie table avec une vraie chaise. J’entends les truites qui m’appellent dans la cuisine. Sans doute un autre mirage.

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