105 kilomètres de lac

22 juillet 2005

22 juillet 2005
105 kilomètres de lac

Étienne : 105 kilomètres de lac. En canot. En une semaine. Le premier rapide commence à quelques minutes de distance. Nous le ferons demain matin. 105 kilomètres de lac avant les rapides, c’est comme dire à un grimpeur, un passionné d’escalade, qu’il part de Montréal pour aller grimper à Val-David dans les Laurentides. Mais qu’il doit y aller à pied. Nous, c’est en canot. Mais là, nous sommes enfin rendus. La vraie rivière commence demain matin. Gérald, en fin d’après-midi, a posé LA question : il y a une semaine, l’hydravion nous a laissés à la tête du lac, pourquoi nous n’avons pas demandé au pilote de nous déposer à la fin du lac ? Pourquoi ? Parce qu’on est une belle gang de freaks, comme me le faisait gentiment remarquer une collègue avant mon départ. Elle ne comprenait pas pourquoi prendre ses vacances d’été quelques part où il fait 12 degrés (comme aujourd’hui) et où une centaine de mouches noires se collent au moustiquaire de la tente pour attendre que la viande fraîche sorte (comme je devrai le faire dans quelques minutes). Ça ne règle pas la question : pourquoi ne pas s’être fait déposer à la fin du lac de 105 kilomètres plutôt qu’au début ? Peut-être pour que les milliers de coup de pagaie répétés comme un mantra me permettent d’entrer dans ma bulle, de prendre des heures pour faire défiler les pensées et les souvenirs. Hier soir, l’humidité froide m’a rappelé un voyage de ski de fond en Gaspésie. J’ai donc pensé à Nathalie, qui aujourd’hui a un bébé. J’ai pensé à Sabine et Jean, qui eux aussi ont un bébé. Quand mes partenaires de canot se sont mis à chanter, j’ai pensé à Sylvie et Ida, qui elles chantent bien, j’ai aussi pensé à Isabelle et Robert, avec qui j’écoute de la musique.

Un caribou

À raison d’un mètre par coup de pagaie, ça fait 105 000 coups de pagaie. Les pensées ont tout leur temps. Dans les rapides, mes pensées auraient été occupées par les rapides. Et puis, dans les rapides, nous n’aurions pas pu passer nos journées si près les uns des autres (nous avons attaché les trois canots en trimaran), et je n’aurais pas pu profiter du délire déconnant de la gang de freaks qui m’accompagne. 105 kilomètres donnent amplement le temps de déconner. Je ne vous ferai pas part des rêves érotiques de Gérald, des jokes de communistes de Pierre-Marc, des répliques plus rares mais souvent plus salées de Raymond, et des vitesses et distances mesurées en temps réel par le GPS de Benoît. Roger (le sixième membre de notre expédition que des responsabilités ont obligé à rester au sud), tu nous manques. Et si nous n’avions pas fait ces 105 kilomètres, nous n’aurions pas vu la centaine de caribous qui ont traversé le lac juste devant nous cet après-midi.

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