Ma maison célèbre…ses 150 ans

24 janvier 2009

J’ai eu la chance de grandir dans une majestueuse maison centenaire. Construite entre 1851 et 1859 (vraisemblablement en 1852), elle aurait été la résidence d’Antoine Manseau, le premier curé de Joliette, avant même que la ville porte ce nom. La rue à ses pieds porte d’ailleurs le nom de son illustre premier propriétaire, le boulevard Manseau. Il est difficile de déterminer l’année précise de sa construction du fait que les documents de cette époque ne retracent que les propriétaires des terrains et pas des bâtiments. Je devrai consulter les documents d’époque dans les voûtes poussiéreuses du palais de justice pour connaître son âge exact.

Mes parents l’ont acquise en 1951, stratégiquement située en face du petit hôpital de l’époque, lieu de travail de papa. Au fil des ans, voyant leur descendance s’accroître, ils ont entrepris d’en doubler la grandeur, en préservant son cachet ancestral.

En 1964, lors du centenaire de la ville, elle a été classée parmi les plus belles résidences de ma petite ville. J’avais alors aperçu sa photo dans le livre soulignant le centenaire, arborant une mystérieuse vignette « Maison Panneton ». Bof, surement le nom du constructeur ou d’un ancien propriétaire.

Maison Manseau Joliette 1964

Maison Manseau Joliette 1964

Il y a quelques semaines, j’ai reçu un appel insolite de Jean Chevrette, journaliste photographe et collectionneur de photos historiques de la région. Il me pose des questions concernant cette photo et l’inscription « Maison Panneton ». Savez-vous d’où vient ce nom ? Connaissez-vous les anciens propriétaires ? Avez-vous les papiers des transactions passées ? Il m’explique qu’il serait possible que notre maison ait appartenu à un romancier célèbre, Philippe Panneton connu sous le nom de plume « Ringuet », du nom de sa mère. Il était médecin et aurait travaillé comme ORL à l’hôpital St-Eusèbe de 1923 à 1940, en face de chez moi. Ces romans les plus célèbres ont été écrits pendant cette période.

En consultant autour de moi des passionnés de lecture, on me confirme qu’effectivement Ringuet a publié de très bons romans classique au milieu du siècle. Je cours acheter quelques uns de ces romans, dont son plus célèbre « Trente arpents » que je dévore. Oui pas mal. Ça ressemble à un croisement entre « Pieds nus dans l’aube » de Félix et « Les raisins de la colère » de Steinbeck. L’histoire se déroule à St-Jacques, petit village pas très loin de là. Bien écrit mais pas mon genre.

Récemment, lors des fêtes de Noël, un de mes frères me confirme qu’il a déjà vu une liste notariée de tous les anciens propriétaires depuis l’existence du terrain vers 1850. Il me confirme que le nom Panneton y apparaît. Bingo ! C’était donc vrai.

Cette semaine je reçois une copie du document finalement retrouvé. Le nom de l’auteur y est cité, mais les années ne correspondent pas. Il aurait été propriétaire jusqu’en 1899. Hors le romancier est né en 1895 et décédé en 1959. Déception.

La consultation de ce document me confirme que cette maison est demeurée chère aux familles qu’ils l’ont occupée pendant ces 150 ans. Elle n’a changé de propriétaires que 4 fois pendant ce siècle et demi, soit une moyenne de 38 ans par propriétaire (vendue en 1899, 1913, 1919 et finalement en 1951). Impressionnant.

Le 4 mars 1850, quelques mois avant la mort du fondateur de la ville de l’Industrie (devenue Joliette en 1864) Barthélémy Joliette, il lègue un immense terrain à « La corporation épiscopale catholique romaine de Montréal » afin d’y construire un marché, une école, un hôpital, une résidence pour malades, une chapelle et une maison pour le curé. En 1851 le curé Manseau ouvre la rue en face de l’église qui prendra son nom. On estime que la maison fut construite dans l’année qui suit son ouverture, vers 1852.

Cette maison a été ensuite léguée au député-shérif de la petite ville en 1859 pour service rendu. Façon honorable de lui donner une belle retraite. Le nom de ce shérif: Louis Philippe Panneton!

Finalement cette petite recherche a permis d’élucider le mystère. La maison n’a pas abrité un romancier célèbre mais un shérif. Moins romantique mais tout aussi romanesque. Elle reste néanmoins une des belles maisons de mon coin de pays, que nous conservons jalousement.

Après le décès de mes parents, nous avons mis en vente ce grand moulin. Pas facile dans l’optique des petites familles, du ralentissement du marché immobilier et de son âge vénérable. Elle est toujours notre propriété et nous planifions lui redonner une seconde jeunesse dans les prochains mois. Pour un autre 150 ans de règne.

Photo Manseau 2008

Photo Manseau 2008

Garamond janvier 25, 2009 à 08:38

Je vais souvent à Joliette. Ma femme et moi sommes en admiration devant les belles grandes maisons de votre ville.
Y a-t-il un relevé de ces belles demeures, avec le nom des propriétaires, etc ?
J’habite à St-Gabriel de Brandon.

Benoit Laporte janvier 25, 2009 à 23:23

J’ai cherché sur le web et il n’y a pas de liste de ces belles maisons dont beaucoup ont été construites par Alphonse Durand, un architecte renommée à travers le monde. Le fait que les collèges classiques du coin (Séminaire de Joliette et du collège de l’Assomption) ont formé des centaines de ses architectes et artistes pendant 150 ans explique le nombre élevé de belles maisons dans cette ville.

Je continue mes recherches et publierai un texte prochainement.

Louise Cadoret mars 2, 2013 à 16:49

Si vous désirez savoir ce qui se vendait à la Maison Panneton, sur le boul. Manseau à Joliette, je pourrais vous en envoyer l’information via votre courriel. Il s’agit d’une annonce parue dans un journal de 1869. Un de nos collègues l’a publiée sur le site Facebook « Tu sais que tu viens de l’Assomption quand…Même s’il est question de l’Assomption sur ce site, la plupart du temps, cet encart s’est glissé là. Quand je suis tombée par hasard sur votre blogue, j’ai constaté que vous vous interrogiez sur l’origine de l’appellation « Maison Panneton ». Il me fera plaisir de vous l’envoyer.

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