C’est assez, je te quitte !

2 février 2009

Après 30 ans d’irréprochable fidélité, la décision a été difficile à prendre, mais j’ai décidé de te laisser.  Tu étais pourtant toujours disponible pour moi très tôt le matin.  Je prenais toujours mon café en ta compagnie. Nous passions des heures ensembles au retour du bureau et de longs dimanches matins au lit.  Mais tout ça c’est bien fini.  Plus jamais je ne te prendrai avec moi, plus jamais tu ne laisseras ta marque sur mes mains, plus jamais tu ne me feras réfléchir ou sourire.   Ma décision est irréversible.  Je résilie mon abonnement à mon quotidien préféré.

Cette décision me trottait dans la tête depuis quelques temps.  Depuis que ma compagne de vie et moi, le matin, sautions la clôture avec nos laptops, pour lire nos nouvelles dans nos agrégateurs RSS ou encore sur nos sites de nouvelles préférés.  Je t’ai même trompé, chez ma dentiste, en lisant des articles sur mon « Ipod Touch ».  Je peux maintenant lire les grands journaux américains, des webzines spécialisés, feuilleter les quotidiens « canadians », les grandes publications européennes, Libération, Le Monde et même le blog de Barrack ou celui de Seth Godin.  Je n’ai plus besoin de toi, media maintenant obsolète.

Chaque fois que je te jetais dans le grand bac bleu, j’avais un pincement au cœur. Tu restais souvent intacte, avec tes couteuses pubs glacées au centre.  Le samedi, un kilogramme de papier, à peine feuilleté, se retrouvait dans le grand glouton à roulette. En pure perte.

La lente disparition des imprimés

Cette fin de semaine, j’ai vu les usines de récupération encombrées de centaines de tonnes de papier dont personne ne veux.  J’ai vu dans un coin le ballot de papier que j’ai généré cette année.

J’ai vu des journaux britanniques, vieux de 200 ans, fermés leurs portes ou migrés vers le web.  J’ai vu la fermeture du San Franscisco Chronicle, du LA Times et la banqueroute des 2 grands quotidiens de Détroit (Detroit Free Press et Detroit News).  J’ai vu les votes de grève au Journal de Montréal (et de Québec) et à La Gazette.  J’ai vu la déchéance des « moulins à papier » au Québec et partout dans le monde.  J’ai vu les imprimeries du géant Quebecor World fermées une à une, pour finalement se refugier sous la loi de la faillite.

J’ai honte mais je n’ai pas le choix,  Je ne peux plus payer 500$ par année pour soutenir une industrie moribonde.  Je sais que le papier que je n’achèterai plus empêchera de couper plusieurs arbres. Mais coupera plusieurs emplois. Mais je dois m’adapter et l’industrie, de même.

L’apparition des quotidiens gratuits ont planté le dernier clou de ce divorce de société.  En nivelant par le bas, ces nouvelles feuilles de choux ont jeté le discrédit sur ces jadis nobles journaux, en traitant l’information comme du « fast food publicitaire ».  L’absence de dossier de fond, d’éditorialiste et de réflexion,  nous a mené tout droit au site d’enfouissement.  Celui là même où nous enterrerons cette vénérable institution, née du rêve de Gutenberg.

Garamond février 3, 2009 à 08:59

J’ai cessé de lire les journaux en papier depuis plusieurs années, sauf quand je vais chez le barbier ou chez ma sœur, qui achète la grosse Presse les samedis.
Je m’informe sur le web ou à la télé.
Quant aux revues, je lis celles que mon dentiste m’offre, de même que celles que ma belle-mère nous «prête»…
Et je ne me sens pas coupable du tout !

Patrick février 4, 2009 à 10:51

Salut Benoit

Tu utilises quel logiciel pour tes RSS? Je suis sur google reader et la fonction share est très intéressante et tes feeds m’intéresse 😉

Benoit février 5, 2009 à 00:21

Patrick

J’utilise feedburner maintenant propriété de Google. Tu peux les configurer comme tu le veux, même en français avec FeedFlare. Tu peux même rajouter la fonction « abonnement par courriel ». Une petite merveille…

Daniel D. février 11, 2009 à 23:42

Belle démonstration,

Je trouve bien dommage la crise des quotidiens. Il restera des journaux imprimés sous une forme quelconque, en plus de leur partie web appelé à prendre de plus en plus de place.

Je me permets un rectificatif. Les journalistes du Journal de Montréal (comme leurs collègues de Québec avant eux) sont en lock-out. C’est-à-dire que c’est l’employeur qui a décidé de les mettre à la rue. C’est une nuance importante. Le vote de grève qu’ils ont pris trois jours plus tard n’était qu’un élément technique pour avoir droit à leur fonds de grève.

Contrairement à ce que l’on peut entendre un peu partout, les journalistes du JdeMtl souhaitent prendre le virage web. Quebecor préfère le prendre à moindre coûts et sans les journalistes qui l’a mis «sur la mappe».

L’info sur internet doit-elle être produite à rabais?

Benoit Laporte février 13, 2009 à 21:26

Mon opinion est qu’un reportage sur Internet à la même valeur sinon une plus grande valeur que sur papier. Le papier s’envole mais les archives web restent.

Je me souviens du premier site web sur Journal de Montréal qui n’a vécu qu’un court moment, pour être intégré à celui de Canoe, le pendant des éditions de Sun Media. On se souviens aussi de Netgraphe, InfiniT et Webfin, qui ont subi le même sort. Dans la presse, la seule façon de faire des tonnes de profit c’est de bâtir des empires (papier et web) et de distribuer le même contenu sur plusieurs plateformes. On le constate dans les grands conglémérats de presse américains, britanniques et ou Canadians.

C’est ce que le clan Péladeau tente de faire, mais de bien malhabile façon.

Je ne suis pas un fervent du type d’information diffusé par ce tabloid mais j’endosse leur cause à 100%. Bon courage!

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