Le commerce équitable: quand le sud convoite le nord

7 février 2009

J’ai croisé l’autre soir une horde de très jeunes gens, disséminés sur plusieurs coins de rue à Toronto.  Habillés de « jumpsuit » orange fluorescent, ils avaient l’air de beaucoup s’amuser.  Ils distribuaient des tracts en interpelant amicalement les badauds.  Il y en avait partout et n’avaient pas l’air de nos habituels quêteux et illuminés de coin de rue.

Après plusieurs pâtés de maison, j’ai finalement succombé et ramassé ce dépliant.  Pas de bande de Gaza, de couche d’ozone, de baleines, de fonte d’iceberg ou de sida.  On y traitait seulement d’un sujet « Le Fair Trade », de commerce équitable.

J’ai eu de nombreuses discussions avec mes grands enfants sur ce sujet.  Papa tu ne devrais pas acheter chez WalMart, tu ne devrais rien acheter chez Costco, encore moins dans les magasins à rabais;   ils ne pratiquent pas le commerce équitable et exploitent leurs employés.  Au début je riais de leur lubie, que je comparais à nos campagnes pour la paix de la fin des années 60 ou encore du « No Nukes » de la fin des années 70.

Économiste de formation, je comprends pourquoi les pays émergents et pays en développement (autrefois appelés « sous développés » et y a pas si longtemps « Tiers Monde ») n’obtiennent pas leur part de la tarte du commerce international.  Ce sont généralement de petits producteurs isolés de biens de consommation peu transformés,  cultivés ou produits à grande échelle dans plusieurs autres pays émergeants, que l’on destinent aux pays riches.  Ces petits pays se heurtent à de déraisonnables quotas ou des tarifs douaniers exorbitants pour les empêcher d’accéder à ces grands marchés.  Quand il y a peu ou pas de barrières tarifaires ou de quotas, ces petits pays se battent alors contre des systèmes organisés de subventions offerts aux agriculteurs du nord et aux producteurs de matières premières ou manufacturées.

Peut-on vraiment espérer fissurer cette forteresse immuable en achetant du chocolat, du café ou des vêtements à des prix plus élevés que le prix du marché? J’en doute. Mais je me permets de rêver.

J’achète très peu de biens de consommation importés de ces pays en développement.  Ma consommation de tam-tams, burnous, masques vaudous, burka et jalaba ont beaucoup diminué ces dernières années 😉 .  Ma courbe de demande ne croise pas souvent  la courbe de leur offre. C’est ce que je croyais.  Mais en examinant attentivement ma consommation de tous les jours, il y a beaucoup de produits de ces régions sur le tapis roulant de ma « grocerie » préférée.  Bananes, café (beaucoup), riz, mangue, cacao, coton, sucre, noix, quinoa, épices, farine, miel, vin (Chili), poisson, tapis, meubles…

Mais peut-on vraiment influencer le développement de ces pays et diminuer la pauvreté en achetant ces produits supposément équitables ?   D’abord le sont-ils vraiment équitables?  Y’a-t-il vraiment un label fiable?

Il existe plusieurs standards mais ce label n’est pas unique. Il n’existe pas d’organisme indépendant qui certifie ces produits.  Ce sont ceux la même qui dresse les standards qui certifient ces mêmes produits. Il existe même des labels « équitable et biologique ».  Grosse commande.  Beaucoup doutent que ce soit vraiment surveillé et contrôlé.

Il y a aussi les prix artificiellement élevés de ces produits.  Ces prix dopés font entrer plusieurs producteurs sur le marché et font baisser les prix des producteurs non-équitables en les appauvrissant encore plus. Ces prix plus élevés ont le même effet qu’une subvention et créés encore plus d’insatisfaction entre les producteurs d’un même pays.

Il y a aussi la qualité douteuse de beaucoup de ces produits.  Il vous suffit de visiter une boutique de produits dits équitables comme il en existe sur le Plateau Mont-Royal.  Café qui goute la cendre, chandail en coton qui se déforme au premier lavage, chemise qui ressemble à un torchon aussitôt portée, meubles chambranlants… Ce n’est pas toujours vrai mais c’est la perception.

Si demain matin nous faisions disparaitre tous nos quotas agricoles ou nos barrières tarifaires,  de grand pans de mur de l’économie du nord s’écrouleraient.  Au Québec, par exemple, les industries laitière et aviaire disparaitraient probablement pour laisser entrer les producteurs des pays pauvres, avec des prix plus bas. Rappelez-vous quand les barrières ont été levées sur les vêtements, les souliers ou le textile dans les années 70.  L’Inde, la Chine, le Vietnam et beaucoup de pays orientaux ont aussitôt fait perdre des milliers d’emplois à ce secteur traditionnel de notre économie, maintenant moribond.

Finalement tout le débat sur l’achat local et l’impact du transport de ces biens sur les gaz à l’effet de serre doit aussi être considéré lorsque l’on achète un produit du sud versus un produit local.

En règle générale, j’achète des produits de qualité, en payant le meilleur prix possible.  À prix égal, je privilégierai un produit québécois ou fabriqué près du Québec.  Si aucun produit local n’est offert, à qualité égale, j’achèterai un produit qui porte un label « d’équitabilité », même si je dois payer une petite surprime.  Malgré que je n’ai aucune garanti que ce label soit valable.

Pour ceux qui veulent en savoir plus, lisez cet excellent texte tiré de « Ecolo Asso », un site français, s’intitulant « 10 objections majeures au commerce équitable »

Garamond février 7, 2009 à 22:48

J’ai essayé le café équitable à 13$ la livre… pas buvable !
Et je me demande bien où va le 13$ ? Ledit café a été cultivé en Colombie, a été transporté (comment ? par qui?) jusqu’au Metro de mon patelin, qui a la fâcheuse habitude de se prendre un gros profit sur tout ce qu’il vend….
Si on essaie de répartir le 13$
le fermier : 2$ (au lieu de quoi, 1$?)
le transport: 4$
le grossiste: 2$
Mon Métro : 5$
Je reste non convaincu, malgré les efforts de madame Waridel…

Germaine février 8, 2009 à 16:43

Un guide pour s’habiller «équitable» a été publié en 6 février 2009 dans le magazine Protégez-vous

Ce guide a été créé pour mettre en lumière toutes les options qui s’offrent aux consommateurs en matière de vêtement pour encourager l’économie locale, respecter les travailleurs du Sud et l’environnement», explique l’organisme Équiterre.

Il ajoute: «Les consommateurs ne sont pas toujours conscients que la fabrication du coton traditionnel, par exemple, utilise 25 % des pesticides vendus dans le monde; que six des sept principaux producteurs de coton ont massivement recours au travail des enfants pour leur production; que 22 000 personnes meurent chaque année en raison de l’application de pesticides destinés au coton… Regarder l’étiquette des produits qu’on achète et s’assurer du mode de production de nos vêtements prend ainsi tout son sens.»

http://www.protegez-vous.ca/les-nouvelles/2009-02/un-guide-pour-shabiller-equitable.html

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