40 ans à attendre le train

10 février 2009

Depuis 23 ans, j’habite Repentigny, joyau de la couronne nord de Montréal.  Avant d’y élire domicile, j’ai grandi plus au nord, à Joliette, coquet hameau tressé dans les méandres de la rivière L’Assomption.  J’ai complété mon cours universitaire sur le Mont-Royal et occupé plusieurs postes l’été, au centre-ville de Montréal, tout en habitant chez mes parents à Joliette.  Je connais bien le défi des banlieusards et surtout le stress de « navetter » matin et soir vers la grande ville.

Chaque année, pour me rendre au travail, je parcoure une distance de 17,000 km (46 semaines x 5 jours x 74 km). J’égrène en moyenne plus de 2h30 quotidiennement en transport, soit l’équivalent de 575 heures, représentant 14 semaines de 40 heures de travail non rémunérés. Si je recevais un maigre 10$ pour chacune de ces heures perdues, je serais plus riche de 5 750$ par année. Un coût énorme pour moi et pour toute la société.

Depuis quelques années, j’ai découvert le transport en commun à partir du stationnement incitatif de Pointe-aux-Trembles, une véritable bénédiction des Saintes-Évangiles.  Ce mode de transport me permets de ménager ma monture et mes nerfs.  Cette autobus express transporte les pâles cols blancs de leurs banlieues dorées vers le centre-ville.  Malgré le goulot d’étranglement de la « cahotique » rue Notre-Dame, c’est le meilleur moyen de préserver ma santé mentale et mon système nerveux, rudement éprouvé pendant toutes ces années.

Ce demi-cauchemar se terminera dans moins de 18 mois. Tous en voiture, le train arrive ! Le « train de l’Est » que l’on nous promet depuis que j’habite dans Lanaudière (i.e. depuis toujours) arrive en gare.  On planifie 5 départs le matin, un le midi, 5 le soir avec un autre en fin de soirée.  Je me pince sans encore sentir une sensation. Mon esprit suspicieux n’arrive pas à y croire.

La conspiration

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le train de banlieue dans Lanaudière existait jusqu’au début des années 70.  Il a été démantelé dans la foulée du scandale du démembrement des réseaux de trains, orchestrée par l’industrie des fabricants d’autobus, d’essence et de pneus, vers la fin des années 50.  Suite à ce complot, connu sous le nom de « Great American Streetcar Scandal« , Montréal a détruit tout son infrastructure de tramways et une partie de des trains de banlieue.  Comme récompense GM offrait en échange de beaux autobus flambants neufs et gratuits et par le fait même encourageait la consommation d’essence et de pneus.  Par contre les villes devaient se débarrasser des voies ferrées, tramways et trains en les empilant avant de les brûler.  C’est payant pour l’industrie: un train dure 50 ans mais un autobus, la moitié moins.  Un scandale qui a été révélé dans plusieurs reportages et livres.

•    « The Great GM Conspiracy Legend: GM and the Red Cars », Stan Schwarz
•    « Conflict of Transportation Competitors », Akos Szoboszlay
•    « The StreetCar Conspiracy: How General Motors Deliberately Destroyed Public Transit », Bradford Snell
•    » Paving the Way for Buses – The Great GM Streetcar Conspiracy, Part I – The Villains », Guy Span, baycrossings.com

Impact social

L’arrivée du train aura un impact majeur sur cette banlieue homogène, à peu près sans quartier défavorisé et industrie lourde.  Le prix des maisons grimpera rapidement, au même rythme que leurs taxes.  Sa trame sociale changera et perturbera la quiétude des « Bungalow Bill ».  Mais en revanche ils subiront moins de bouchon, de pollution et de retard. Des familles abandonneront leur 3e ou 2e bagnoles. Des jeunes qui auraient déménagés en ville pour étudier, demeureront dans leur douillet faubourg.

Chicane dans la cabane

Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines.  Les villes au nord de Repentigny sont insatisfaites du fait que le train ne s’arrêtera pas chez eux, bien que la voie ferrée y soit disponible et en bon état. Le gouvernement a opté pour la construction d’une voie ferrée entre les 2 voies de la 640 pour rejoindre Mascouche. Un projet selon moi complètement inutile, puisqu’une voie ferrée existe déjà à Mascouche (appartenant au CP) et qui serait disponible aux trains de banlieue.

Espérons que ces tractations intestines ne retardent pas le lancement de ce train.  Un train qui desservira chaque jour plus de 5 500 voyageurs, présentement prisonniers de la circulation pendant 14 semaines de 40 heures chaque année.

Garamond février 11, 2009 à 09:33

Oh ! le beau sujet ! Je suis un fan inconditionnel du train, ayant utilisé ce mode de transport en Europe et surtout entre Montréal et St-Gabriel de Brandon, en passant par Joliette, jusqu’en 1950 environ.
Le train promis pour l’est, i.e. votre région, est un besoin qui sera, semble-t-il, comblé d’ici peu.
Toutefois, il y a un os… On avait un projet à deux lignes, à 450 millions de $$ et un autre à une seule ligne, 50 M moins cher….
On a retenu le projet à 400 millions, pour économiser 50 millions…. privant ici une partie importante de votre région d’un accès rapide au train.
Bonne chance !

Benoit laporte février 13, 2009 à 22:06

Dans un excellent article de Louis-Gilles Francoeur du Devoir publié il y a 2 jours (le 11 février), on peut voir toutes les tractations du gouvernement pour empêcher que son PPP du pont de la 25 ne foire, à cause du nouveau train. Selon M. Francoeur c’est la raison pourquoi le train (logique) entre Mascouche vers le centre-ville sur la ligne du CP a été abandonné. Une erreur historique selon moi.

Pendant ce temps les contribuables de Mascouche, Terrebonne, L’Épiphanie et L’Assomption sont frustrés. Ça fait beaucoup de votes de perdus…

Pont de la 25: Québec a-t-il écarté la concurrence du train? LG Francoeur du Devoir: http://www.ledevoir.com/2009/02/11/233020.html

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