La lente disparition du scoutisme

12 mars 2009

Récemment je lisais un sondage qui révélait que plus de 20% de la population du Québec avait déjà porté la chemise scout. Vraiment? 1,5 millions de québécois ont déjà été scouts ?  Pour paraphraser le sketch archi-connu de Ding et Dong du début des années 80 : « Ça fait beaucoup de têteux, qui attrape le vent et écoute les écureuils ! »

Un peu d’histoire

Le scoutisme est une création d’inspiration paramilitaire d’un haut gradé britannique pendant la guerre des Boers, au début des années 1900.  Lord Baden Powell a récupéré plusieurs traditions acquises pendant ses campagnes en Afrique du Sud, pour structurer son mouvement.  À l’origine, on visait l’embrigadement des jeunes pour la vocation militaire en utilisant l’axe du plein-air, camping et survie en forêt.  D’ailleurs le mot « scout » signifie « éclaireur » : celui qui ouvre le sentier pour dénicher l’ennemi avant l’attaque.  Les insignes, le foulard, les badges, le salut, l’uniforme, la promesse, les nœuds… tout est plus ou moins inspiré du protocole militaire.  On y a aussi greffé des codes de chevalerie du Moyen-âge et des traditions amérindiennes, comme le Totem ou les clans.

Son adaptation au Québec a été plus difficile. Du fait de l’omnipotence de l’église, un mouvement inspiré de l’armée britannique était suspect.  On a intégré le scoutisme au Québec dans les années 30-40 mais inexorablement, sa philosophie se devait de baigner dans l’eau bénite.

Les années 60

C’est dans ce scoutisme catholique que j’ai grandi au milieu des années 60.  Nos chefs scouts étaient prêtres;  les frères nous accompagnaient dans les camps et assuraient notre sécurité et bonne conduite.  Je me souviens de mon premier camp « de survie » où les pères nous reconduisaient dans un boisé et relâchaient une douzaine de lapins frêles et effrayés.  Le but de l’opération avec ces lapins?  Les capturer, les tuer, les peler, les vider, les faire cuire sur un feu de bois et manger notre gibier.  Pour nous apprendre la survie en forêt.  Et nous avions seulement 10 ans.  Je me rappelle le petit lapin retrouvé au tournant d’un sentier, qui au lieu de se sauver, courait en notre direction pour que l’on s’occupe de lui.  Et fallait le bastonner avec un bout de branche pour obtenir notre badge.  Aujourd’hui ce camp aurait fait la première page du « Journal de Montréal ».  Je n’ai plus jamais remangé du lapin depuis.

Aspirateur de parents

Ma conjointe a aussi été « Guide » et par la suite, elle a été impliquée dans le comité de gestion des « Jeannettes » de sa paroisse.  Parce que 3 de mes enfants étaient impliqués dans le mouvement, et que j’étais qualifié en canot d’eau-vive, on m’a gentiment demandé d’accompagner un groupe de jeunes pour une descente de rivière.  Au printemps 1999, je me suis retrouvé animateur d’une douzaine de jeunes pionniers de 15 à 18 ans (11 filles et 1 garçon).  L’année suivante, on m’approcha pour devenir, en plus, chef d’unité de 10 éclaireurs (11 à 14 ans).   Sans trop me poser de questions, en quelques mois, ma vie ne tournait plus qu’autour du scoutisme. Pendant 9 ans.  Suite à des pressions de ma « dure » moitié, j’ai démissionné l’année où mon dernier enfant a atteint sa majorité et a quitté le mouvement.

Regrets ?

Loin de moi l’idée de me plaindre.  Effectivement les premières années d’apprentissage ont été frustrantes.  Après, j’ai mieux compris la philosophie du mouvement, l’utilité des formations, les jeunes, les parents, les méthodes de financement et la paperasserie.  J’ai eu des camps inoubliables en France (Picardie, Loire, Normandie, Bretagne, Paris).  J’ai visité les plus beaux parcs nationaux du Canada, dans les Rocheuses, en Gaspésie, au Saguenay, en Abitibi…  Nous avons résidé dans une communauté autochtone du nord du Québec, appris la plongée sous-marine, visité la Minganie et les Monts Groulx, descendu plusieurs rivières en canot… Mon camp le plus marquant ? probablement notre semaine avec une équipe de l’émission « Enjeux » de Radio-Canada avec 9 jeunes autistes en camp scout en forêt, en 2004 . D’ailleurs le reportage est toujours en ligne, même après 5 ans…

Jeunes de cœur

J’ai surtout côtoyé une centaine de jeunes courageux, souvent « poqués » par la vie, qui ne demandaient que de devenir de meilleurs citoyens, dans un mouvement rempli de grandes valeurs et d’intégrité.  Il faut beaucoup de détermination, en ces temps d’égoïsme, pour s’impliquer dans un mouvement aussi exigeant.

Je sais pertinemment que le mouvement scout est en forte décroissance.  En fait il est même en danger de disparition, hors des grands centres. Pas seulement à cause de la dénatalité mais par sa lenteur à s’adapter aux nouvelles réalités des jeunes de ce siècle.  Les adolescents ne veulent plus porter l’uniforme scout.  Beaucoup refusent aussi cette approche d’inspiration militaire dépassée.  Ils désirent s’impliquer à un groupe organisé mais dans l’anonymat.  Je rappelais souvent aux jeunes que leur uniforme était la première raison qui motivait la générosité des donateurs et de nos supporteurs (magasins, groupes sociaux, élus, etc). Je donnais l’exemple des travailleurs qui portent l’uniforme, comme les chauffeurs d’autobus, les infirmières, les avocats… Sans vraiment les convaincre.

Les animateurs en voie d’extinction

Il devient aussi difficile de trouver des parents qui veulent s’impliquer. Familles éclatés, vie professionnelle stressante, plusieurs heures de transport chaque jour et un certain sentiment de « chacun pour soi ».  Ce n’est pas facile de se taper des fins de semaine de formation, les camps, les assurances, la bureaucratie, les activités de financement, les enquêtes de la police sur ton passé ou les regards suspicieux des parents qui te voient partir avec leurs jeunes pendant 2 semaines.  Pas facile.

J’ai quitté le mouvement il y a maintenant 18 mois.  Lors de mon départ, nous avions encore 19 jeunes dans notre unité.  Ils ont essayé de me faire changer d’idée mais ma décision (et celle de l’être aimée) était prise.  De temps en temps, je croise un de mes jeunes chez Rona, à la station service ou au centre commercial.  Ils sont maintenant des adultes accomplis et heureux de me revoir.  Si j’ai pu mettre un peu de bonheur dans leur vie, tous ces efforts en auront valu la peine…

Pour vous réconcilier avec vos années de scoutisme, regardez le vidéo de 1m41sec de « Rock et Belles Oreilles »  sur youtube.  Attention, vous allez mouiller vos culottes courtes scoutes…

Garamond mars 14, 2009 à 07:58

J’ai toujours trouvé que l’objectif du scoutisme était très louable. Mais bondance ! adaptez-vous ! On est en 2009 !
Même l’Église catholique a lâché le latin….

Je n’ai jamais fait partie des scouts; mes parents disaient: on t’emmènent tout l’été à la campagne, t’as pas besoin d’aller camper dix jours à Rawdon….

Benoit Laporte mars 14, 2009 à 23:43

Comme beaucoup de groupes sociaux d’inspiration religieuse, le changement et l’évolution est vécu comme une hérésie. L’Église catholique n’a pas su s’adapter à la modernité et en paye maintenant le prix. Le scoutisme vit la même dynamique ou plutôt les mêmes remises en question. Beaucoup de gens l’ignorent mais les magasins « La Cordée » sont la propriété des Scouts du Québec. Ce magasin a été fondé par le Cardinal Léger dans les années 50. Un dividende est payé à tous les groupes scouts du Québec de façon individuel. Les magasins ont su s’adapter. Le scoutisme devra faire de même sinon ce sera la fin, du moins au Québec…

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