La libération par l’avortement

16 mars 2009

Dans ma tendre jeunesse, je me rappelle d’une bien-aimée qui vivait avec sa sœur trisomique.  Pendant la partie de hockey du samedi soir, quand mon amie s’absentait pour quelques minutes, sa sœur étrange s’approchait de moi pour me demander d’être son amoureuse.  J’étais terrifié.  Ma flamme de l’époque m’a gentiment fait comprendre que malgré sa corpulence, ses traits asiatiques et ses problèmes d’élocutions, elle avait la naïveté et la spontanéité d’une fillette de 4 ans.  Même après plusieurs mois, j’étais toujours aussi inconfortable en sa présence.

Aujourd’hui, je vis avec ma fille autiste de 18 ans, qui possède le développement d’un enfant préscolaire. Dépendante de ses parents, elle ne pourra jamais vivre une vie autonome, sans supervision.

Test de dépistage systématique

Cette semaine, notre bienveillant premier ministre annonçait que son gouvernement offrira à toutes les femmes enceintes un test de dépistage de la trisomie 21.  Si ce premier test indique un risque, il défrayera le coût de l’amniocentèse, une test plus invasif et risqué, qui permettra de valider le premier test.

Nous proposons que toutes les femmes puissent se voir offrir un test de dépistage prénatal pour la trisomie 21 accompagné de l’information nécessaire à une prise de décision libre et éclairée, et ce, lors du suivi de grossesse. Si le test de dépistage indique un risque élevé de trisomie 21, une amniocentèse devra être menée pour le confirmer. Quels choix s’offrent alors aux parents? En présence de trisomie 21, ils doivent pouvoir décider, en toute connaissance de cause, s’ils choisissent ou non de poursuivre la grossesse.
Les parents doivent également être libres de faire ce choix et être soutenus, peu importe l’option retenue. La nature de l’information transmise aux parents et la manière de la transmettre seront primordiales.

Dans les jours suivants cette annonce, la droite religieuse et les activistes pro-vie ont rapidement récupéré la nouvelle pour vomir leur fiel réactionnaire contre le gouvernement honni.  Et Richard Martineau, de « varger » dans le tas avec des accusations d’eugénisme, de sélection génétique délibérée.

La plupart des auteurs de ces chroniques s’insurgent contre l’avortement, peu importe les raisons.  Viol, inceste, enfant non-viable ou lourdement handicapé.  Rien ne les ferait changer d’idée : « L’avortement est un meurtre ».

Amusez vous et tapez dans Google « avortement, trisomie et eugénisme » et revivez le retour à la grande noirceur.

Pour ma part, j’adore ma fille handicapée, tout autant que mes autres enfants.  Elle est toute ma vie.  Il est difficile pour un parent d’imaginer sa vie sans son enfant, même handicapé.  Un peu à l’image de celui qui vit avec un handicap:  il arrive à développer une certaine résistance, il s’en accommode et, étrangement,  il devient difficile de s’imaginer vivre sans son handicap, qu’il tente toujours d’oublier.

Ta grossesse en question

Vous osez quand même me posez LA question:  « Pendant la grossesse, si vous aviez su que votre fille allait être handicapée, auriez-vous opté pour l’avortement ? »

À mon tour de vous posez 4 questions :.

  • Est-ce que le handicap que vous me prévoyez sera léger ou lourd ?
  • Est-ce que mon enfant aura eu un certain degré d’autonomie ?
  • Est-ce que mon enfant connaîtra un certain degré de bien-être ou vivra-t-il avec de la douleur nécessitant une médication toute sa vie ?
  • Est-ce que mon enfant sera conscient de son handicap ?  Lorsqu’ils en sont conscients, ils nourrissent souvent des pulsions suicidaires.

Vos réponses dicteront ma décision d’opter ou non pour l’avortement.

Il est facile d’accuser les parents qui décident d’avorter suite à un dépistage. Vous n’aurez jamais à vivre avec cet enfant;  eux auront à le faire.

Je me souviens du jour où le diagnostic est tombé.  Un membre  de notre entourage, plein d’attention, nous a donné une carte « quétaine à souhait » avec la fameuse phrase: « Dieu vous a choisi comme parents pour avoir un enfant handicapé parce que vous êtes fort ».   Boulechite, matante.  Expliquez-moi pourquoi 90% des couples avec un enfant handicapé sont séparés ?  Est-ce aussi Dieu qui en a décidé ainsi ?  Faudrait peut-être qu’il se fasse une idée, votre Dieu…

La santé des parents et du couple sera fragilisée.  Lorsque les parents n’auront plus la force de combattre, l’enfant finira probablement « parké » en famille d’accueil ou en institution.  Le coût social est énorme.  Le choix est lourd. Laissons les choisir, sans remords.

En souhaitant que notre bon gouvernement investisse autant en avortement qu’en support aux familles naturelles qui décident de garder leur petit « mal parti ».

Garamond mars 17, 2009 à 13:18

De nos jours, les femmes se font avorter pour 56 raisons plus ou moins valables.
Se faire avorter pour éviter de mettre un enfant handicappé au monde, me semble que ça fait partie des 5 meilleures raisons…
Tout ça n’enlève rien à votre mérite d’avoir élevé votre fille autiste, bien entend.

Moi, j’aime toujours mieux savoir avant qu’après….

Benoit Laporte mars 18, 2009 à 23:05

L’avortement est souvent utilisé comme moyen de contraception d’urgence. Nous sommes en 2009. Il me semble que si tu es assez mature, tu devrais prendre les moyens nécessaires pour éviter cette technique drastique.

Je suis contre l’avortement systématique lors du dépistage d’un enfant handicapé. Il faut que les parents soient informés des ressources disponibles, des défis et du potentiel de l’enfant. Après ils prendront leur décision. À tête reposée…

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