July 2005

Après la pluie vient… le vent

31 juillet 2005
Après la pluie vient… le vent

Benoît : Tous mes collègues dorment à poings fermés au moment où j’écris ces lignes. Nous sommes dimanche soir et la journée a été assez pénible. N’allez pas croire que je me plaigne. Je savais qu’elle serait dure, cette journée. J’y pensais depuis plusieurs semaines. Malgré qu’hier nous ayons quitté le campement assez tôt (souvenez-vous de la micro-plage sur laquelle Étienne soignait son spleen), eh bien nous n’avons pas réussi à atteindre notre objectif de 40 km de rivière. Les seuls éléments météorologiques que nous n’avions pas encore rencontrés se sont manifestés. Le brouillard et la pluie. Nous avions déjà goûté à des averses passagères mais de la pluie continue, pas encore. Le problème est que tous ces éléments se sont manifestés en même temps. Le froid, le vent, la pluie et le brouillard. Il reste encore la neige, mais plus rien ne me surprend maintenant. En plus des solides rapides à traverser, nous en sommes (et je les ai comptés) au 11e jour consécutif en combinaison isothermique (wet suit). Nous avons eu le temps de laver celle-ci durant notre pause au mont Pyramide, mais reste que le wet suit, j’en ai ras-le-bol. Imaginez porter de 8 à 10 heures par jour un gant de vaisselle en néoprène duquel émergent votre tête et vos mains. Pour ne pas être en reste, vous portez des gants de néoprène et devinez quoi ? Oui, une calotte de néoprène. Pour les non-initiés, le dessous de la majorité des tapis de souris est fait de néoprène. Ça semble confortable, n’est-ce pas ? Pour ma part, je trouve ce tissu fantastique. Vous pouvez descendre une rivière à 4 degrés avec une température ambiante de 6 à 7 degrés avec vent. Elle vous évite de tomber en hypothermie, l’ennemi juré du canoteur dans le Grand Nord. Mais tout va bien tant que vous restez bien penaud dans votre canot. Ce qui ne fut pas le cas aujourd’hui.

Le décor idéal pour combattre le spleen

Je vous disais qu’hier soir nous avions planifié 40 km, mais réussi à en faire seulement 28. Le but était d’atteindre les chutes Hélène hier soir afin de profiter d’une pleine journée pour le fameux portage de 3 km. Nous avons campé sur un site médiocre où nous avons « creusé » nos sites de campement tellement le terrain était accidenté. Nous n’avions pas le choix parce que le vent nous stoppait et les vagues déferlaient dans nos canots. Nous étions tellement désespérés de camper que même la vue d’un ours se baladant à 500 mètres du site ne nous découragea pas. Couchés vers 19 h 30, nous avions planifié être debout vers 6 h. La pluie nous rendormit jusqu’à 7 h 30. Vite déjeuner et vite dans les canots pour n’affronter que des vents légers. Arrivés en haut du portage vers midi. Nous avons pu, grâce à des cordelles bien ficelées, éviter 1 500 mètres de portage. Il en restait quand même 1 500 à se farcir. Ce qui fut fait, manu militari. Un portage magnifique agrémenté d’une des plus gigantesque masse d’eau déferlante qu’il m’ait été donné de voir. Nous comprenons que celle-ci fasse tant saliver les ingénieurs d’Hydro-Québec. Elle me rappelle les chutes Chaudière de la rivière Ashuapmushuan. D’une grande beauté. Revenons à notre fameuse combinaison d’apparat. Eh bien, nous avons effectué un joyeux portage de 12 km au total avec nos canots, nos barils et notre matériel sur notre dos. Or cette petite combinaison qui vous entoure toutes les parties du corps a la fâcheuse habitude de vous « sabler » l’épiderme comme un gant de crin. Les genoux, les coudes, le dos et autres parties sensibles ont été très sollicités aujourd’hui. Après 11 heures à macérer dans nos costumes synthétiques, ce soir dans les tentes, nous nous sommes crémés à qui mieux mieux. On dirait des bébés en couche.

Demain : journée de repos si le temps nous le permet. Il nous reste 70 km à faire dans l’estuaire de la baie d’Ungava. Nous devrons maintenant négocier avec un autre défi de taille : les marées. Selon nos lectures, ce sont les deuxièmes plus hautes de ce continent, après celles de la Nouvelle-Écosse. Nous devrons quitter à la marée haute pour terminer notre journée à la marée basse. Nous devrons ensuite monter tout notre matériel 40 pieds en hauteur pour éviter que tout soit submergé. Tout ça dans la vase argileuse de l’estuaire. Beaucoup de plaisir en perspective… Raymond ronfle à quelques pouces de moi. Je vais me coucher parce que demain nous avons une entrevue sur les ondes du FM 103,5 à l’heure du midi. Il ne faut pas que j’ai l’air irrité…

Questions : Nous avons reçu une question de Fred Dufault à propos du comportement de la rivière et des rapides. On nous a dit que la rivière est actuellement à un niveau assez bas. Et nous le croyons parce que la majorité des rapides que nous avons descendus sont surévalués par rapport à la carte guide. Par contre, les derniers jours de pluie ont permis à la rivière de refaire le plein et les derniers rapides nous semblaient beaucoup plus près de la cote de la carte. En général, ce sont des rapides à volume. Des vagues et des immenses vagues. Si le rapide comporte de trop grosses vagues, on arrive toujours à s’en sortir en empruntant les bords. L’eau est d’une limpidité qui me rappelle les rivières de la Gaspésie (la Bonaventure entre autres). Il est hors de question de chavirer dans cette rivière. Le courant est tellement rapide que vous n’arriveriez pas à rattraper votre matériel. Une prudence extrême est de mise en tout temps.

Rivière George 2005

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Pourquoi ?

30 juillet 2005
Pourquoi ?

Benoît : En dévalant les rapides et en traversant d’immenses lacs que l’on peut comparer à ceux que l’on retrouve sur le fleuve Saint-Laurent, nous avons beaucoup de temps pour réfléchir. Même si pendant 6 à 7 heures par jour votre partenaire de canot se situe à moins de 6 pieds de vous, vous n’êtes pas constamment à lui parler. Vous ressassez plein de choses dans votre tête. Vous pensez souvent aux êtres aimés qui vous manquent beaucoup. C’est à ce moment que les personnes que vous teniez pour acquises ne nourrissent plus votre âme. Vous êtes en sevrage. Je me suis rappelé ce qui avait été l’élément déclencheur de cette expédition. Après réflexion, 3 événements avaient été déterminants pour que cette aventure prenne forme. Le premier événement eut lieu au milieu des années 90. J’étais au magasin La Cordée et je fouillais dans les cartes de rivières à la recherche de ma prochaine descente. Je feuilletais la carte de la rivière Moisie dont j’avais entendu beaucoup de bien. Derrière moi une voix me dit: « Non, pas cette carte. Si tu veux une belle rivière, prends la carte de la George ». Cette voix, c’était celle de Jean- Marc Chabot, grand canoteur devant l’éternel, qui avait descendu la George en 1992, avec un ami, chacun dans un canot solo. J’ai alors acheté la carte de la George, l’ai regardée et placée dans mon classeur de cartes, en me disant qu’un jour, je me la paierai.

Le deuxième événement se passa en mars 2004, sur un train de VIA, en revenant de Québec. J’aperçus un homme avec une casquette sur laquelle était inscrite quelque chose comme « Cycle for Autism. Help solve the puzzle ». Je pris en note ces quelques mots et dès mon arrivée à la maison, j’essayai de trouver des informations sur ce mystérieux slogan sur le Web. Si ma mémoire est bonne, il s’agissait de 2 pères d’enfants autistes, adeptes de vélo de route, qui avaient décidé de traverser le Canada à vélo, afin d’amasser des fonds pour la recherche sur l’autisme. Grâce à un site Web très bien fait et à l’appui des différentes organisations locales de soutien à l’autisme, ils avaient réussi à générer plus de 1 million de dollars pour la recherche. Je trouvais l’idée inspirante et grandiose.

Le décor idéal pour combattre le spleen

Le troisième élément déterminant a été la lecture d’un livre que j’ai déniché sur Internet. Il s’agit de l’histoire de Leonidas Hubbard, un jeune journaliste de New York, qui a tenté en 1903 avec l’aide de 2 autres personnes, un avocat et un indien métis du nord de l’Ontario, de trouver la route qui menait à la rivière George, à partir de Goose Bay au Labrador. Malheureusement, une suite d’erreurs l’entraîna sur de mauvaises rivières et il mourut de faim, en octobre 1903, dans une cabane de trappeur. On retrouva son journal de bord où il décrivait jour après jour sa déchéance et la mort qui le guettait. Les 2 autres eurent la vie sauve. Avec l’aide du même indien métis, la veuve de Hubbard, Mina, sans expérience elle aussi, organisa dès 1905 une autre expédition afin de retrouver la route d’eau qui la mènerait à la George. L’avocat de New York, évincé de l’expédition de Mina Hubbard, organisa sa propre expédition. Les 2 expéditions se déroulèrent simultanément. Le livre en question raconte l’expédition de Leonidas Hubbard, celle de Mina Hubbard et l’autre de l’avocat. Tous les lacs de tête de la George portent encore les noms que ces gens leur ont donnés à l’époque : « Lac de l’espoir » (Hope Lake), nom donné au moment où il croyait avoir trouvé la route, « Lac Résolution » lac où Mina décida de continuer plutôt que de rebrousser chemin, malgré l’hiver qui approchait…

Après la lecture de ce livre, ma décision était prise. Je descendrais cette rivière. Après réflexion et consultations, la réalisation de cette expédition deviendrait une façon de mieux faire connaître « Les Répits de Gaby » pour enfants autistes que nous avons mis sur pied, il y a plusieurs années. La descente deviendrait le fer de lance d’une collecte de fonds pour enfin doter les RDG d’une résidence propre. Après discussion avec les membres du conseil d’administration et des parents d’enfants autistes, l’idée était retenue. Un an de travail a finalement permis à ce périple de se concrétiser. Le prochain rêve à réaliser sera la résidence pour la quarantaine d’enfants autistes que nous desservons. Et, dans ce rêve, il n’y a pas de mouches noires.

Rivière George 2005

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Journée particulière aujourd’hui

29 juillet 2005
Journée particulière aujourd’hui

Étienne : Ce matin, nous étions campés sur un superbe site, à côté d’une cascade se jetant dans la George. Je me suis levé plus tôt, vers 5 h, pour pouvoir remonter la cascade avant le départ en canot. J’ai marché pendant deux heures dans le soleil du matin et, étant parti avec ma canne à pêche, j’ai ramené cinq petites truites pour le déjeuner. Un moment de bonheur. Nous avions planifié une grosse journée, et pourtant les préparatifs de départ étaient très lents. Les canots ont quitté la rive peu avant midi… Grosse journée. Le temps est devenu graduellement nuageux, nous avons pagayé 37 kilomètres et nous nous sommes finalement campés sur une micro-plage… infestée de mouches noires. Je ne suis pas sûr d’avoir déjà vu autant de mouches. De plus, il a fait froid. Mais le coucher de soleil, avec son ciel violet, était superbe. Il ne nous reste que trois jours de canot. Plus une journée de portage, et peut-être une ou deux journées de congé (selon la météo). Nous reprendrons ensuite l’avion pour retourner à Montréal. Je ne sais pas si c’est le retour qui approche qui m’a mis dans un état de spleen toute la journée.

5 hommes en lunch sur leur rocher. Étienne, Gérald, Pierre- Marc, Benoit et Raymond

Personnellement, ce fut une grosse journée, mais pas à cause des 37 kilomètres, pas à cause du froid, pas à cause des mouches (l’avantage des soirées froides, c’est qu’à partir d’une certaine heure, il fait tout simplement trop froid pour les mouches) (je n’ai pas sorti le thermomètre, mais je crois que c’est autour de 7 degrés). Personnellement, ce fut une journée difficile à cause du spleen. C’est fréquent d’avoir une journée de spleen dans ce genre de voyage. Le spleen peut être causé par toutes sortes de raisons… Souvent, je ne sais pas trop pourquoi ça commence, ni d’ailleurs pourquoi ça finit. Je ne sais pas si ça a rapport, je ne sais pas si c’est la cause, mais c’est clair qu’aujourd’hui la féminité me manque. Les seules femmes que j’ai vues depuis mon départ de Montréal il y a deux semaines sont Alana (qui fait partie d’un groupe d’Américains qui descendent eux aussi la rivière, nous avons jasé 15 minutes) et Diane (une Québécoise très colorée qui nous a chaleureusement accueillis dans sa pourvoirie il y trois jours). C’est peu, trop peu. J’aime bien la gang de gars que je côtoie, mais il manque quelque chose. Et je ne parle pas de sexe, je parle de féminité. Je m’ennuie des femmes. Nous n’en avons pas discuté entre gars, mes partenaires de voyage prendront connaissance de mes réflexions en lisant ces lignes, mais je suppose que je ne suis pas seul à m’ennuyer des femmes. Nous avons tous à un moment ou à un autre découvert des formes féminines dans les lignes d’horizon des montagnes. C’est un symptôme qui ne trompe pas. Demain sera un nouveau jour. Si tout va bien, demain soir, nous camperons aux chutes Hélène. Nous achevons donc la portion rivière du voyage, et nous commencerons bientôt son estuaire. Nous arriverons dans quelques jours à la mer (ou, pour être plus exact, à la baie d’Ungava, quelque part au nord-est de Kujjuak). Ensuite, ça sera le retour vers Montréal, l’été, le vin rouge et les amies.

Rivière George 2005

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Aventure culinaire nordique

28 juillet 2005
Aventure culinaire nordique

Gérald : Le manque de planification des menus et de la nourriture est probablement le talon d’Achille d’une expédition comme la nôtre. Selon moi, la bonne planification de la grille des repas constitue l’élément clef qui fait la différence entre une expédition ordinaire et une mémorable. Sur le terrain vous luttez toute la journée contre les éléments pour vous retrouver 3 fois par jour devant votre première source d’énergie. Manger de la « soupane » matin, midi et soir démoralise les troupes, devient le propos de boutades et souvent démotive le groupe. On rêve alors aux bons petits plats de la maison ou de notre restaurant préféré et l’expédition perd tranquillement de son charme. Pour éviter cet écueil nous avons eu l’appui d’une experte en la matière, Anne Deschamps, qui connaît bien l’organisation de ce genre d’entreprise.

Au lieu de se diriger vers des aliments vendus en boutique à prix fort ou encore vers les aliments lyophilisés, qui sont tout aussi inabordables, nous avons opté pour les produits vendus en épicerie grande surface. Le piège à éviter : les aliments et sauces contenant trop de sel, de sucre ou de glutamate monosodique. Notre partenaire dans la planification des menus a été IGA Crevier de L’Assomption / Joliette. Grâce à la collaboration de M. Pilon, nous avons pu parcourir ses allées des heures durant en prenant note de tous les produits secs, aliments en vrac, collation, jus et repas préparés sans réfrigération et déshydratés. Nous avions 3 repas par jour à préparer pendant 22 jours pour 5 personnes, pour un total de 330 portions. Nous avions aussi une limite de poids pour l’hydravion, jumelé avec une limite de volume pour les canots. Après cette visite exploratoire, nous avons révisé la liste et compté le volume des portions par personne. Un pagayeur de 225 livres ne mange par la même quantité de riz ou de pâte qu’un autre de 140 livres. Qui prend du café le matin ? Qui aime les noix plutôt que les collations sucrées ? Qui aime bien un jus d’orange le matin au lieu d’un chocolat chaud ?… Il faut répondre à toutes questions afin de bien calculer les portions pour éviter de trop en apporter ou encore d’en manquer. Suite à cette opération, nous nous sommes rendus chez nos amis du IGA pour compléter nos emplettes, avant de passer à la prochaine étape : l’ensachage.

Étienne dans son canot avec comme décor les montagnes de la George

Il s’agit d’apporter le moins d’emballages possible pour réduire le poids et l’impact environnemental de notre passage. Tout est mis sous vide hermétiquement avec une ensacheuse de qualité. L’étape finale consiste à identifier chaque repas par sa date de consommation et de les placer dans les barils par ordre décroissant, en commençant par le dernier repas au fond du dernier baril. Résultat : quatre barils de 60 litres, pour un poids total de 300 livres. Les seuls liquides apportés sont 4 litres d’huile pour la cuisson. Cette préparation de plusieurs jours a été salutaire. Nos repas sont délicieux et quotidiennement agrémentés de poisson. Dans cette rivière on retrouve de la truite mouchetée (omble de fontaine) généralement entre 2 et 4 livres, de la truite grise (touladi) encore plus grosse, de la truite arctique (omble chevalier) plus au nord, dans le lac en amont un peu de brochets et plus tard en saison, du saumon. On nous dit qu’il y a aussi de la ouananiche, type de saumon anadrome…

Un dernier petit conseil. N’oubliez pas d’inclure dans votre liste, ce que les anglophones appelle du « comfort food », pour que vos collègues puissent se régaler de petites gâteries de temps en temps. En ce qui nous concerne nous avons parsemé nos repas de sucre à la crème maison (merci Anne), de fromage fin, de saucisson importé, de chocolat Toblerone et le soir d’un petit verre de scotch, de cognac et fines préférés. Vous êtes peut-être un galérien le jour, mais le soir il est important de bien reprendre vos forces physiques, morales par une expérience épicurienne.

Benoît : Ce soir nous campons sur probablement le plus beau site de la rivière George. Un chapelet de cascades dévalent les montagnes pour se jeter à nos pieds. L’eau est bleutée et tourne au blanc lorsqu’elle rencontre la rivière. Le site surplombe la George qui coule à une vitesse impressionnante. Nous nichons à l’intérieur de plusieurs montagnes qui rappellent le parc de la Gaspésie. Nous sommes à 145 km de notre point de sortie. Il nous reste 2 jours avant le fameux portage de 3 km des chutes Hélène. Le moral du groupe est excellent. Ce soir une truite grise de 3 lb est au menu, accompagnée de pâtes au pesto et parmesan.

Question : Parmi les questions envoyées, voici celle d’un lecteur assidu, M. Louis Pelletier : « Est-ce que la rivière George traverse le cercle arctique ? » Hé bien mon cher Louis, je ne crois pas. Si ma mémoire est bonne le cercle arctique se situe quelque part autour du 66e parallèle et traverse le Nunavut, les territoires du Nord-Ouest et le Yukon. La baie d’Ungava, où nous terminerons notre descente, se situe aux alentours du 58e parallèle. Par comparaison, la frontière canado-américaine se situe près du 45e parallèle.

Autre question : « Les rapides de la George gèlent-ils en hiver ? » de Brenda, Rémi et Jérémi, autiste de 6 ans. Nous ne sommes jamais venus en hiver, mais par la force du courant dans les rapides nous pouvons supposer qu’ils ne gèlent pas là où ils sont les plus tumultueux. Le reste de la rivière est gelée une bonne partie de l’année (de septembre à mai).

Rivière George 2005

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De la rivière au sommet

27 juillet 2005
De la rivière au sommet

Raymond :Après avoir pagayé dans des conditions difficiles au cours des derniers jours, c’est-à-dire vent de face et température fraîche accompagnée d’une fine pluie intermittente, la journée de repos prévue à l’horaire fût plus que salutaire. Nous avons élu domicile sur le site d’une pourvoirie inoccupée à ce temps-ci de l’année, faisant face au pic Pyramide sur la rive opposée de la rivière. Gérald, Pierre-Marc et moi étant amateurs de randonnée en montagne nous ne pouvions résister à l’envie de nous rendre au sommet de celle qui nous rappelle vaguement les pyramides d’Égypte. Exotisme pour exotisme celle-ci valait l’autre. L’ascension se déroula rondement bien que la dernière portion abrupte de la montagne exigea toute notre attention puisque parsemée de pierres instables, rendues glissantes par la pluie des derniers jours.

Le Pic Pyramide, haut de 1 400 pieds

Les efforts et l’énergie nécessaires pour nous rendre au sommet furent récompensés par un magnifique point de vue sur la vallée et ses sommets environnants. Mais ces efforts et cette énergie ne sont rien en comparaison à ceux déployés par les parents d’enfants autistes pour leur offrir un cadre de vie normal malgré leur condition. Une fois au sommet, nous décidâmes d’y planter un drapeau imaginaire ou virtuel (puisque nous n’en avions pas sur nous) en guise de solidarité avec ces familles. La photo jointe en fait foi. Avant de redescendre nous avons dû affronter une pluie glaciale, un brouillard presque opaque, et un vent à vous décoiffer le couvre-chef, quoique ceux qui me connaissent savent que dans mon cas la nature a déjà fait son oeuvre. La météo nous obligea à nous abriter contre un rocher pendant vingt minutes, avant de redescendre dans des conditions sécuritaires. Une randonnée en montagne nous réserve souvent plein de surprises, tout comme la descente de la rivière George.

Étienne : Nous n’avons pas pagayé aujourd’hui, et honnêtement Pierre et Gérald au sommet du Pic Pyramide avec le drapeau virtuel de Pagayer pour l'autismece repos a été pour moi un soulagement musculaire bien apprécié. C’est que je pagaie seul, sans partenaire dans mon canot. Nous sommes un nombre impair (cinq) et il fallait que quelqu’un se sacrifie. En pagayant seul, on n’a pas de partenaire pour équilibrer les forces entre la gauche et la droite (personnellement, je pagaie à droite, et sans partenaire mon canot a une très forte tendance vers la gauche). Il faut donc corriger vers la droite à chaque coup de pagaie, ce qui augmente l’effort… et surtout, ralentit le canot. Lorsqu’il vente, la correction est encore plus importante, ce qui augmente encore plus l’effort tout en réduisant la vitesse. Évidemment, le pagayeur solo est seul pour tirer son canot, en opposition au duoistes qui pagaient « à deux moteurs ». Croyez-moi, une deuxième pagaie fait une différence. Dans les rapides, être seul devient un avantage : le canot est plus facile à faire pivoter, et il devient possible de descendre en faisant des zigzags entre les obstacles. J’adore les rapides.

Mon canot est un Blast, d’Esquif, qui a d’abord été conçu pour deux pagayeurs. A deux, c’est une Porsche : petit, nerveux… avec l’espace nécessaire pour le lunch, mais pas vraiment plus. De tous les canots duo que j’ai essayé (et je crois avoir essayé tous les duos sportifs), c’est le seul qui se pagaie comme un solo, qui est aussi manoeuvrable. En solo, c’est un canot de rapides permettant de transporter tout l’équipement de camping et la nourriture pour trois semaines. Les autres membres de l’équipe pagaient en duo. Pierre-Marc et Gérald ont un Canyon. Ce canot, également fabriqué par Esquif (qui est un commanditaire de notre expédition), est un peu une version duo du Blast. C’est un canot nerveux, pivotant facilement en plein rapide, et donc très performant. Il peut transporter les bagages de deux personnes pour un voyage encore plus long que le nôtre. Son défaut : étant plus facile à faire pivoter en plein rapide, il demande plus de corrections pour aller en ligne droite. De plus, tout comme le Blast, il a une coque façonnée pour réduire la quantité d’eau qui entre lorsqu’on descend au milieu des gros remous… mais cela rend le bateau plus lent lorsque vient le temps de traverser un lac. Raymond et Benoit ont un prospecteur 17 – vous avez deviné qui le fabrique! Il peut porter la même quantité de bagages que le Canyon, tout en étant beaucoup plus performant sur le lac… mais moins manoeuvrable en rapide. Aussi, c’est un canot qui se remplira plus rapidement que le Canyon. C’est une question de compromis! Nous reprenons la rivière demain, et je sais que nous aurons pleins de rapides pour m’amuser en Blast.

Rivière George 2005

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Ad augusta per angusta

26 juillet 2005
Ad augusta per angusta

Benoît : Pendant mes premières années de latin au Séminaire de Joliette, un de mes professeurs appréciait peu mon excès d’énergie et me faisait souvent copier les pages roses du dictionnaire qui contiennent les fameuses maximes latines. Après de nombreuses lectures et retranscriptions, la maxime « Ad augusta per angusta » m’intrigua. Si je me rappelle bien elle voulait dire « Pour le bonheur, par les voies difficiles ». Elle avait sûrement une origine chrétienne où on louangeait le sacrifice et le don de soi pour atteindre le paradis. Mais outre cette explication religieuse, je pense que nous atteignons une certaine plénitude dans la douleur. Pas que j’ai des tendances au masochisme, bien que plusieurs le pensent, mais quand je fais 7 heures de pagaie, 43 km de rapides, à 9 degrés Celsius, habillé comme un astronaute, les douleurs au dos et mes mains endolories me remplissent de joie. Nous sommes ce soir à « Pyramid Hill », une série de montagnes de plus de 1 300 pieds, qui longent la rivière comme des guets. Un paysage unique qui vaut chaque sou et coup de pagaie investis dans cette aventure. Demain… Devinez ? Nous montons le Pic Pyramide…

Pierre-Marc à l'oeuvre

Pierre-Marc : Cinq hommes, douze jours. Une brochette d’âge allant de 21 à 53 ans. Au départ, je me demandais ce que ça donnerait au bout de 21 jours, mais après seulement 12 jours, je crois déjà en avoir un bon aperçu. Peut-être pourrai-je décrire cette dynamique spéciale qui s’est créée dans notre petite communauté. Nous sommes un groupe d’individus qu’on pourrait qualifier ordinairement de « normaux ». Chacun de son côté a une vie bien remplie et, dans certain cas, enfin sauf pour moi, une vie qui fonctionne à un rythme infernal. Mais tout change dans le bois. À plusieurs centaines de kilomètres de quelque village que ce soit, je serais tenté de citer mon bon ami Benoît : « Dans le bois, rien n’est péché ». Je vous prie de prendre cette citation dans le bon sens. Ces gens fort respectables, que j’ai eu la joie de côtoyer à plusieurs reprises avant cette expédition, reviennent à leur nature profonde : ils redeviennent ce que je pourrais appeler des adolescents. Je vais vous éviter les détails par souci de conserver à cette chronique sa respectabilité. Loin de moi l’idée de me plaindre, en fait je me trouve privilégié d’assister à ce relâchement qui semble leur faire tant de bien, et je dois avouer que je me fais beaucoup de plaisir.

Farce à part, vivre dans une proximité constante avec ces quatre individus est une aventure en soi dans notre aventure. Si vous pouvez vous imaginer vivre 12 jours (et il en reste 10), avec quatre autres personnes, 24 heures sur 24, sans jamais vous éloigner de plus de 500 mètres du groupe, vous comprenez un tiers de notre aventure. Maintenant, ajoutez une extrême interdépendance les uns envers les autres, dans les rapides difficiles, dans les grands moments de fatigue, au moment de préparer les repas, en assignant à chacun des responsabilités en rotation. Souvent nous sommes fatigués après des journées épuisantes à combattre le vent, la pluie, le froid ou encore simplement les insectes. Il est alors primordial que chacun fasse sa part pour ne pas nous battre entre nous. Si vous pouvez imaginer un tel niveau d’interdépendance en plus d’une extrême proximité, alors vous saisissez les deux tiers de notre aventure. Le dernier tiers est à mon avis le plus difficile : il faut perdre notre intimité. La pudeur, que nous conservons dans notre vie sociale, la p’tite gêne disons, disparaît dès les premiers jours, qu’on le veuille ou non. Que ce soit pour nous changer le soir ou pour revêtir nos habits de canot, pour libérer des odeurs de toutes sortes, pour se laver ou simplement pour soulager nos besoins naturels, le groupe n’est jamais loin. Ajoutez donc ce dernier tiers aux autres et surtout n’oubliez pas les 21 jours, vous aurez alors une idée à peu près précise de notre aventure. Mais, malheureusement pour vous, pour comprendre exactement cette aventure, il faut y être.

Rivière George 2005

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Le mirage

25 juillet 2005
Le mirage

 

Benoît : Dans ce coin de pays la météo est imprévisible. Le matin vous vous réveillez sous un soleil radieux, à 20 degrés, et quelques heures plus tard une chute de température radicale vous glace les chairs. C’est exactement ce que nous avons expérimenté depuis notre arrivée. Les premiers jours étaient fabuleux, avec des pointes de chaleur comparable à ce que nous connaissons plus au sud. Mais depuis, la réalité nous a rattrapés. Les deux dernières nuits ont été particulièrement éprouvantes avec des températures frôlant le point de congélation. Nous sommes tous équipés de très bons sacs de couchage qui, selon les manufacturiers, peuvent affronter des températures autour de -8 à -10 °C. La plupart des membres de l’expédition sont des férus de camping d’hiver et plusieurs sont mêmes instructeurs. Malgré notre expérience, il est assez exotique de voir de la vapeur d’eau condensée sortir de notre bouche, en cette fin de juillet.

Raymond et Étienne sortent de la poissonnerie avec 7 livres de truites mouchetées

Le matin est assez agréable puisque avant notre lever, le soleil est déjà debout depuis plusieurs heures. La tente est chaude et le réveil est doux. Mais le soir dépose son humidité et sa froideur comme en automne. Depuis le début de la section de rapides, nous pagayons en combinaison isothermique complète (wet suit) comprenant pantalon, veste, gants, bas et bottes en néoprène. Et nous avons quand même froid. Une couche supplémentaire est indispensable. Même qu’Étienne a poussé le luxe de s’équiper d’un dry suit qui lui permet de soutenir des froids encore plus intenses que le reste de l’équipe. Et aujourd’hui, il en avait besoin. Il faisait un énorme 8 degrés. Pendant le lunch nous nous sommes rappelé que sur les terrasses de la rue Saint-Denis, en ce 25 juillet, les filles étaient probablement courtement vêtues et que nous, nous nous les gelions au Nunavik. Nous sommes au 11e jour de l’expédition, soit à la mi-parcours de nos 22 jours de rivière.

Afin d’atteindre la pourvoirie de Wedge Hills nous avions décidé de pagayer 38 km. Nous savions que le dernier rapide de 2 km était coté R3, de niveau expert. Et sur la George l’expert n’a qu’à bien se tenir. Levés tôt et partis tôt, nous avons pour la 3e journée consécutive le vent du nord en plein pare-brise. Arrêtés en bas du dernier rapide pour pêcher notre souper, Étienne et Raymond ont sorti en 10 minutes, 4 truites mouchetées totalisant près de 7 livres (cette pêche est dédiée à notre ami Alain). J’ai eu à peine le temps d’attacher ma cuillère que la pêche était terminée. Au pied du rapide, un superbe lac, sur le bord duquel nous avons trouvé la pourvoirie de Wedge Hills : un immense lodge comptant une douzaine de bâtiments avec électricité et eau chaude. Nous y avons été accueillis comme des enfants prodigues par Diane, Claude et Christian. Comme cadeau d’arrivée, ils nous ont offerts une douche chaude. La première en 2 semaines pour moi. Je tape ce texte sur une vraie table avec une vraie chaise. J’entends les truites qui m’appellent dans la cuisine. Sans doute un autre mirage.

Rivière George 2005

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Au pays de Yogi

24 juillet 2005
Au pays de Yogi

Benoît : Lorsque vous planifiez une expédition dans un pays aussi rude il faut vous fier à ceux qui y ont passé avant vous ou qui y habitent. Tous les textes disponibles sur le Web suggéraient fortement d’apporter une arme à feu, histoire de pouvoir négocier avec un problème avec lequel nous espérions ne pas avoir à négocier. Ce qui nous a finalement convaincus ce sont les quelques courriels reçus de pourvoyeurs sur la rivière ou dans les environs, qui avaient entendu parler de « Pagayer pour l’autisme » par les médias, et qui nous encourageaient à s’armer. Nous sommes allés consulter un marchand d’arme de Montréal, qui connaît bien la région, et qui suggérait un fusil de calibre 12, avec des cartouches de chevrotine (dixit : « au cas où vous n’auriez pas le temps de viser ! »). La chevrotine, aussi appelée « Buck Shot » se compose de 9 plombs de la grosseur d’un pois, qui se déploient sur une bonne largeur. Je possédais déjà une arme de calibre 12, mais je doutais encore de l’utilité de celle-ci en canot. Elle représente en plus un poids non négligeable de 11 livres, de forme difficile à placer dans un canot. Qu’à cela ne tienne, nous avons décidé de l’apporter.

Étienne, Pierre-Marc, Benoit et Gérald. Raymond est derrière la caméra.

Comme je l’avais déjà mentionné, à notre arrivée à Schefferville, nous avons fait la connaissance de Jos Miquelon, un pagayeur ontarien solitaire qui descend la rivière pour une 5e fois. Son équipement est rudimentaire et il ne transporte jamais d’arme. Sauf qu’à sa dernière descente, il a couché au Twin River Lodge, où nous avons aussi couché le premier soir. Pendant qu’il dégustait tranquillement son petit-déjeuner, un ours s’est introduit dans le bâtiment principal, par un trou qu’il avait creusé dans une autre pièce. Jos se trouva alors face à face avec l’intrus, dans la salle à manger. Sans arme ou répulsif, il commença à lui lancer tout ce qu’il lui tombait sous la main : assiette, tasse, chaudron. Il l’invectivait de quitter les lieux en criant de toutes ses forces. L’importun rebroussa chemin pour revenir, debout, à la porte principale. Jos put à ce moment voir l’animal dans toute sa splendeur. Pendant plusieurs minutes notre plantigrade lui donna des sueurs froides pour enfin quitter les lieux. En blague, nous lui avons suggéré, pour une meilleure compréhension par l’animal la prochaine fois, de s’adresser à lui en français plutôt qu’en anglais.

Cette histoire, et bien d’autres entendues depuis, nous oblige à sans cesse nous surveiller lorsque nous campons ou marchons en forêt. Plutôt que d’avoir à nous servir d’une arme en cas de face à face avec un ours, nous avons opté pour la prévention. Jamais de nourriture ou de déchets laissés sans surveillance et jamais rien d’odorant dans la tente (comme de la pâte dentifrice, du déodorant ou du savon). Nos barils sont constamment fermés et goupillés. Les poissons sont nettoyés dans la rivière à bonne distance du campement et les vêtements avec odeur de poisson lavés ou placés dans nos barils. Si jamais la prévention ne suffisait pas, et que Yogi décidait de venir nous chiper notre panier de pique-nique, nous avons trois autres options. Un sifflet constamment au cou, un répulsif de poivre de Cayenne à portée de main et dans chacune des tentes une corne de brume (genre de flûte assourdissante utilisée sur les bateaux ou dans les événements sportifs). Il nous reste encore 12 jours de descente. Les nombreuses pistes et excréments d’ours nous satisfont amplement. La rencontre du propriétaire de ces lieux n’est pas dans la grille d’activité.

Rivière George 2005

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La « vague » à l’âme

23 juillet 2005
La « vague » à l’âme

Benoît : Enfin, c’est fait ! Nous avons finalement goûté aux fameux rapides de la rivière George. Après un an de préparation, de réunions, de planification, de lecture de récits, de grilles d’équipement, de menus, de courriels, de budget… nous avons dévalé ces légendaires rapides du Nouveau-Québec. Nous avions planifié une journée de repos aujourd’hui, mais le site où nous avons campé hier était loin d’être à la hauteur. Nous aurions préféré descendre les 5 derniers kilomètres, essentiellement des rapides de niveau 2 et 3, pour coucher dans un des nombreux bâtiments que possède Norpaq sur la George. On nous avait même mentionné que quelqu’un y serait et nous accueillerait. Mais ce n’était pas prudent. Nous avions pagayé nos 18 kilomètres prévus face à un vent franc nord. Il était tard, nous étions vannés et il était mieux d’attendre au lendemain. Malgré le niveau d’eau plutôt bas cette année, les vagues étaient effectivement impressionnantes. Tout autant que les paysages. Tellement que nous avons peu de temps pour les admirer. Spécialement une paroi rocheuse longue de 5 km, parsemée de neige, illuminée par un soleil qui perce des nuages gonflés de pluie. Ici le ciel nous semble plus large et plus haut que chez nous. Il semble s’éterniser. Arrêt vers 17 h 30 à un site entouré de montagnes dégarnies. Une jeune caribou solitaire nous regarde de la rive et s’avance pour satisfaire sa curiosité. Étienne s’arrête sur la rive pour l’approcher. Quand ce canoteur baraqué se lève, elle prend peur et quitte sans demander son reste. Une biche qu’il n’aura pas su séduire… Ayant manqué le trek en montagne de la dernière journée de pause, je me promets demain de faire le sommet qui surplombe cette vallée glaciaire. Ayant peu d’expérience dans ce type de randonnée, Raymond est partant pour m’accompagner.

Un soir sur la rivière George

Raymond : Journée fertile en émotions mais qui ne sera sûrement pas la dernière. J’avais un peu le trac à l’idée d’affronter les premiers rapides. Comment réagirait le canot avec tout son matériel à bord et comment moi, je réagirais devant ces rapides à fort débit. Il y avait une part d’inconnu, et c’est ce qui rend l’aventure si intéressante. J’oserais une analogie : la descente d’une rivière est comparable à une représentation théâtrale. La pièce débute lorsque nous mettons les canots à l’eau. Pendant que nous traversons les sections calmes de la rivière, je suis comme l’acteur en coulisse. À l’approche des rapides, j’entre en scène. Au moment d’attaquer les rapides, je donne la réplique à mon coéquipier. L’adrénaline et la concentration sont à leur comble. Même si je ne le vois pas de face, il me faut être attentif à ses moindres réactions. Être à l’écoute de ses instructions puisqu’il est celui qui aperçoit les obstacles en premier. Les yeux fixés sur la rivière, nous ne nous rendons pas compte de la vitesse à laquelle nous la dévalons. Nous n’avons pas de point de repère, sinon lorsque nous apercevons le fond de la rivière, qui est d’une grande limpidité, ou encore pendant un bref instant où nous jetons un regard sur la rive. Il est 22 h 30. Mes collègues jouent au poker et moi je vous laisse. Mes samedis soirs ont déjà pris fin plus tard… Mais demain, journée de repos. Questions ? Notre expédition ou nos textes suscitent des questions ou commentaires ? Posez-les nous, en moins de 50 mots si possible (technologie oblige) à l’adresse de courriel pagayerpourlautisme@vdl2.ca. Nous essayerons de répondre à une question par jour.

Rivière George 2005

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105 kilomètres de lac

22 juillet 2005
105 kilomètres de lac

Étienne : 105 kilomètres de lac. En canot. En une semaine. Le premier rapide commence à quelques minutes de distance. Nous le ferons demain matin. 105 kilomètres de lac avant les rapides, c’est comme dire à un grimpeur, un passionné d’escalade, qu’il part de Montréal pour aller grimper à Val-David dans les Laurentides. Mais qu’il doit y aller à pied. Nous, c’est en canot. Mais là, nous sommes enfin rendus. La vraie rivière commence demain matin. Gérald, en fin d’après-midi, a posé LA question : il y a une semaine, l’hydravion nous a laissés à la tête du lac, pourquoi nous n’avons pas demandé au pilote de nous déposer à la fin du lac ? Pourquoi ? Parce qu’on est une belle gang de freaks, comme me le faisait gentiment remarquer une collègue avant mon départ. Elle ne comprenait pas pourquoi prendre ses vacances d’été quelques part où il fait 12 degrés (comme aujourd’hui) et où une centaine de mouches noires se collent au moustiquaire de la tente pour attendre que la viande fraîche sorte (comme je devrai le faire dans quelques minutes). Ça ne règle pas la question : pourquoi ne pas s’être fait déposer à la fin du lac de 105 kilomètres plutôt qu’au début ? Peut-être pour que les milliers de coup de pagaie répétés comme un mantra me permettent d’entrer dans ma bulle, de prendre des heures pour faire défiler les pensées et les souvenirs. Hier soir, l’humidité froide m’a rappelé un voyage de ski de fond en Gaspésie. J’ai donc pensé à Nathalie, qui aujourd’hui a un bébé. J’ai pensé à Sabine et Jean, qui eux aussi ont un bébé. Quand mes partenaires de canot se sont mis à chanter, j’ai pensé à Sylvie et Ida, qui elles chantent bien, j’ai aussi pensé à Isabelle et Robert, avec qui j’écoute de la musique.

Un caribou

À raison d’un mètre par coup de pagaie, ça fait 105 000 coups de pagaie. Les pensées ont tout leur temps. Dans les rapides, mes pensées auraient été occupées par les rapides. Et puis, dans les rapides, nous n’aurions pas pu passer nos journées si près les uns des autres (nous avons attaché les trois canots en trimaran), et je n’aurais pas pu profiter du délire déconnant de la gang de freaks qui m’accompagne. 105 kilomètres donnent amplement le temps de déconner. Je ne vous ferai pas part des rêves érotiques de Gérald, des jokes de communistes de Pierre-Marc, des répliques plus rares mais souvent plus salées de Raymond, et des vitesses et distances mesurées en temps réel par le GPS de Benoît. Roger (le sixième membre de notre expédition que des responsabilités ont obligé à rester au sud), tu nous manques. Et si nous n’avions pas fait ces 105 kilomètres, nous n’aurions pas vu la centaine de caribous qui ont traversé le lac juste devant nous cet après-midi.

Rivière George 2005

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Branle-bas de combat !

21 juillet 2005
Branle-bas de combat !

Pierre-Marc : C’est confortablement assis à une table et surtout à l’abri des mouches et autres bestioles que je vais vous relater les détails trépidants et surtout croustillants de cette journée. Avant de vous expliquer la table et l’abri, je dirais que cette journée a commencé beaucoup plus tôt que d’habitude. Vous l’avez sans doute lu dans la chronique d’hier de Benoît, nous avons été confinés dans nos tentes, battues par un vent constant et fort, durant toute une journée. Gérald, Étienne et moi avons passé la journée à inventer mille et une variantes du poker (et à laver Gérald). Le vent a duré jusqu’au soir et après un bref conciliabule, nous avons décidé de nous coucher tôt pour être sur la rivière de bonne heure le lendemain matin. Ce qui m’amène à ce matin 6 h. Tout le monde debout, un rapide déjeuner et branle-bas de combat, on décampe à 8 h 40. Le temps n’était pas superbe, comme nous en avons eu dans les premiers jours, mais il n’y avait aucun vent et il ne faisait pas froid. Nous avions une certaine pression quant à la distance à parcourir. Nous avions perdu une journée et pour éviter de prendre du retard, il fallait rattraper les kilomètres. Nous avons donc passé une journée à pagayer. En fait, nous sommes restés dans nos canots, sans nous lever, jusqu’à 15 h 45 (7 heures sans arrêt). Ce fut tout de même une journée agréable, agrémentée de discussions peu sérieuses et de chansons rétro. Mais bonne nouvelle ! Nous avons réussi à faire les 18 kilomètres d’hier (mercredi) en plus de tous ceux que nous avions prévus aujourd’hui, soit un grand total de 33 kilomètres.

Nous avons élu domicile dans un des nombreux camps de chasse de Norpaq et relaxons depuis lors (peut-être un peu grâce aux installations à l’abri des mouches qui rendent la civilisation si douce…). Pour le souper, Raymond et Benoît ont pêché trois truites grises dont une de 2 lb pour Raymond. Pour moi, les points forts des deux derniers jours ont été le poker, l’imitation d’un mime par Raymond et l’avant-midi où Benoît a été notre tête de turc.

Troupeau de caribous

Raymond : Un peu avant-midi nous avons aperçu ce qui semblait être des rochers à la surface de l’eau. Nous avons rapidement constaté qu’il s’agissait de caribous traversant la rivière. Ils étaient une douzaine, jeunes et moins jeunes, insouciants de notre regard. Nous les avons regardés passer, émerveillés par leur présence. Un retardataire s’est retrouvé entre nous et le reste du troupeau, ne sachant si nous représentions une menace ou une simple distraction. Il rebroussa chemin puis se ravisa. C’était très certainement les premiers humains qu’il rencontrait. Le troupeau de la George compte 500 000 individus. Nous entrons au pays du caribou. Après le dîner, Benoît et Pierre-Marc nous ont servi leurs répertoires de chansons des années soixante et autres classiques des Classel. Faut-il y voir une relation de cause à effet, mais nous n’avons plus revu de caribou ni d’autres animaux de la taïga. Demain nous affrontons nos premiers rapides. Étienne a des fourmis dans les bras.

Rivière George 2005

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Qui sème le vent (2e partie)…

20 juillet 2005
Qui sème le vent (2e partie)…

Benoît : Je vous écris exceptionnellement en matinée plutôt qu’en fin de journée. Notre plage que nous croyions idyllique se révèle moins séduisante ce matin. Je suis prostré dans ma tente et tape avec le lap top posé sur ma valise Pélican, entre mes deux jambes. Notre journée a commencé à 0 h 36 ce matin. Des vents violents pliaient notre tente de façon disons inquiétante. Raymond et moi avons vidé les deux vestibules pour nous assurer que rien ne s’envole. Le bruit du vent sur la tente était assez assourdissant pour que nous ayons à crier pour nous entendre. Avant de nous coucher, malgré le calme, nous avions pris soin de défaire les poteaux de coin de la tente moustiquaire et d’y déposer les bagages les plus lourds. Grâce à Internet, nous savions que la journée du lendemain serait épique et espérions que notre équipement puisse tenir le coup (voir la météo de Kangiqsualujjuaq ).

Ce matin nous étions debout à 6 h 30 afin d’être sur la rivière assez tôt. En sortant de la tente, la température était de 9 degrés et le vent avait tourné plein nord. Il souffle de façon constante à près de 40 km/h. Sous-vêtements en polar, veste, coupe-vent, gants, cache-cou et tuque sont de mise. Finalement la vraie température du Nunavik ! Avec un vent pareil, aucune chance de pagayer aujourd’hui, ni de ravitailler nos voisins par hydravion. Après un copieux déjeuner de musli, nous nous dirigeons vers nos voisins américains pour leur offrir notre aide ou de la nourriture. Peter a les yeux cernés et Alana est affairée avec une jeune. Il me raconte que leur nuit a été fort occupée avec deux tentes détruites, des canots qui ont roulé sur la plage comme des fétus de paille et une adolescente qui a eu une crise inexpliquée, qu’ils ont dû traiter avec une seringue « épipen ». Ils attendent des nouvelles du pilote de l’hydravion parce qu’ils doivent évacuer la jeune fille, accompagnée d’une animatrice et de tout leur équipement. Peter m’avoue qu’ils ont eu très peur après les premiers symptômes (problèmes respiratoires, vomissements, maux de ventre, lèvres enflées et décolorées).

En écrivant ces lignes (11 h 30) j’entends le bruit d’un avion qui s’approche. À la suite de la lecture des nombreux récits de descentes de la George disponibles sur Internet, nous savions que les vents pouvaient être assez violents et nous garder dans notre tente pendant plusieurs jours. Citation optimiste : « Le bon côté à tout ça est que pour la première fois nous pouvons nous balader sans protection contre les mouches ». J’ai une pensée toute spéciale pour mon fils Antoine, qui célébrera demain, le 21 juillet, ses 16 ans. Il a toujours été l’ange gardien de notre fille Gabrielle et sans son soutien constant, elle n’aurait sûrement pas fait la moitié des progrès qu’elle a accomplis ces dernières années, malgré son autisme. Gabrielle et Antoine ont seulement 18 mois de différence.

Rivière George 2005

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Qui sème le vent…

19 juillet 2005
Qui sème le vent…

Qui sème le vent

Benoît : Aujourd’hui c’était jour de vacances, dans nos vacances. Pas d’heure de levée prédéterminée, pas de navigation, pas de stress. Après un déjeuner au muffin au chocolat à la Gérald, nous nous sommes divisés en deux groupes. Un groupe s’est dirigé vers le sommet de la montagne au nord de la petite pointe de la rivière Natikamaukau et l’autre vers les flots émeraude de cette rivière, histoire de ramener un souper de poissons. Pendant l’excursion, un rideau noir de pluie apparut sur le haut des montagnes de l’autre côté du lac. Nous étions déjà trop loin pour revenir au campement lorsqu’un vent, qu’on évalue à environ 80 km/h, se leva. Sur le bord du lac les vagues d’un mètre se brisaient sur la grève. Lorsque l’orage se calma, j’entrepris de marcher jusqu’au campement pour constater les dégâts. Et dégâts il y avait ! Les trois tentes Mountain Hardwear, réputées pour leur résistance au grand vent, avaient tenu le coup. Par contre la tente de Gérald et Pierre-Marc, moins bien ancrée que les deux autres, avait roulé sur plusieurs dizaines de mètres, pour se réfugier à l’abri dans la forêt, sans aucun dommage. Il y avait cependant blessures du côté de notre amie la tente moustiquaire. Celle-ci s’est repliée sur elle-même, sans quitter ses ancrages. Quelques poteaux ont plié, mais avec la magie du fameux Duck Tape nous arrivons à réparer les bris, tant bien que mal.

L'union fait la force

En jetant un coup d’œil à l’horizon nous apercevons ce que nous pensons être nos premiers caribous. Avec une lunette d’approche nous constatons que c’est une armada de 7 canots dont un est équipé d’une voile. Il s’agit de 2 groupes distincts de 6 et 1 canots. Le premier groupe du Maine, composé de 3 adultes et 9 adolescents, est à sa 12e journées de descente, depuis la rivière De Pas. Ils font partie d’un centre pour jeunes The Chewonki Foundation. Peter Ingram et Alana Beard supervisent cette descente d’un mois. Demain un avion viendra leur larguer des provisions pour les 18 jours à venir. L’autre canot, avec une voile de fortune, abrite Stéphane Genest et Yves Martin (pas la marque de sous-vêtement, nous fait-il remarquer). Ces derniers ont eu maille à partir avec un ours, un peu plus haut sur la rivière. À leur retour de la pêche, ils ont constaté que leur tente avait été déchirée par leur visiteur inopiné. La magie du gros ruban gris, si chère aux canot-campeurs, opéra de nouveau…

Rivière George 2005

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Quelle mouche vous a piqué ?

18 juillet 2005
Quelle mouche vous a piqué ?

Benoît : La plage où nous avons couché hier soir était littéralement infestée d’insectes piqueurs. Plus précisément de ces mouches avec un corps d’abeille que plusieurs reconnaîtront à leur opiniâtreté à nous survoler malgré le vent et les coups qu’on leur porte. Mais nous avions omis de vous parler d’une arme déterminante pour combattre cet ennemi particulièrement envahissant sur la George. Notre tente moustiquaire, élément on ne peut plus essentiel. En fait, on lui porte une dévotion sans borne. Elle nous permet de manger en paix, de fouiller dans nos bagages sans devenir fou, d’écrire ces lignes tranquillement en sirotant un scotch et de discuter avec nos compagnons sans constamment s’auto-frapper. Elle nous offre un répit un peu à la manière des « Répits de Gaby » pour ces enfants autistes qui nous inspirent dans cette escapade.

Grâce à notre technologie portative et imperméable, nous pouvons chaque soir aller chercher sur le Web la météo des 2 points les plus près du lieu de l’expédition, soit Schefferville et Kangiqsualujjuaq. Malgré notre éloignement de 350 km de ces 2 points, nous arrivons assez bien à prévoir la météo du lendemain. Hier on annonçait des vents de 30 km/h sud-est. Nous nous frottions les mains en prévision d’une journée avec vent dans le dos, notre trimaran et sa voile de 6 x 8. Déception : le vent ne s’est pas levé ou à peine. Nous avons pagayé quand même nos 18 km prévus en moins de 4 h 30. Notre site à Wedge Point est paradisiaque. Une plage de sable de 100 m de large et de 1 km de long. Aussitôt campés, le vent se lève, comme pour nous narguer. Détail intrigant sur notre site : des débris de crash aérien jonchent le sol (moteur, carlingue et cabine); un Cessna qui s’est sans doute abîmé dans la baie il y a plusieurs années. Cette rivière n’est assurément pas de tout repos.

Raymond : Ces 18 kilomètres, il nous a fallu les pagayer. Est-ce les crêpes au sucre à la crème, préparées par Anne, la conjointe de Benoît, qui nous donna l’énergie de nous rendre à destination ? En tout cas elles étaient délicieuses. Comme nos canots sont regroupés, nous avons l’occasion de jaser ensemble de tout et de rien. Après la pause dîner, sans que personne ne se concerte, nous nous sommes mis à pagayer en silence, concentrés sur la mécanique du mouvement nous permettant d’avancer, la pagaie devenant une extension de la main. On réussit à faire le vide autour de soi et on a l’impression que l’on pourrait tenir des heures. Ceux qui font du jogging savent de quoi je parle. Le lac de la Hutte sauvage est un élargissement de la rivière George d’une centaine de kilomètres. Cet après-midi, comme il n’y avait pas de vent, nous avons pu voir les poissons venir se nourrir d’insectes à la surface de l’eau. Nous apercevions la nageoire dorsale fendre l’eau avant de disparaître aussitôt. Arrivés à 16 h 30, nous avons pris le temps de nous baigner, ce que nous ne pourrons certainement pas faire dans 2 semaines. Demain, notre premier jour de pause, où nous planifions marcher sur la montagne qui surplombe le campement. Ce devrait être assez facile puisque celle-ci ne comporte aucune végétation, si ce n’est les aulnes sur la rive.

Rivière George 2005

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L’union fait la force

17 juillet 2005
L’union fait la force

Pierre-Marc : Après la journée du 16 juillet où nous avons réussi à parcourir une distance aussi surprenante qu’incroyable de 27 kilomètres au lieu des 18 prévus, nous avons commencé notre journée de dimanche avec des idées plein la tête pour améliorer notre système de voiles plus que rudimentaires formées de pagaies et de petites toiles. Après un déjeuner exquis composé exclusivement de gruau (mmmm du gruau !), nous nous sommes mis à construire un trimaran avec nos trois canots, solidement attachés les uns aux autres avec des perches. Nous avons installé notre nouvelle voile constituée cette fois de deux très longues perches et d’une immense toile que Raymond a sortie d’on ne sait où. Nous sommes demeurés très confiants à l’égard de notre système malgré le vent qui soufflait sur notre flanc, soit du côté nord-ouest. Après une heure de dérive mouvementée, de tentative aussi héroïque que vaine pour faire fonctionner notre voile, histoire de se la couler douce comme la veille, nos cinq pagayeurs se sont donc résignés à faire ce pourquoi ils avaient parcouru plus de 1 500 km, pagayer.

Personnellement, je suis de ceux qui préfèrent le vent à la pluie. Malgré une journée éreintante à combattre les rafales, les vagues et la dérive incontrôlable de notre embarcation, c’est toujours mieux qu’une %#* journée de pluie. Nous avons passé ainsi toute la journée à pagayer à quatre avec Étienne à la barre de notre fierté, aussi frêle soit-elle. Au bout de plusieurs heures de canot et de 12,5 km, nous nous sommes installés sur une langue de sable qui s’avance dans l’immense lac de la Hutte sauvage. Est-ce que nos héros étaient arrivés au bout de leurs peines ? Non… encore des traces d’ours, mais cette fois d’un petit de l’année. Il s’agira de bien faire attention pour l’entreposage de la nourriture et de bien brûler les déchets. Pendant que j’écris ces lignes, Étienne arrive justement avec deux superbes truites grises qu’il vient tout juste de pêcher et qui pourront agrémenter le riz de ce soir. Malgré la grande difficulté que représentait la traversée du lac avec un vent de face, nous avons mis à contribution la célèbre maxime : l’union fait la force.

Rivière George 2005

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