October 2008

Quand vous serez mort, où passerez-vous l’éternité ?

Lors de mon dernier compte-rendu, nous rissolions sur une plage de Virginie au pays de l’essence à $0.60 le litre et du slogan religieux percutant sur les panneaux d’autoroute. Ma pub religieuse préférée à vie, en lettres de 10 pieds : « When you’ll be dead, where will you spend Eternity ?» « Euh, dans mon cercueil, monsieur ? ». J’ai retrouvé le site web de cette église funeste. À vous glacer les sangs et vous décourager de pratiquer vos péchés capitaux favoris.

Mon fils Antoine était bien au rendez-vous à l’aéroport de Norfolk. Après un arrêt obligé à la plage pour s’humecter de l’air salin, il décidait de faire saucette malgré le mauvais temps et les vagues capables de vous édenter un morse.

Court trajet de 2 heures dans les marais de la Caroline pour rejoindre une mince bande de sable de 160 km appelé « Outer Banks » littéralement « les bancs de sable extérieurs ». Beaucoup moins connu que les archi-commerciales plages de la côte est américaine, les incontournables de ces îles restent Cape Hatteras, Rhodante, Kitty Hawk et Nags Head. Cet endroit est réputé pour ses dunes protégées, ses nombreux parcs, ses maisons sur pilotis et l’incontournable musée des flyés frères Wright.

Malheureusement notre court séjour sera copieusement arrosé et balayé par le vent glacial de l’Atlantique. Mais n’écoutant que notre courage nous avons quand même pris le temps de s’imprégner de l’atmosphère unique des dunes et du caractère relativement sauvage de ce coin de paradis. Notre camping « The Refuge » sur l’île de Roanoke, entouré de hautes herbes qui deviennent les quartiers d’hivers de nos outardes.

Notre retour de 4 heures vers la résidence de Laurence, où Antoine passera la semaine, se déroule sous la pluie battante. Les vents balayent les nombreux ponts qui rattachent les îles à la terre ferme. Aucun excès de vitesse au programme.

Cette randonnée de 10 jours, de 4,500km, s’est relativement bien déroulé malgré que le voyage fut épicé au retour de problème de fouille impromptu à la douane et de pannes de pneumatiques (un pneu a rendu l’âme, suivi quelques heures plus tard d’une autre crevaison causée par un clou).

« Y’en aura pas de facile » m’a rappelé le philosophe Jacques Demers.

En fin de récit, j’ai conservé le point tournant de notre voyage; la visite de la ferme pour autistes représente pour nous le coup de cœur de ce voyage. Connu sous le vocable « Carolina Learning and Living Center », cette immense propriété de 79 acres héberge en permanence une quinzaine d’adultes autistes de 22 à 50 ans. Associée à l’université de la Caroline du Nord, ce centre permet à ces adultes handicapés de se réaliser dans différents travaux extérieurs et intérieurs. Ils s’adonnent à des passe-temps stimulants comme la confection artisanale de savons, de pots-pourris ou d’arrangements de fleurs séchées, tout ça avec des plantes et fleurs cultivées dans leur jardin. Ils font pousser leurs propres légumes dans un potager adapté, muni de caissons surélevés pour pallier à leur manque de motricité.

Ces autistes possèdent leur propre chambre, décorée selon leurs intérêts. Toute leur vie ils y vivent, mangent et travaillent en communauté avec les intervenants. Les différents bâtiments sont en fait de grandes maisons et n’ont rien en commun avec un centre hospitalier. Le ratio handicapés/intervenant est de 2 pour 1, le jour et de 4 pour 1, la nuit. Plusieurs résidents sortent la fin de semaine ou pendant les vacances pour visiter leur famille.

Ils disposent de bâtiments de ferme, de machinerie, d’une immense cuisine, ateliers, salles de séjour er d’un lac pour la pêche, tout ça financé par l’UNC qui y effectue des recherches sur des nouvelles approches béhaviorales. Le fonctionnement quotidien est financé par le gouvernement, grâce aux allocations normalement allouées aux handicapés.

Dans quelques années, Anne et moi aimerions mettre sur pied un centre d’hébergement semblable à celui-ci afin d’assurer à notre fille un avenir heureux, avec des activités stimulantes dans un milieu gratifiant. Lorsque nous aurons quitté ce monde, nous espérons que cet organisme pourra s’occuper de notre fille, et des autres autistes adultes que nous encadrons depuis 10 ans, et ce pour l’éternité…

Voyage Caroline 2008

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I love the Jet noise

Laurence, Gaby, Anne et moi se payons une penaude ballade de 4 heures de Raleigh à Virginia Beach, sur des routes de campagne à double voie. Le paysage tacheté du blanc des champs de coton prêt à la récolte, alterne avec les plantations d’arachides. Moi-même adepte inconditionnel de cette noisette divine, nous décidons d’arrêter chez le cultivateur pour savourer le fruit croquant. D’immenses remorques pleines de cacahuètes séchées font la queue pour la pesée avant d’être ensachées pour la vente.

Dans ma tendre jeunesse, j’étais venu passer des vacances sur cette plage commerciale. J’avais de vagues souvenirs du « boardwalk » mais surtout de l’immense quai en bois qui s’avance dans la mer, soutenu par des centaines de poteaux plantés de façon anarchique. Je me souvenais qu’il fallait payer pour y accéder. C’est encore le cas. De la série de motels miteux de mon enfance, il ne reste à peu près rien. Les Marriott, Hilton, Sheraton et Westin de ce monde ont acheté ces lots pour y construire des murs de dizaines d’étages qui bloquent la vue à la mer à partir de la passante « Pacific ». Ces hôtels restent quand même élégants vus de la plage, avec leurs couleurs pastels passant du jaune, au vert lime et au rose.

Ce soir je cueille mon fils Antoine à l’aéroport de Norfolk, à 30 minutes d’ici. Il vient nous rejoindre afin d’intensifier sa semaine de relâche en séjournant avec sa sœur à visiter les « sorority » de l’Université de North Carolina. Puisque la libération de la madame a fait beaucoup de chemin depuis que j’ai quitté cette institution sacrée, j’appris que maintenant les étudiantes universitaires américaines demeurent ensemble dans de grandes résidences en s’adonnant aux mêmes passes-temps frivoles que les garçons.

Jeudi soir, 20h00, il fait 35 degrés dans l’immense camping de 300 places, à moitié vide, de Virginia Beach. Un immense drapeau du Québec nous a salué à notre arrivée. Un méga-camping propre, bien organisé et ceinturé de pins. Peuplé principalement de retraités, souvent accompagnés de leurs enfants avec des bébés, il est situé à la limite du « Naval Air Station Oceana », un aéroport militaire de 15km2. Cette base d’une vingtaine d’escadrons de F18 génère un vrombissement assourdissant qui fait vibrer les roulottes, et un peu moins nos cœurs. Même le son du climatiseur n’arrive pas à enterrer le sifflement de ces avions magnifiques mais incommodants.

Pour justifier cette pollution sonore, si près d’un centre de villégiature de cette importance, j’ai même vu sur le pare-choc d’un résident « I love the Jet noise ». De la propagande militaire sans doute efficace pour les américains mais pas pour les étrangers. Je vais sans doute attendre encore 40 ans avant de revenir.

Voyage Caroline 2008

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Au pays de Sean McDoughy

Appareillage à l’aube vendredi, en ce grand jour du 50e anniversaire de l’élue. Une petite nuit pour moi et encore plus brève pour « ma » pilote improductive, qui lutte contre le sommeil, la tête dans la carte routière. Le beau temps nous accompagne pendant que nous tricotons 1 500 km jusqu’en Caroline du Nord. Pour éviter la périlleuse autoroute 95 et ses mégalopoles américaines, nous optons pour les paysages bucoliques et coloris automnales des Appalaches pennsylvaniennes. Après la « pittoresque » 401 jusqu’à Kingston, nous rejoignons le poste frontalier des Mille-Îles. Après 8 minutes d’attente, nous descendons nonchalamment cette autoroute sans histoire, sans grandes villes, enclavée dans une longue vallée sylvestre de 1 000 km. D’ailleurs la Pennsylvanie tire son origine du mot « Penn», montagne et sylva, forêt en latin.

Remorquer une caravane exige un minimum d’attention. Dans les montagnes, il est difficile de dépasser les limites de vitesse sans mettre sa quincaillerie à l’épreuve. Doubler d’autres véhicules requiert de la planification du fait que votre angle mort est très vaste. Même les entrées et sorties d’autoroutes demandent de la concentration pour éviter de « couper » les autres véhicules qui souvent roulent plus vite que vous.

Après 18 heures de routes, entrecoupées de courts arrêts pour les services essentiels, nous arrivons chez notre fille aux petites heures du matin. Quelques zigzags nocturnes sur le gigantesque campus de l’Université de la Caroline du Nord nous préparent à un sommeil réparateur. Ce campus fut fondé en 1789 et compte 40 000 personnes. Aussitôt debout, nous sommes d’attaque pour 4 jours de mondanité : plusieurs sessions de magasinage, un souper chez un professeur, un souper de groupe avec sa famille d’accueil, d’autres boursiers et les colocs de Laurence, visite de la responsable de la fondation Moorehead et une visite au centre TEACH pour autistes. Nous cassons aussi la croute avec un boursier qui projette un petit voyage de 40 000 km en vélo de l’Alaska jusqu’en Terre de feu, en passant par Terre-Neuve, en offrant les dons canadiens aux « Répits de Gaby ».

Ce soir, relaxation devant la soirée des élections sur Internet. Demain, la visite de la ferme pour autistes de l’UNC et départ pour la plage… Il fera 30 degrés les 3 prochains jours. Giga-château de sable à l’horizon, au pays de tous les Sean McDoughy* de ma fille…

* Sean McDoughy est un personnage créé par mes fils. Il est l’archétype de l’étudiant américain, de famille aisée, qui étudie dans les grandes universités américaines parce que c’est la tradition. Il vit dans une “fraternité”, s’habille en preppy, et fréquente les jeunes filles à maman, qui ont comme priorité à l’université de se trouver un riche fils à papa. Cette référence n’est pas de moi mais de ma fille, sur le terrain…

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Ma psychothérapie gitane

Pour célébrer la cinquantaine de ma partenaire de tandem des 25 dernières années, nous avons décidé de revivre notre enfance. Pas de saut en bungie, de chirurgie plastique ou de drogue biologique. Non nous avons opté pour un voyage en roulotte.

En fait nos 2 familles se ressemblent beaucoup. Comme la majorité des couples des années 50, nos parents ont opté pour la famille nombreuse. Ma belle mère s’est mérité 9 grossesses en 14 ans et ma mère, 8 grossesses en 10 ans. Nos pères étaient adeptes du camping, particulièrement du caravaning. Aussi loin que ma mémoire remonte, je me rappelle de mes vacances à la plage d’Atlantic City, de Virginia Beach, de Myrtle Beach mais aussi d’interminables voyages en 1967 dans l’Ouest canadien et en 1968 dans l’Ouest américain. Une tribu de 9 campeurs (6 enfants, la gardienne et mes parents) parcourant 10,000 km en 30 jours, ponctué de trop rares arrêts. Canalisant mal mon énergie, je trouvais difficile de rester assis pendant 5 heures, entassé entre 2 de mes frères, à jouer à « rouge ou noir ». Mes voyages en roulotte n’ont jamais été admis dans le « Hall of fame » de ma vie.

Dernièrement ma compagne tenta de me persuader du plaisir de faire un court voyage avec notre fille cadette, dans une roulotte à patates frites. Je tentais de l’en dissuader, sans succès. Puis l’ultime demande. « Pour mon 50e anniversaire, j’aimerais rendre visite à notre fille sur son campus aux USA. Nous pourrions en profiter pour observer l’infrastructure mis en place par l’Université pour 15 adultes autistes et le pavillon du programme Teach de l’Université de Caroline du Nord ». Et le coup de grâce « Pourquoi ne pas louer une roulotte ? » Laurence nous suggère même de visiter CampHill Village où l’on intègre dans la vie communautaire une centaine d’handicapés mentaux près d’Albany, NY.

Après tout, ses 50 ans, Gaby à la plage, les fermes pour autistes et Antoine qui nous rejoint en avion pour sa semaine de relâche ; un scénario de rêve. Je me laisse convaincre. Ma sœur nous prête sa roulotte avec 3 lits doubles. J’ai un nouveau camion qui peut tirer cette remorque sans problème. L’horaire est fait, la roulotte est pleine, le prix de l’essence a baissé. Les astres sont alignés…

Tous à bord pour mon voyage thérapeutique manouche.

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