December 2008

L’autisme ou l’origine de la raison

Dans quelques semaines, mes 4 enfants seront «légalement» adultes. Le 11 janvier 2009, ma fille cadette aura 18 ans. Elle est belle, souriante et autiste. J’écris «et autiste» plutôt que «mais autiste» parce qu’au fil des années Anne et moi avons accepté son état, accepté ce qu’elle est et ce qu’elle ne sera jamais, sans compromis. Après les étapes de questionnement, de diagnostic, de déni, de remise en question et de combat, nous avons finalement rejoint la phase la plus difficile à atteindre, l’acceptation. Après cette paix de l’âme retrouvée, il fait bon vivre avec ce rayon de soleil constamment posé sur nous. Tout comme cet astre céleste, elle nous éblouie souvent beaucoup trop, brûle notre énergie, nous épuise mais réchauffe notre cœur sans ménagement.

Je ne suis pas psychologue, ni intervenant en autisme et je n’aspire pas à le devenir. Je ne suis qu’un simple parent. Un parent en contact avec plusieurs enfants autistes, grâce à l’organisme que nous avons mis sur pied il y a 10 ans et qui offre du répit aux familles d’enfants autistes dans Lanaudière. « Les Répits de Gaby » nous a permis de mieux connaître les comportements atypiques de ces enfants, que l’ont retrouvent souvent à des degrés moindres chez les gens dits «normaux». Mon commentaire d’aujourd’hui tentera de faire le parallèle entre le comportement de ces enfants et celui du reste de la société. Vous verrez que nous avons tous, à différents degrés, des comportements autistiques.

L’autisme est fascinant à plusieurs égards. En examinant leurs agissements, j’ai dénoté plusieurs traits autistiques chez mes amis, connaissances, collègues, membres de ma famille et bien sur, chez ma propre personne.

Le DSM IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) dresse une liste de critères diagnostiques pour aider les professionnels de la santé à étiqueter ces enfants bizarres. Ce livre a été déterminant pour nous dans la découverte du syndrome de notre fille. Peu importe la compétence du médecin, les parents sont les seuls à pouvoir valider ou invalider cette liste auprès de leur enfant.

Voici cette liste de 12 éléments, en langage simple, regroupés en 3 blocs. Je vous donne quelques agissements d’autistes et d’autres exemples de comportements semblables (de mon cru) qui existent chez les “non-autistes”.

1. Altération qualitative des interactions sociales

A. Difficulté à décoder le langage non-verbal (mimiques faciales, contact oculaire, gestes ou postures corporel)

  • Autiste : Impossibilité de décoder les émotions chez les gens comme la tristesse ou la douleur. Incompréhension des conventions sociales comme donner une poignée de main ou saluer.
  • Non-autiste : Refus de regarder les gens dans les yeux, qui est une forme de communication. Absence d’empathie face aux émotions ou à la souffrance des autres

B. Difficulté d’interagir avec les autres

  • Autiste : les individus sont des meubles. Ils n’ont de l’intérêt qu’à cause de leurs bijoux, vêtements ou gadgets électroniques
  • Non-autiste : les gens interagissent souvent avec d’autres par convention, en parlant de la météo mais sans vraiment vouloir entrer en relation.

C. Difficulté à partager ses intérêts avec les autres ou même à désigner du doigt ce qu’il l’intéresse

  • Autiste : Refus de parler de leur journée ou de ce qui les tracassent.
  • Non-autiste : ce trait se retrouve chez beaucoup d’hommes qui refusent de partager ce qu’ils ressentent.

D. Refus de participer à des jeux en groupe

  • Autiste : le simple fait d’être en groupe créée une très grande anxiété parce qu’il n’arrive pas à décoder les autres.
  • Non-autiste : Nos symptômes fréquents d’agoraphobie dans une foule, à un spectacle ou dans un centre commercial.

2. Altération qualificative de la communication

A. Retard ou absence du langage

  • Autiste : on pense souvent à tort qu’ils sont sourds ou muets. Pour éviter l’anxiété de communiquer, même le langage gestuel est sous utilisé.
  • Non-autiste : le mutisme dans lequel se réfugient beaucoup de personnes dépressives ou épuisées.

B. Pour ceux possédant le langage, incapacité d’entretenir un dialogue

  • Autiste : Un long monologue, souvent déjanté, sans égard au fait que vous êtes ou non intéressé par ce dont il parle.
  • Non-autiste : les gens qui parlent sans arrêt, sans écouter les autres. Si jamais vous réussissez à placer un mot, il continue comme si vous n’existiez pas.

C. Utilisation déficiente du langage (répétition, écholalie, sons ou bruits)

  • Autiste : langage obsessif sur un sujet, une expression ou une idée fixe.
  • Non-autiste : la personne qui a peu de sujet de conversation et répète sans arrêt ce même sujet ou expressions (par ex. les sports).

D. Absence de jeu « de faire semblant »

  • Autiste : l’impossibilité de saisir ce qui est abstrait ou ce que l’on ne voit pas. La difficulté de comprendre que les gens qui quittent une pièce ne les abandonnent pas
  • Non-autiste : Ceux qui ont de la difficulté avec le théâtre, le cinéma ou même la religion qui nécessitent un assez haut degré d’abstraction.

3. Caractère restreint, répétitif et stéréotypé des comportements, intérêts et activités

A. Centres d’intérêts limités, anormaux dans son intensité et leur orientation

  • Autiste : la fascination des autistes pour les modes de transport (avion, train, automobile, camion).
  • Non-autiste : Tous les collectionneurs d’objets sans buts d’investissement (cartons d’allumettes, assiettes, bouchons de bière…).

B. Attaché à une routine répétitive et dysfonctionnelle

  • Autiste : Doit constamment manger la même chose, à la même heure avec un horaire planifié d’avance.
  • Non-autiste : Ceux qui s’adaptent mal à un changement d’horaire soudain ou des situations nouvelles non-planifiées.

C. Maniérismes répétitifs et associables

  • Autiste : l’autostimulation avec des objets hétéroclites comme des feuilles mortes, des billes de couleurs ou le son des clefs.
  • Non-autiste : les ongles que l’on ronge, le tremblement de jambe et tous les comportements associables dans les lieux de travail, sans égard aux autres…

D. Préoccupations persistantes pour des parties d’objets

  • Autiste : fixation pour les roues des véhicules, les murs de briques, l’eau qui coule.
  • Non-autiste : les obsessions pour les cellulaires, les bibelots, les souliers, sa haie de cèdre, ses vidanges :-)

À force de lire sur l’autisme et d’analyser le comportement de ces enfants (même adultes, ils demeurent des enfants) je me suis rendu compte que ces enfants ressemblent probablement à ce qu’était le genre humain à ses débuts, avant son évolution, avant l’apparition de la raison. La raison qui dicte maintenant les comportements sociaux, l’interaction entre les individus dans une société, les membres d’un groupe ou d’une famille. Cette raison semble inexistante chez un autiste. Elle y est surement mais atrophiée, par je ne sais quel problème. Comme les animaux, ils agissent beaucoup plus par instinct que par raisonnement.

Lisez les autres chroniques sur ce propos: RÊVEZ-VOUS D’ÊTRE BÉNÉFICIAIRE DE L’AIDE SOCIALE

Autisme

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Les barrages d’Hydro-Québec seraient responsables du déclin des populations marines du fleuve St-Laurent

Telle est la conclusion d’un rapport de Nature Québec et révélé par un article de Louis-Gilles Francoeur dans l’édition du 12 décembre dernier du Devoir.

« Le mémoire du groupe environnemental estime que 90 % des eaux douces qui atteignent le Saint-Laurent y sont désormais déversées en dehors des cycles naturels dont les espèces ont besoin pour se reproduire et s’alimenter. Et ce sont les barrages et la production d’électricité qui sont à l’origine de cette modification déterminante, jamais évaluée globalement par Hydro-Québec, qui pourrait expliquer le déclin de plusieurs espèces du golfe. »

En contrôlant l’apport des flux des rivières dans de gigantesques bassins et en les déversant de manières régulières et non selon les saisons, comme cela se fait depuis plusieurs millions d’années, Hydro-Québec amplifie la déprédation des espèces qui survivent grâce à ces cycles.

Une comparaison boiteuse mais imagée: C’est un peu comme si Hydro-Québec, pour éviter les variations de températures saisonnières, décidaient qu’au Québec il ferait toujours 12 degrés Celcius à longueur d’année. L’impact sur les écosystèmes serait catastrophique. Et ils le sont.

À force d’harnacher sans vergogne nos attraits naturels et de ne penser qu’au profit, notre national vache à lait tue le St-Laurent, un héritage précieux qui a assuré, pendant plusieurs siècles, la survie singulière de notre peuple.

Environnement
Opinion

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Une descente de nuit à Val St-Côme

Il paraît que je suis en vacance. Deux “post” en 2 jours. Il s’ennuie le bonhomme ?

Voici une vidéo de 3 minutes réalisée par une amie américaine de ma fille, dimanche soir dernier, sur les pistes enneigées de Val St-Côme. Vous verrez les filles s’éclater en ski dans les sous-bois, accompagnées d’une douce neige poudreuse. Remarquez le soufle haletant de Vanessa qui me fait vaguement penser à “Blair Witch Project”.

Come on down, le beau-père!

Ma caméra

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Démangeaisons des fêtes (2e partie)

Le 26 juillet dernier, j’ai dressé une liste énumérant 65 petits comportements désagréables de la nature humaine. J’avais noté au fil des semaines les petites choses qui me faisaient intérieurement dire “Quel petit con”, “Pauvre type” ou encore “ça prends-tu un %#& d’effronté”. Je voulais aller au delà du gars qui te vole ta place de stationnement ou de la madame qui prends 2 sièges dans l’autobus. Une liste de petites choses anodines mais « tappantes » sur les nerfs. Pour ceux qui ne me connaissent pas: dans ma jeunesse, le capitaine Haddock était mon maître à penser.

L’humoriste bien connu Martin Petit a noté ma liste dans la chronique de son blog du vendredi 12 décembre. En moins d’une semaine, cette mention a généré sur mon humble site plus de 350 visiteurs. Je venais de me rendre compte que mes petits billets, que je destinais principalement à mon cercle d’amis (assis autour d’un feu de camp), ma famille et mes collègues, ne m’appartenaient plus. Ma prose de banlieue se trouvait maintenant catapultée dans la blogosphère, une espèce d’environnement zoologique, qui apporte son lot de réjouissance mais aussi de frustration. On s’en reparlera prochainement.

Pour satisfaire les lions dans l’arène, voici 13 autres items que j’ajoute à ma tristement célèbre liste (promis je vous en donne seulement 13). Des restants de dinde, avant Noël…

  1. Le dentier de nos stars qui flacote. SVP, messieurs Daniel Lemire, Claude Poirier ou sénateur Jean Lapointe, trouvez-vous un meilleur denturologue.
  2. Les adeptes de twitter ou du «Que faites-vous en ce moment» de Facebook qui nous cassent les couilles avec des commentaires comme «j’ai présentement des problèmes intestinaux» ou encore «je n’ai pas d’amis faque je nettoie mon nombril» ou autre «qu’est-ce que je pourrais écrire dans mon profil pour partager la vacuité de mon existence?».
  3. Les feux de croisement bleutés et éblouissants, principalement d’automobiles de luxes allemandes ou japonaises. Y’a-t-il quelqu’un au gouvernement qui va mettre ses culottes pour les interdire ?
  4. Toutes les publicités insidieuses de Loto-Québec. Le gouvernement devrait prendre ces 30 secondes pour éduquer la population en leur indiquant qu’il est strictement impossible de s’enrichir en mettant sa paye dans ses machines à sous. En fait publicisons que 40% des mises enrichissent le gouvernement et que les casinos ne servent qu’à taxer la bêtise humaine. Communiquons que vous avez une chance sur 3 millions de gagner le gros lot, soit l’équivalent d’ouvrir le bottin de la ville de Montréal et de tomber directement sur votre nom.
  5. Le prix de l’essence qui grimpe méthodiquement de 10 cents la nuit, en milieu de semaine, pour redescendre le dimanche soir. Une façon déguisée d’exploiter les familles qui n’utilisent leurs véhicules que la fin de semaine (Mario, sort de ce corps).
  6. Le cadre “busy-body” qui marche sur le trottoir en lisant et en écrivant sur son Blackberry. Ça me rappelle les prêtres de mon enfance qui lisaient leur bréviaire dans la cours du Séminaire, en marchant dans les sentiers sur le bord de la rivière. J’espérais en silence qu’ils trébuchent. Je sais, je vais aller en enfer…
  7. Les métiers qui subissent la féminisation à outrance. Mon hit-parade du mauvais goût : le facteur et sa “factrice”, le courtier qui est maintenant “courtière” et l’auteur qui se transforme en “autrice”… L’office de la langue française proscrit la féminisation en “eure” pour éviter que la féminisation en “euse” ou en “ice” soit vue comme inférieure. Tout ça financé avec nos taxes…
  8. Le gars qui porte toujours la maudite “barbe de 2 jours”. à la ministre Béchard. Aucune raison logique. Une mode qui me tape juste sur les nerfs. Surtout quand ta barbe est clairsemée comme celle de Guy A. Lepage.
  9. Les affiches en anglais sur les autobus de la STM. On peut les voir depuis de nombreuses années pour promouvoir les émissions anglophones de CTV. Fait délibérément pour contourner la loi 101 sur l’affichage. La recette : on utilise une expression française mais anglicisée comme “hors d’oeuvre” ou “a la carte” et on y ajoute le nom de l’émission anglaise. Bon appetit, carte blanche, creme de la creme… You get the picture?
  10. Les chiens fous et dangereux reflétant le caractère de leurs propriétaires.
  11. Vous roulez dans la voie du centre sur l’autoroute et clignotez pour accéder à la voie de droite afin de prendre la sortie. La voiture vous précédant, dans la voie auquel vous voulez accéder, décide délibérément d’accélérer pour vous fermer l’accès. Où ai-je entreposé ma carabine ?
  12. Un collègue ou une connaissance qui désire te rencontrer avec ta douce moitié pour te proposer une bonne affaire qui s’avère être un réseau pyramidale à la “Amway”. Moi, commander mon papier de toilette par la poste ? Mesemble…
  13. Dans l’interminable escalier mobile, celui qui n’a pas compris que la voie de gauche est destinée à ceux qui veulent avancer. Un “pas vite” dans la voie rapide.

Pour terminer sur une note plus cérébrale, permettez moi de vous présenter une pub choc en anglais, que j’ai remarqué en français dans le magazine “Coup de pouce” de décembre (je suis un intellectuel), où l’on fait le parallèle entre des frites et une augmentation mammaire. En fait, je n’avais même pas remarqué que c’était une annonce de frites. Cliquez sur l’annonce pour “grossir” le texte…

Plaisantin

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Un peu de pitié pour Mario

J’ai toujours eu un sentiment d’indulgence envers Mario. Un peu comme tu en as pour le grand laideron qui se présente comme président de ta classe et essaie de te convaincre, dans son discours de mise en candidature, que lorsqu’il sera président nous aurons une fantastique classe neige au Colorado. Dès sa scission à 21 ans avec le Parti Libéral de Robert Bourassa, au lendemain de l’avortement de l’accord du Lac Meech en 1991, jusqu’à sa démission cette semaine, il m’a toujours fait un peu pitié.

Au printemps 2007, malgré un discours de droite, il a su profiter de l’écoeurantite chronique contre Charest et de la peur du « gay, ancien drogué, qui parle drôle ». Comment un ti-cul « fils de fermier » du Bas du fleuve, frais émoulu de l’Université Concordia en économie, a pu faire élire 41 députés avec 36% des votes ? Ça relève de l’opportunisme politique.

Ces dernières semaines, je l’écoutais discourir en répétant à toutes les 2 phrases “la classe moyenne” et “la famille”; il me décontenançait. Personne n’est contre la famille, la grande majorité des citoyens en ont une, même si elle n’est pas «traditionnelle» mais souvent «crémeuse». Personne non plus n’est contre la classe moyenne, qui couve à peu près tout l’espace sous la cloche démographique, laissant les riches et les pauvres aux 2 extrémités de la courbe.

Mais son discours le plus démagogue il l’a tenu pendant les audiences Taylor-Bouchard où il alimentait la hargne contre ceux qui veulent nous empêcher de fêter Noël. Il a aussi dépassé les bornes la semaine dernière avec ses propos odieux devant les personnes âgées (en fait très âgées), hautement dépendantes de leur pension et de leur résidence administrée en grande partie par le gouvernement. De la politique indigne et un véritable déshonneur pour la vocation de politicien.

Mario a pourtant des idées de réforme intéressantes. Il voulait réformer “les gouvernements” à l’intérieur du gouvernement (commission scolaire, SAQ, Hydro-Québec, hôpitaux…). Beaucoup de payeurs de taxes étaient d’accord pour amincir l’appareil d’état et redonner les institutions aux citoyens. Mais là où il perdait sa crédibilité, c’est lorsqu’il voulait tout bulldozer au profit d’un état sans substance. Au lieu d’y aller au scalpel, il aurait dépecé notre état providence à coup de hache. Un discours à la Thatcher-Reagan qui fait peur à ceux qui ont déjà vu neiger.

Hier matin, j’ai entendu le maire d’Huntingdon, l’avocat « Té-cul-esseque » polémiste facho, qui tâte le terrain et reluque la chefferie de cette poule maintenant sans tête. Si ce gars là prend la tête de l’ADQ, cette organisation aura disparu de la carte en moins de 2 … ans. Il entraînera dans son sillage tous les réactionnaires à la Gilles Proulx, André Arthur ou Benoit Filion, qui nous feront quand même rire un bon coup. Du bon manger pour les humoristes et caricaturistes.

Tu me manqueras Mario. Je m’étais tant bien que mal habitué de voir tous les jours ta face de méchant “fâché” redresseur de tort. Je te souhaite bonne chance et espère te revoir un jour dans un rôle plus sympathique, peut-être dans une émission de variétés, la perruque t’allait si bien.

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Ministère de la Santé et des Services à la clientèle

Nos services de santé ont mauvaise presse depuis leur nationalisation il y a 35 ans. Hôpitaux engorgés, liste d’attente interminable, infirmières débordées, médecins rares et plafonnés, chambres qui tuent, CHUM qui s’éternise…

J’ai le privilège d’avoir dans ma famille quelques disciples d’Esculape, en plus d’une assurance santé privée qui me permet d’avoir accès à la 2e vitesse de la médecine. Alors je n’ai jamais vraiment vécu l’expérience du québécois moyen qui utilise les services de santé, offert par notre bon gouvernement.

Lors de ma plus récente mise-au-point annuelle, offert par ma clinique « de riche », le médecin me recommande, principalement à cause de mon âge vénérable et l’historique de ma famille, d’aller passer une colonoscopie. Colonoscopie ? Comme dans « Colon et télescope ? ». J’ai alors senti mes entrailles se serrer. Était-ce causé par la peur de l’examen ou par le fait que j’aurai à affronter le labyrinthe des services publics de santé?

Une colonoscopie (ou coloscopie) se compare à l’envoi de la sonde « Voyager » dans 6 pieds de ta tuyauterie intime, tunnel exigu et sinistre. Comme l’aurait dit le capitaine Kirk : « La mission: Explorer de nouveaux mondes étranges, découvrir de nouvelles vies, d’autres civilisations, et au mépris du danger, reculer l’impossible”

En fait cette sonde, qui ressemble à un long tuyau flexible de lumières de Noël, se ballade à partir de ta sortie des artistes jusqu’à l’intestin grêle. Départ vers le sud, ensuite virage plein nord, en zigzaguant de gauche à droite dans tes viscères. Pour faciliter la traversée, on lubrifie l’orifice du client tout en lui gonflant la chambre à air, procédure qui engendrera des désagréments dont je vous reparlerai.

Pour diminuer l’inconfort du client, et surement du médecin, cet examen se fait sous anesthésie légère, l’équivalent d’une sieste, plutôt qu’un gros somme. La veille, pour vous motiver à vidanger vos canalisations, on vous oblige à ingurgiter, pendant 4 heures, l’équivalent d’un gallon d’eau de javel d’un produit infecte. Le mal de cœur accompagne vos allers-retours sur le trône. La nuit qui précède ce voyage intérieur, votre sommeil s’accompagne de rots, ballonnements et dans mon cas d’une migraine carabinée.

Habitué au tapis feutré de la médecine privée, aux sourires artificiels des infirmières boostées, au buffet continental, expresso et journaux du matin, j’appréhendais ma visite à St-Luc avec une certaine anxiété. Je me voyais me cogner à une réceptionniste à moustache, trop occupée par son magazine «Bonne semaine» qui me lancerait, sans me regarder « prenez un numéro » même si je suis le seul en ligne.

Mais en fait les gens ont été d’une gentillesse exemplaire. La réceptionniste a été accueillante et souriante. Les infirmiers ont tout fait pour nous mettre à l’aise, malgré le fait que d’être flambant nu, avec ses bas, drapé d’une jaquette bleu poudre, assis côte à côte avec une dizaine de tes semblables dans une petite salle d’attente, n’est pas l’expérience la plus valorisante de ma vie. Un peu espiègle, il passait devant nous en nous demandant si le chauffage était à notre goût. Le préposé responsable de l’installation de la quincaillerie pour l’anesthésie, a été tout aussi attentif, en me rassurant sur l’examen et en faisant des blagues sur une infirmière à nos côtés qui était de toute évidence à la recherche de l’âme sœur. Il lui dit « Tu n’auras pas de chance avec lui, sa femme vient le chercher après l’examen ».

La petite infirmière hispanique qui m’installa sur la civière, et me conduisit au gibet, a été elle aussi une petite perle. Voyant que j’avais un mal de tête olympique, elle diminua l’éclairage et me chuchota que l’anesthésie m’enlèverait ma migraine. La douce et petite gastro-entérologue, Dr Carole Richard, une acadienne avec l’accent du large, a été tout aussi agréable et respectueuse de ma position foetale, l’arrière-train à l’air.

Deux heures après mon arrivée, je sortais de ma torpeur en salle de réveil, en klaxonnant une symphonie digne de l’« Au clair de la lune » de Joseph Pujol, le célèbre pétomane du Moulin-Rouge.

À ma gauche et à ma droite gisaient 2 corps inertes et verdâtres, qui m’ont motivé à ne pas trop trainer en ces lieux sinistres. Évaporé comme lors d’activités carnavalesques au Cegep, j’étais vite sur pied, rhabillé et sorti de ce centre, somme toute, hospitalier. Je sautai dans le premier métro pour rapidement sauter dans les bras de Morphée. Réveillé en fin de journée, toujours gonflé et le cœur sur le bord des lèvres, j’étais quand même heureux que l’examen n’ait révélé aucune anomalie. « Une plomberie de bébé » concluait ma toubib cajun.

Je ne crains absolument pas de vieillir. J’ai encore mon âme d’adolescent et la « drive » de mes 20 ans. Ma plus grande crainte, comme pour une maison, c’est que l’on me déniche un vice caché, qui m’obligerait à laisser ma famille sans ressources. En attendant je profite de mes vices connus et assumés…

Opinion
Plaisantin

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