Les sacs de plastique et l’hypocrisie de l’industrie du commerce de détail
Récemment je me suis offert plusieurs produits spécialisés au magasin La Cordée, haut-lieu du plein-air autopropulsé, comme la randonnée, le canot, l’escalade, le vélo ou le ski de fond. À l’heure du lunch, je me suis payé une longue virée afin de compléter mes emplettes, avant les vacances. Je me suis procuré des articles assez imposant que j’ai dû transporter jusqu’au bureau. Un investissement d’une centaine de beaux dollars. Je dépense, bon an mal an, une petite fortune à ce magasin québécois qui, depuis le début des années 50, est propriété des scouts du Québec. De plus, ce magasin privilégie plusieurs gammes de produits fabriqués au Québec.
Hors donc, je paye mes nombreux items que le caissier laisse en plan sur le comptoir. Je lui demande si ma transaction est terminée. Il acquiesce. Pourrais-je avoir un sac? Je n’en ai pas. Pourquoi ? C’est pour l’environnement. L’environnement ? Quel environnement ? Celui de votre magasin ou celui de vos clients ? Votre environnement financier ? Ne croyez vous pas que vous devriez compléter ma transaction en m’offrant un contenant quelconque pour transporter tous mes achats ? J’ai 3 kilomètres à marcher avec ce matériel!!!
Il me suggère d’acheter un sac “vert” (!) à quelques dollars. Je lui rétorque que je ne vais pas en plus m’encombrer de 3 sacs supplémentaires prétendument “vert” pour vous encourager dans votre quête de profit… Sacs que je vais laisser traîner dans un tiroir au bureau, et finiront “à usage unique”.
Le pauvre caissier est malheureusement devenu le bouc émissaire de ma frustration. Je lui ai montré l’emballage de plastique autour de ma nouvelle boussole, plastique qui se retrouvera dans un site d’enfouissement. Je lui pointai aussi l’immense sac de plastique (!) qui emballe le sac imperméable pour le canot, qui lui aussi ira au rebut ; aussi le contenant de carton autour de la petite valise Pélican, le “blister pack” autour de ma chandelle Hi-Tech etc. Plus du 2/3 de ce que je viens d’acheter ira au dépotoir. Vous me dites que la seule raison pour laquelle vous refusez de me donnez un sac (et rendre ma vie de consommateur impossible) est pour l’environnement ? C’est un fieffé mensonge.
En anglais, il existe l’expression “Walk the Talk” ou “Mettez en pratique ce que vous prêchez”. Si “La Cordée” veut vraiment aider l’environnement, pourquoi ne pas réduire au minimum l’emballage de leurs produits et d’imposer cette politique à tous leurs fournisseurs?
Les alternatives
Pourquoi ne pas offrir des sacs biodégradables, ou des sacs de papier, à leurs bienheureux clients qui ne peuvent traîner leur gigantesque sac “vert” dans leur poche de chemise. Ou qui les ont simplement oubliés. Un comportement ne se change pas en quelques mois.
La réutilisation
Pourquoi ne pas faire comme MEC qui offre à ses clients égarés des sacs réutilisés ou des sacs de retours. À ce que je sache Costco n’offre aucun sac de plastique et réutilise ses boîtes d’emballage, en gardant ses clients heureux et dépensiers. Et nos amis de chez MEC offriront prochainement des sacs biodégradables à tous ses clients. MEC a compris que ce n’est pas en frustrant leurs clients qu’ils aideront qui ou quoi que ce soit.
La filière bio-dégradable
Wikipédia nous explique en menus détails les 3 alternatives actuellement utilisées par l’industrie pour produire des sacs biodégradables: Les polyéthylénes oxo-biodégradables, le Néosac et l’amidon de maïs.
Mais notre gourou de l’environnement du Devoir, Louis-Gilles Francoeur, dans son article Et si les bons vieux sacs de plastique étaient les plus écologiques? nous avise que les sacs recyclables ne sont pas la solution ultime parce qu’ils polluent les sacs de plastiques recyclables et autres plastiques, en ajoutant des molécules instables qui pourraient dégrader les plastiques recyclés.
Le gros BS se questionne aussi
D’ailleurs un blogueur, S. Martel, mieux connu sous le pseudonyme du “Gros Bon Sens”, se pose la question pourquoi on distribue encore des tonnes de sacs de plastique pour acheter nos légumes mais pas pour rapporter nos achats à l’auto ? Probablement parce que les épiceries savent très bien que s’ils n’offraient pas de sacs au comptoir des fruits et légumes, leur ventes baisseraient de façon importante et que l’impact de ne pas les offrir après que la transaction est complétée, est somme toute mineur sur les ventes. En lisant les réponses sur son blogue, même les épiciers questionnés se perdent en conjecture…
Ce même blogueur avait “chroniqué” récemment aussi sur le cas des sacs de plastique :
Peut-être que si les commerces n’avaient pas opté, il y a plusieurs années, pour une seule taille de tout petits sacs en plastique d’une qualité douteuse, on en aurait consommé moins, n’ayant pas à répartir notre épicerie dans 15 sacs doublés. J’utilise mes sacs réutilisables le plus souvent possible, mais s.v.p. qu’on cesse de m’embêter avec une morale à deux sous en prétendant la bonne conscience environnementale alors que la réalité c’est qu’on a simplement décidé de surfer sur une vague permettant de faire un peu plus de profit en réduisant les coûts, prétextant ainsi s’attaquer à un problème qui est assurément inexistant en y opposant une solution futile et inefficace.
Sacs de poubelles
J’ai toujours recyclé mes sacs de plastique en les utilisant pour y mettre mes trop rares déchets domestiques. Avec la disparition chronique des sacs de plastique, pour la première fois de ma vie, j’achète des sacs de plastique pour y mettre mes détritus. À moins que bientôt on nous interdise aussi les sacs de plastique pour les vidanges, pour nous forcer à mettre nos déchets en tas, à la rue.
Les sacs de papier
Quand j’étais petit les sacs de plastique n’existaient pas. Tous les achats étaient placés dans des sacs de papier brun recyclé, de la viande chez le boucher, aux clous à la ferronnerie ou la commande chez “Dominion”. Même les grands magasins comme Eaton, Simpsons ou Morgan, offraient de grand sacs en papier, à poignées, qui pouvaient facilement transporter une charge d’une vingtaine de livres. Les sacs de plastique sont apparus au milieu des années 60 et sont rapidement devenu une véritable plaie, à la grandeur de la planète. Pas qu’ils étaient meilleurs que les sacs de papier mais beaucoup moins coûteux.
Lors d’un voyage au Maroc en 20007, sur la route du désert entre Casablanca et Marrakech, partout on apercevait des sacs de plastique accrochés aux frêles bosquets ou roulant dans le désert. Partout.
Laver plus vert en baissant les coûts
Aujourd’hui nous sommes passés d’un extrême à un autre. Les entreprises de ventes aux détails ont flairé le filon en retirant les sacs et en épargnant des millions chaque année. D’ailleurs la vague de retrait des sacs n’est étrangement pas venu des consommateurs ou du gouvernement, mais des marchands eux mêmes. Et curieusement au même moment où le coût du plastique a explosé l’an dernier. En plus ils nous vendent des sacs de plastiques plus épais, qui encombrent les coffres arrière des automobiles et sont devenus, en très peu de temps, une autre véritable nuisance… Ma tendre moitié en possède plusieurs douzaines qu’elle dissémine aux 4 vents, au fil des véhicules, du garage ou des garde-robes de notre nid d’amour.
Le respect de sa clientèle
Le magasin de plein-air “Sail-Le Baron“, qui a encore à cœur sa clientèle, offre toujours des sacs de qualité que la grande majorité des gens réutiliseront. D’ailleurs vous vous souvenez des légendaires sacs indestructibles de la SAQ que tous réutilisaient pendant des années parce qu’ils étaient solides et de belle grandeur.
Tout dernièrement RONA a aussi retiré tous ses sacs. Une quincaillerie sans sac!. Essayé de transporter vos ampoules, clous, vis, outils ou pinceaux, si vous avez oublié vos sacs. Une politique à bien courte vue, quand on sait qu’ils jettent au recyclage des centaines de boîtes de carton chaque jour.
Les entreprises prennent souvent des décisions en ne pensant qu’à leur portefeuille et en omettant l’impact sur leurs clients. De grâce, revenez aux sacs réutilisés, recyclés ou biodégradables. Notre industrie du papier recyclé pourrait en bénéficier, elle qui ne sait que faire des tonnes de papier recyclé qui s’empilent. Et surtout pensez à vos clients…





