October 2009

Comment éteindre sournoisement le “ruisseau de feu”

Il était une fois un petit cours d’eau, bien anodin, qui représentait le site de reproduction le plus important du fleuve St-Laurent pour deux espèces de poissons vulnérables du fleuve St-Laurent, la perchaude et le grand brochet.  Ce ruisseau zigzaguait nonchalamment à l’intérieur de grandes municipalités de plus de 100 000 habitants. Le bon gouvernement avait depuis longtemps identifié ce lieu comme fragile.  Jusqu’au jour où de grands développeurs américains ont mis la main sur les terrains environnants, les ont asséchés, dans le but d’y construire d’immenses stationnements, des grandes surfaces, des routes et des bungalows.  Une histoire triste, assurément d’autant plus que ça se passe chez nous, plus exactement à Lachenaie (maintenant Terrebonne), Charlemagne et Repentigny.

Vous ignoriez l’existence de ce cours d’eau ?  Pourtant il coule à vos pieds pendant votre épicerie chez Costco, en entrant au cinéma, en sortant de chez Wal-Mart ou en roulant sur les autoroutes 640 et 40 pour accéder à l’île de Montréal, en venant de Lanaudière.

Vous n’avez probablement jamais entendu parlé du “ruisseau de feu” (quel nom noble) qui coulait libre de toute contrainte, il y a deçà une dizaine années. Il ne fait que 3 km de long, à partir de la jonction de l’autoroute 640 et de la 40, et serpente entre les magasins et l’autoroute jusqu’à la pointe sud de Charlemagne.  Pourtant vers la fin des années 90 le ministère des ressources naturelles et Faune (MRNF) avait signalé dans une étude sa fragilité et son désir de protéger ses berges, ses affluents et sa source.  La pression des entrepreneurs et des développeurs ont tôt fait de le dénaturer et la population qui le longe chaque jour est persuadée qu’il s’agit d’un vulgaire fossé, héritage d’une mauvaise planification urbaine.

Les cartes

Pour mieux comprendre, voyons 4 cartes.  La première carte situe le ruisseau de feu sur son territoire environnant, soit entre le pont Charles-de-Gaule, le pont LeGardeur, la pointe sud de Lachenaie et de Repentigny, au confluent du fleuve St-Laurent, de la rivière des prairies et de la rivière L’assomption.  Sur cette carte, il s’agit du cercle irrégulier violet identifié comme milieu humide potentiel en 2005.

carte territoire - Ruisseau de feu

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Examinons maintenant la deuxième carte, qui est fait un zoom de la première carte.  On voit clairement le tracé du ruisseau de feu en bleu et ses nombreux petits affluents en pointillé. On peut aussi voir la branche principale qui longe la 640, traverse l’échangeur, pour se connecter à sa source, l’immense marécage de 217 hectares située au nord de la même 640 (187,7 ha au nord et 27,9 ha au sud).  On peut aussi apercevoir un petit lac à l’ouest du marécage. Ce petit lac longe les nombreux sites d’enfouissement du dépotoir de BFI, en vert hachuré.

carte zoom territoire Ruisseau de feu

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La troisième carte est en fait la carte de Google en photo aérienne photographiée quelque part en 2008.  On peut voir que de nombreux petits affluents ont simplement été remblayés sous le gravier du stationnement. Il ne reste que quelques arbres qui  ont disparu au moment ou j’écris ces lignes.  Les dommages sont encore plus impressionnants aujourd’hui.

carte google - ruisseau de fer

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La quatrième carte est un zoom de la 3e carte (en bas à droite), du terrain asséché et récemment acquis par le concept gargantuesque Wal-Mart SuperCenter.zoom in Carte Google

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L’envie des vautours

La source du ruisseau fait l’envie du dépotoir de BFI, situé tout juste à côté.  Cette multinationale du déchet aimerait bien mettre la patte sur ces marécages pour y enfouir encore plus de déchets.  “Il n’y pas de danger de polluer la nappe phréatique, c’est de la glaise en dessous”.  C’est la raison pourquoi le marécage, cœur de la frayère, existe toujours et qu’il alimente ce petit ruisseau essentiel pour la survie de ces espèces.

Pourtant tous les intervenants sont d’accord pour sa protection.  La ville de Terrebonne, de Charlemagne et la MRC émettent depuis plusieurs années des communiqués de presse pour rassurer la population. Pourtant Wal-mart vient d’y ériger un gigantesque centre commercial et a coupé les arbres sur ses rives.  La haute valeur des terrains le long de l’autoroute 40 prédomine sur la volonté de protéger ce joyaux. Le ruisseau qui coule au nord de l’autoroute sur une longueur d’environ 500 mètres est enfermé entre des clôtures de 6 pieds.  Les hautes herbes poussent librement le long du peu de berges protégés. D’ailleurs l’on peut voir avec Google Street View, à quoi ressemble ce ruisseau au printemps 2009, à partir du chemin St-Charles et de l’autoroute 40, vers le sud.

Agrandir le plan


Agrandir le plan

L’an dernier le ministère des transports a fait construire sur l’autoroute 640 un immense viaduc en plein milieu des terres protégées “pour faciliter l’accès aux ambulances vers le nouvel hôpital”.  Vous pouvez d’ailleurs constater l’ampleur de la structure sur la photo de Google plus haut.  Bien faible argument quand on pense que ce viaduc aurait très bien pu être construit ailleurs sur la 40, mais à un coût plus élevé du fait de la grande valeur des terrains commerciaux maintenant propriétés de Wal-Mart.

Le dernier clou de cercueil

La semaine dernière je roulais le long du fleuve, croyant que les terrains restants au sud du ruisseau seraient protégés. Que d’illusions.  Les arbres abattus, les rues déjà tracées et les lots en friche jouxtes les centaines de piquets.  Et le petit ruisseau qui coule entre les piquets, se demandant quand un contracteur, par inadvertance, remplira ce fossé pour y faire passer une rue.  Il écopera d’une amende de quelques milliers de dollars et s’en sera fait de ce ruisseau embêtant.

Dans un article de Louis-Gilles Francoeur, Guy Garant du CRE Laval disait en mai 2008:  “Terrebonne…rêve de remblayer au moins 17 ha de milieux humides dans le territoire fédéral de la Défense nationale, un ministère qui semble prêt à étudier la proposition même s’il lui est interdit d’aliéner ce type d’habitat à des fins de développement en vertu de la politique actuelle. Et c’est sans compter les empiétements au ruisseau de Feu, où les compensations n’enrayent pas les pertes nettes.”

J’ai un ami biologiste qui siège sur le comité de sauvegarde de ce ruisseau.  Il se bat corps et âme pour la préservation de ce cours d’eau mais son comité ne lutte pas à arme égale. Les pelles mécaniques contre une bande de “Tree Huggers“.  Devinez la suite ?

Photo ruisseau de feu Canard illimitéUne dernière photo ?

Voici une photo, gracieuseté de Canards Illimités Canada, montrant le territoire autrefois inondé du ruisseau de feu.  Ce territoire a été asséché grâce au contrôle des débordements directement dans le marécage.  Devinez où va la crue des eaux nécessaire à la fraye ?  Tout droit dans les égouts de la ville de Lachenaie -Terrebonne.

Environnement

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Le nouveau remède pour soulager la gueule de bois de l’industrie forestière

On assiste depuis quelques années à l’effondrement de l’industrie de la coupe de bois, qui sert de matière première aux usines de pâtes et papier et de bois d’œuvre.  Principalement dû à la baisse de la demande pour les médias imprimés, vers l’internet, nous vivons la lente agonie des publicités imprimées, des journaux, des magazines, entraînant dans sa chute l’industrie du papier.  L’augmentation et souvent l’obligation d’utiliser de la pâte de papier recyclée a sonné le glas de cette industrie qui avait déjà un genou à terre.

coupe de boisLa crise des papiers commerciaux adossés à des actifs non-bancaires PCAA a fait chuter le marché de l’immobilier aux États-Unis et au Canada, stoppant les chantiers de construction domiciliaire et commercial partout à travers la planète. Suite à la longue crise du bois d’œuvre (lire bois de construction) avec les USA, la demande en bois d’œuvre  a continué à péricliter pour finalement entraîner la fermeture de la majorité des “moulins à scie” au Québec et au Canada.

Pour enfoncer le dernier clou dans le cercueil de bois de ce secteur moribond, l’interdiction dans plusieurs municipalités de l’utilisation du foyer a fait perdre des millions en revenus aux producteurs de bois de chauffage.

Adieu veau, vache, cochon, papier, construction et bois de chauffage

Pour survivre: ne construire qu’en bois

Les compagnies forestières avec l’aide de plusieurs étoiles du monde du spectacle et des affaires ont décidé de se prendre en main et de lancer une campagne publicitaire pour augmenter la demande pour le bois.  Sous le thème Toucher du bois, la coalition Bois Québec a comme mandat d’accroître l’utilisation du bois au Québec.

Vous avez sans doute vu les publicités pleine page dans les grands quotidiens. Pour ma part je n’avais pas trop porté attention ni essayé de comprendre l’essence du message.  Le soir du 22 septembre dernier, en rediffusion, j’ai écouté attentivement une entrevue à l’émission de Dominique Poirier avec François Tanguay, le porte parole de cette coalition où il tentait tant bien que mal d’expliquer les objectifs et les motivations derrière ce battage médiatique.

Je n’en croyais pas mes oreilles. Cet apôtre de la scie mécanique nous enjoint de continuer à raser nos forêts pour diminuer l’effet de serre.  Selon ce Spin Doctor, un arbre même mort continue d’emmagasiner du CO2,  argument justifiant la valse des Timberjack dans ce qui reste de forêt au Québec.  Son entrevue ne dit pas si des “2 x 4″ enfermés entre 2 panneaux de gypse (placo-plâtre) continuent longtemps à aspirer la méchante pollution.  Est-ce que des planchers en bois franc couvert de 3 couches de Varathane fait le même travail de nettoyage que des arbres qui poussent dans la forêt ? Le violon du chef d’orchestre, ou le bâton du joueur de baseball peuvent-il vraiment sauver la couche d’ozone ? Ne devrions nous pas plutôt reboiser et stopper la déforestation?  L’argument me semble bien mince pour justifier tout cette dépense d’énergie.  Selon le communiqué de presse il semblerait que le béton, la pierre, le ciment et la brique détruisent nos écosystèmes et que la survie de notre espèce repose sur encore plus de «pitounes», de brans de scie et le blanchiment de la pâte de papier.

Païens, rangez vos articles de jardinage en plastique, fibre de verre ou graphite et revenez aux bons vieux manches de pelles en bois.  Sportifs, ressortez vos bâtons de hockey en bois, vos vrais “bois” de golf ou la raquette de tennis de grand-papa.

D’abord une industrie mésadaptée

De toute façon l’industrie a depuis longtemps cessé de fabriquer des produits en bois.  Les tables sont en panneaux de particules, les portes sont moulées avec du bran de scie et les moulures sont faites en MDF.  L’industrie a « créé » ces produits pour récupérer leurs déchets, tout en diminuant le coût d’achat des matériaux et ultimement le coût de construction des maisons.

Quand avez-vous vu la dernière fois la construction d’un édifice commercial avec un plancher, des murs ou des plafonds en bois ?  Les églises, musées et restaurants haut de gamme sont les derniers dinosaures où l’ont peut encore toucher du vrai bois.  Même les résidences qui ont pendant longtemps utilisé de la “marqueterie” bas de gamme comme plancher, n’a plus le choix aujourd’hui que d’utiliser du “plancher flottant” fabriqué avec des résidus de sciage de  bois.  Si votre plancher a le malheur d’entrer en contact avec de l’eau, vous constaterez que l’expression “plancher flottant” est erroné et que l’on devrait plutôt parler de “plancher gonflant”.

La solution ?

J’ai rénové ma maison et j’ai remplacé mon linoléum par du plancher en érable, acheté chez un marchand local.  Le bois était originaire de Colombie-Britannique, scié et emballé en Chine et transporté de nouveau par bateau jusqu’au Québec! Quand j’ai voulu installer un recouvrement en cèdre sur ma maison, personne n’offrait ce produit. J’ai fait affaire avec un artisan qui m’a tout scié sur un banc de scie artisanal.  Je n’ai pu trouver de marchand ou scierie qui pouvait m’alimenter.  J’ai construit une immense galerie en cèdre, plutôt qu’en PVC ou fibre de verre.  J’ai attendu 2 mois pour la livraison de mon cèdre qui provenait du Nouveau-Brunswick et qui m’a coûté les 2 bras et les 2 jambes parce que j’aime le cèdre, son odeur, son touché, sa durabilité….

La solution: miser sur la qualité.  Du bois de qualité dans les meubles, les boiseries, les armoires, les planchers…  Il faut se remettre à fabriquer des meubles en frêne, en érable, en chêne.  Mais le problème c’est que depuis 25 ans l’industrie n’a replanté que de l’épinette, sciant à la racine tout ce qui ne ressemblait pas à un arbre de “2 x 4″.  Plus aucun feuillus, plus de bois franc.

Le bois bas de gamme

Il y a quelques années je me suis rendu dans une communauté autochtone du nord de la Mauricie où l’on enseignait à la polyvalente locale des métiers traditionnels amérindiens pour motiver les jeunes à demeurer en classe.  Raquettes, canots d’écorce, traîneaux à chien, toboggans… mais le problème majeur était l’approvisionnement en bois.  Toute la région n’était replantée qu’en épinette et il fallait importer le cèdre, le bouleau ou le merisier par train de Montréal !…

Le problème réside plus dans l’infrastructure industrielle de ce secteur que dans la demande.  Si une offre de qualité y est, le consommateur suivra.

Noble cause

Au premier abord, la cause est noble.  Permettre aux dizaines d’usines fermées depuis plusieurs mois de réouvrir pour redonner des emplois, et de la fierté, à tous ces petits villages sans autres ressources.  Mais l’argumentaire est erroné.  Hugo Joncas de Lesaffaires.com, réfute plusieurs des arguments de la coalition, experts à l’appui.  Je vous invite à lire l’article.

Une solution serait de convaincre Barack Obama de réinstaller les panneaux de bois sur les “pick-ups” ou les “Station-Wagon” des deux nouvelles compagnies automobiles qu’il vient d’acquérir…  Autrement je ne pense pas que cette industrie “ressorte du bois”, eux qui ont été les artisans de leur propre malheur.

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